‹ Les savants GodefroyChapitre 16 sur 36 · livres · texte numérisé non relu

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Il y avait en outre un office fie premier chevalier fViionnenr ; mais il ne fut créé quen 1702, à la finance de 20,000 livres avec 1,000 livres de gages, et levé seulement en 1707 par Jean-Ferdinand-Gui llaiime Le Prévost de Basserode.

De toutes ces familles de la création, trois seulement appartenaient encore au Bureau des finances, lors de la suppression en 1700 : Du Sart, Du Chamjjge, De Fontaine.

D'Aumont conserva ses fonctions de Directeur aux appointements de 3,000 livres, et eut ainsi à porter le fardeau d'un double labeur opiniâtre; car toutes les affaires féodales et fiscales intéressant les droits du Roi passaient à son rapport. D'autre part on réclamait de Paris avec instance des inveq^ices

complets de son dépôt, malgré les envois considérables et réitérés faits par son père.

Mons et Namur ayant ouvert leurs portes à l'armée française en IGOI et 1692, mission lui fut donnée d'aller prendre connaissance des chartes et titres qui s'y trouvaient : il en dressa et rapporta des inventaires détaillés formant trois volumes in-folio.

Les traites de paix de Riswyck (li697\ d'UtrecIit (1713), de Kastadt (1714), amenaient des changements de limit(;s sur la frontière des Pays-Bas, dont le règlement demandait des conférences diplomatiques. Il y prit part, et figura dans la dernière comme Procureur du Uoi très-chrétien, en vertu d'une commission datée du 23 décembre 171(5. Ces sortes de négociations secondaires imposaient d'autant plus de travail qu'elles se compliquaient de nomlireux détails et exigeaient la recherche et la discussion minutieuse de tous les précédents, souvent pour de simples parcelles de territoire. Les commissaires de 1715 furent à la besogne toute l'année suivante, et le Procureur du Roi appelé en 1717 dans la capitale pour cette interminable affaire, s'y vit retenu jusqu'en avril 1721. »

Le siège de Lille pendant la guerre de la succession d'Espagne, lui amena de graves sollicitudes, à cause de l'importance de son dépôt. Après la capitulation signée le 23 octobre 1708, il continua de résider par

* Voir (laps }e bulletin ilo la comiiiission liisfoi'ique (JH ili'-pru"tcmont du Nor.l, tome V (isr^l) ])a,!,a>s .5:^-70. une notico sur ces conféroiiccs, l'rdi^^'c [)arle (loctoiir Lc> Cilay.

ordre exprès du Roi, et réussit non-seulement à ce que rien ne fut enlevé, mais même à. faire reconstruire par les alliés occupant la place conquise une aile de l'hôtel de la Chambre des Comptes, ébranlée par l'artillerie assiégeante. L'habitant n'eut pas en général à se plaindre des commissaires hollandais, Steenlack, Kemp et Gockinga, chargés de l'administration; ils maintinrent même les exemptions de taxes telles qu'elles existaient en 1667.

Leur départ après la paix lui rendant quelque liberté, il demanda en 1714, une autorisation de venir à Paris régler des affaires de famille en souffrance. M. Le Peletier des Forts, chargé par le ministre Des Maretz de la lui expédier, terminait sa dépêche par ces mots :

« Je seray ravy en mon particulier de voir un « homme célèbre de vostre nom, que je ne connois « jusques icy que par sa réputation et ses ouvrages. »

H avait déjà en effet émis quelques publications historiques, indépendamment de labeurs manuscrits dont M. des Ports par sa position au ministère devait avoir connaissance.

