‹ Les satires. Réimprimées conformément à l'édition de 1701, dite éd. favorite. Introd. et notesChapitre 6 sur 28 · SUR LA SATIRE. I · texte numérisé non relu

SUR LA SATIRE. I

créanciers sur sept et quatorze; et du sieur de Provins, qui avoit changé son balandran en manteau court ; et du Cousin, qui abandonnoit sa maison de peur de la reparer; et de Pierre du Puis, et de plusieurs autres.

Que répondront à cela mes Censeurs? Pour peu qu'on les presse, ils chasseront de la Republique des lettres tous les Poètes Satiriques, comme autant de perturbateurs du repos public. Mais que diront-ils de Virgile, le sage, le discret Virgile, qui, dans une Eglogue où il n'est pas question de Satire, tourne d'un seul vers deux Poètes de son temps en ridicule ?

Qui Bavium non odit, amet tua carmina, Mcevi,

dit un Berger satirique dans cette Eglogue. Et qu'on ne me dise point que Bavius et Maevius en cet endroit sont des noms supposez , puisque ce seroit donner un trop cruel démenti au docte Servius, qui assure positivement le contraire. En un mot, qu'ordonneront mes Censeurs de Catulle, de Martial et de tous les Poètes de l'antiquité, qui n'en ont pas usé avec plus de discrétion que Virgile? Que penseront-ils de Voiture, qui n*a point fait conscience de rire aux dépens du célèbre Neuf-Germain, quoi-qu'égalementrecommandable par l'antiquité de sa barbe et par la nouveauté de sa Poésie ? Le banniront-ils du Parnasse, lui et tous les Poètes de l'antiquité, pour établir la seureté des Sots et des Ridicules ? Si cela est, je me consolerai aisément

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