Travaux. — Il étudia surtout à fond les règnes de Louis XI et Louis Xll, et l'époque si dramatique de la Ligue. Ses recherches sur Louis XI l'amenèrent à do'^ner chez le libraire Foppens à Bruxelles, deux nouvelles éditions des mémoires de Philippe de Gommines dont son père et son grand-père s'étaient

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déjà fructueusement occupés. Il les enrichit de quantité déplaces importantes encore inédites. La première parut en 1706, sous le nom de son frère aîné, qui du reste y avait concouru comme il fit à d'autres de ses œuvres, ^3 volumes in 8 , et fut suivie en 1713 d'un volume de suppléments. Le docte abbé Bignon, (une autoritèl lui en accusait réception en ces termes : « Je donneray à vos recherches tous les éloges qu'elles méritent. 11 n'est gueres de règne dans nostre histoire sur lequel on ait plus travaillé que sur celui de Louis onze : sans vous néanmoins nous en ignorerions nombre de circonstances très-curieuses et intéressantes. Quoiqu'on en dise, les derniers siècles de nostre histoire, pour estrc moins obscurs que les autres, ne laissent pas d'estre couverts de nuages assez épais. J'espère que vous en dissiperez la meilleure partie. C'est dans cette espérance que je vous exhorte à nous faire part de vos découvertes. Les applaudissements du public doivent vous y engager. Pour mon suffrage, vous pouvez en estre seur, et vos nouvelles productions ne feront qu'accroître l'estime toute particulière avec laquelle je suis... » ;20juin 1713)

l.ahbé Joachiui Legrand, habile homme, que le d.'p.irtement des affaires étrangères employa souvent, aiiquel on doit une excellente histoii'e du divorce de li'uri VIIl, et qui lui- môme avait consacré de savantes villes à Louis XI, répondait à l'envoi de la seconde édition 1723, .')Vol. iii-8\ par une lettre que je cite

à cause d'une circonstance atténuante invoquée en faveur de ce grand roué.

« Vous n'aurez pas de peine à croire que j'ay reçu avec un plaisir infini le beau et riche présent que vous m'avez fait de vostre dernière édition de Philippe de Commines. Outre le témoignage que vous me donnez par là de vostre amitié, honneur auquel je suis tréssensible, vous savez quel interestje prens atout ce qui peut faire connoitre un prince dont j'écris l'histoire. Je vous rends donc mille mes humbles grâces, et du Commines, et de tant de pièces dont vous avez enrichi le public, et surtout des lettres de Maximilien de l'année 1483 qui me serviront beaucoup à faire connoistre que Louis Xï n'estoit pas le plus grand fourbe, et qu'il avoit bien raison d'opposer finesse à finesse, et de se tenir sur ses gardes. » (12 mai 1T24).

Effectivement à la Chambre des Comptes gisait toute une correspondance de cet empereur Maximilien I qui fit assez grande figure en son siècle, suscita bien des embarras à la France, et lui légua pour ainsi dire un cycle de guerres par son mariage avec 1" héritière de la puissante maison de Bourgogne. Dans cette correspondance quelquefois intime, et où ne manquent pas les confidences politiques, se trouvent des dépèches de ses ministres, de sa fille, la gouvernante des Pays-Bas, des principaux, personnages du tems. D'Aumont exploita cette mine encore inconnue, et en fit la matière d'une publication curieuse, sous le titre :

Lettres du Jioi Louis Xll et du Cardinal G. d'Amboise, etc. de 1504 à 1514 ; publiées par M. Godefroy. Bruxelles. Foppciis. 1712. 4 vol. iri-12.

Je remarque qu'il y mit son nom patronymique, ce qu'il ne faisait pas toujours, et que ce nom est privé de l'augnienl d'Aumont, (pi'il avait constamment porté parmi les siens. H parait y avoir renoncé quand succédant aux fonctions de son père, il sembla recueillir plus particulièrement l'héritage savant de la famille, et le nom qu'elle avait illustré.

Voici la liste de ses publications se rapportant à l'époque de la Ligue,

1. Deux éditions de la satyre Ménipjjée, enrichies de pièces curieuses et de figures. Ratisbonne. Kerver. 1711 et 172G. 3 vol, in-8. 11 a mis en tète un abrégé de l'histoire de la Ligue.

2. La véritable fatalité de Saint-Cloud. 1715, in-12 : réimprimé à la suite du journal de Henry III. Cologne. 1720, in-12. 11 y réfute le P. Bernard Guyard, Jacobin, qui, dans un écrit intitulé : La fatalité de Saint-CloiuL avait prétendu décharger son Ordre de l'odieux de l'assassinat de Henri III, quatre-vingts ans après l'événement, et démontre que l'assassin est incontestablement le frère Jacques Clément, du couvent des Jacobins de Paris.

3. Mémoires de Marguerite de i^alois, reine de France et de Navarre, avec son éloge, celui de M. de Buss)j,etlci fortune de la Cour. Liège. 1713. in-12.

C'est une reproduction améliorée et augmentée de l'édition donnée dans le siècle précédent par Auger Mauléon de Granier.

4. Mémoires pour servir à l histoire de France de 1 51 5 à 1 61 1 , par Pierre de l'Estoille, avec notes historiques et critiques. Cologne, chez les héritiers Demen. 1749. 2 vol. in-12.

Il donna cette édition accompagnée de notes instructives et de pièces curieuses, de concert avec son frère Denys, d'après un manuscrit de Pierre de l'Estoille que possédait Pierre de Poussemothe de l'Estoille, abbé de Saint-Acheul-lez-Amiens, descendant de l'auteur. Ce manuscrit, plus ample que celui employé à Tédition première de 1621, gisait à peu près oublié dans un coin de bibliothèque, et le possesseur qui parait un homme prudent jusqu'à la timidité, recommandait qu'on ne prononçât pas son nom, qu'on supprimât ou modifiât tout passage pouvant porter ombrage à la censure, ou désobliger quelque famille ; c'était bien du scrupule quand un siècle était écoulé depuis la mort de l'auteur. La chose m'est révélée par les lettres de l'abbé lui-même, et par celles d'un de ses religieux, Dom Correur, qui s'employait à h transcription, et émondait en outre les détails jugés oiseux et superllus. Le manuscrit offrait des lacunes, certains cahiers étaient en désordre, d'autres se trouvaient à Dijon chez le président Bouhier, qui ne virent le jour qu'en 1732 et 1736. Tout cela explique les diversités signalées dans les textes publiés à différen-

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tes époques, et inèiiie quelques reinaniernents et interpolations.

Les éditeurs du siècle dernier, venus après MM. Godcfroy, tels que l'ablié Lenglet Decfresnoy et le P. Boceges, ceux du siècle présent, MM. Pelitot, Micliaud et Poujoulat, Halphen, n'ont point connu cette correspondance, demeurée ensevelie au fond de mes portefeuilles. M. Alphen a eu la bonne fortune de retrouver les années lo98 et 1599 qui manquaient, dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, manuscrit coté Supplément français, 164i, et provenant du couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré.

Le docte Père Lelong, de lOratoire, était initié au travail de MM. Godefroy et l'encourageait.

L'abbé de Saint-Acheul, qui mourut en 1718, se montre dans ses lettres très-llatté de la parenté des Godefroy, dont voici l'explication.

Elle était double. Denyse de Saint- Von, femme de Denys Godefroy le jurisconsulte, eut une sœur . madame llozôe de Champigny, dont la lille Jacqueline épousa Jacques de Poussemothe, seigneur de Rocquelette et de Thiersanville. Geneviève Des Jardins, femme de Denyj Godefroy lliistoriograplie, eut une grande tante, Charlotte Des Jardins, qui épousa Etienne de Poussemothe. Les Poussemothe étaient de l)onne maison , bien alliés : en 1697 Jeanne de Poussemothe de TEstoille épousait Léon de Montmorenci, marquis de Fosseux. ils se trouvaient alors divisés en deux branches : la branche de Thiereanville à

laquelle appartenait Charles-Antoine de Poussemothe de Thiersanville, décédé commandeur de Malte en 4727; et la branche de Montbriseuil, substituée aux nom et armes de l'Estoille par suite d'une alliance et d'un testament, à laquelle appartenait l'abbé de Saint- Acheul.

Les différents manuscrits de l'Estoille, encore épars dans ce temps-là et mal connus, sont à présent réunis à la Bibliothèque nationale, sauf un (|uc possède depuis 1753 la Bibliothèque de Sainte-Geneviève, lequel paraît être un extrait formé à Saint-Acheul et apporté par le P. Labarre.

Après cette disgression je reviens à mon énurnération.

b. Description de l'isle des Hermaphrodites nouvellement découverte, pour servir de supplément' au journal de Henri HI. Cologne. Demen, 1724. in-12. C'est un pamphlet conti^ les mœurs du Roi et de sa cour, attribué à un s' d'Embry.

6. Réédition des mémoires de Castelnau, augmentée de nombreux documens historiques. Bruxelles, 1731 . 3 vol. in-f'\

7. Supplément aux guerres civiles de Flandre, de Strada. Amsterdam, Michiels. 1729. 2 vol. in-8.

8. Aventures du baron de Fœneste, et vie d'Agrippa d'Aubigné. 1730. in-12.

Il avait aussi préparé en 1710, l'impression des chroniques de Jean Molinet, chanoine de Valenciennes,

historiographe de Bourgogne. Elle fui , j'ignore pourquoi; arrêtée aux premiers feuillets.

Malgré la diversité des indications d'origine, tous ces volumes sortaient réellement des presses Bruxelloises de François Foppens. Pourquoi recourait-il exclusivement à une typographie étrangère 1 Pourquoi ces fausses indications de Cologne , Ratisbonne , Amsterdam ? Etait-ce, avec l'anonymat, une précaution contre les ombrages de la censure et un moyen de la dérouter ? J'inclinerais à le penser. Quelque peu frondeur, janséniste, et parlementaire, il aura désiré éviter l'inconvénient pouvant résulter pour lui de la divulgation de tels documents, de l'expression de telles opinions susceptibles de déplaire en France, où il avait des ménagements à garder, en raison de ses emplois.

Du reste François Foppens était un homme honorable et instruit, père d'une famille respectable. Deux de ses fils furent chanoines ; le troisième, Pierre, continua la maison vers 1730. De leurs fréquents rapports résulta une véritable liaison ; on échangeait des services mutuels ; on s'hébergeait réciproquement. Cela m'est attesté par une correspondance qui embrasse vingt années. François Foppens trouvait son compte à éditer des travaux dont l'estime du monde savant assurait le débit. Il obtenait en outrepourd'autres produits de son officine littéraire, le concours obligeant de son client qui ne dédaigna même pas de lui rédiger des notices historiques pour les Délices des

Pcujs-Bas, livre qui eut, dans le siècle dernier, une vogue populaire (4 vol. in-li. 1721. lig.) Aussi s'en montrait-il fort reconnaissant, et prenait-il à tâche de s'acquitter en enrichissant d'ouvrages étrangers la bibliothèque de M. Godefroy, et en le tenant au courant de ce qu'on publiait en Hollande, alors la terre classique du fruit défendu.

Les travaux particuliers de notre savant sont nombreux. Un des plus remarquables est le Mémoire sur l'Intendance de Flandre dressé lorsque l'on demanda aux Intendants pour l'instruction du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, une notice administrative , statistique, historique de chaque province. Il le rédigea pour M. de Bagnols qui le transmit à la Cour, et auquel, pour cette raison, on la par erreur attribué. C'est un exposé précis, net, judicieux, mêlé de quelques observations fines. On en fit de nombreuses copies, et une mauvaise édition à Bruxelles : 1739, in-l^. La Commission historique du Nord vient de le réimprimer dans son Bulletin, tome X. 1868, p. 450-545,

J'ai de lui dans mes cartons :

Mémoires : sur la Chambre légale.

d** touchant la souveraineté de Cambrésis.

d° touchant la trêve de 1609 entre l'Espagne

et les Provinces-Unies.

d" louchant la ville, pays et comté de Namur,

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Mémoires : touchant le partage entre les enfants de la comtesse Marguerite de Flandre, au xiii" siècle.

d" touchant le serment du Souverain,

d" touchant la Prévôté de Watten ; Mortagne ;

Menin. d" touchant les 47 provinces des Pays-Bas et

leur transmission à la maison d'Autriche. Description duHainaut.

Lettre établissant la situation du Clergé en Flandre,

distincte de celle du Clergé en France. 1724. Trois mémoires sur la déposition de Childéric III. Notes sur l'histoire de France pendant la seconde

moitié du xvi^ siècle.

Discussion sur l'authencité de l'oraison philippique

attribuée au cardinal de Sion.

Critique de la Pratique de l'éducation des princes et de rilistoire de Louis XI ; ouvrages de Yarillas. Il prit à tâche de faire justice de cet écrivain superficiel, hasardé, traitant l'histoire d'une façon romanesque, et qui devait à sa plume facile une vogue bien oubliée aujourd'hui. La postérité a donné raison à son censeur.

Le portefeuille n" 84 de la collection de l'Institut, contient son mémoire touchant la réception du Concile de Trente aux Pays-Bas,

Des citations que je viens de faire, il est aisé de conclure que sa notoriété acquise dans le monde érudit lui créait là de nombreuses et belles relations. On le

consultait fréquemment, d'autant qu'on le savait fort libéral en fait de communications.

Le célèbre Denys de Sainte-Marthe, Général de la congrégation de Saint-Maur, eut en lui pour le Gallia Christiana un collaborateur apprécié: Aussi lui écrivait-il :

« Je vous remercie des pièces que vous avez eu la bonté de m'envoyer, et encore davantage de l'offre obligeante que vous me faites de continuer. C'est une suite de ce qu'ont toujours fait les sçavants de vostre nom, qui se sont fait tant d'honneur en nes'appliquant qu'à en faire aux autres. . Vous nommer au public, c'est lui faire connaître le prix de vos remarques, vostre nom étant si respectable dans la république des lettres... » (1708). « Vous le soutenez parfaitement par vostre mérite personnel. » (1707) «Je ne connois que vous seul dans les Pays-Bas de qui je puisse tirer secours... j'implore vos lumières... je vous demande la permission de vous consulter sur mes difficultez... Tout ce qui me viendra de vostre part me fera toujours plaisir parce que je connois vostre érudition et vostre bon goût... J'enverray des religieux sçavans que j'employe à visiter les archives, pour voir celles des Pays-Bas sous vos auspices... (1711) »

Dom Lobineau, autre membre de cette ruche Bénédictine où l'on a tant et si bien ouvré pour la religionet l'histoire, auteur d'une histoire de Bretagne (Paris. 1707. 2 vol. in f) prisée des savants, eut aussi son concours. Il l'avait réclamé en ces termes :

« Le Père Dom Asselineau m'a appris que les titre des derniers ducs de Bourgogne étoient à L'IsIe ; qu'entre mille belles connoissances qui vous éléven au dessus des savans du commun vous possédiez parfaitement tous les titres de la Chambre où vous estes chargé de veiller sur les intérêts du Roi ; que vous vous faisiez un plaisir de fournir aux gens de lettres les élaircissements dont ils ont besoin ; enfin que vous honoriez notre congrégation d'une estime particulière. Toutes ces raisons me font prendre la liberté d'augmenter le nombre des importuns qui s'adressent à vous tous les jours... je prendrai donc le parti de vous importuner quelque fois ; mais on ne doit pas s'attendre à autre chose quand on est aussi éclairé et aussi bienfaisant que vous Testes. Je suis avec une estime et une vénération singulière, etc.. » (12 juillet 1702)

Cet appel ne fut pas infructueux.

Le docte académicien Secousse, un des auteurs de la monumentale collection des Ordonnances des Rois de France, proclamait ce qu'il devait à sa coopération.

« Je donnerai, disait-il, un nouveau prix à mon ouvrage en apprenant au public que je suis assez heureux pour estre à portée de consulter un homme aussi sçavant, et qu'il aassez de bonté envers moi pour me faire part de ses lumières: »

Parmi les éruditsqui recherchèrent et obtinrent son concours généreux et désintéressé, je puis nommer encore : Charles Bulteau, comme lui fort occupé de

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réfuter les romans historiques de Varillas; LeDuchat, pour son édition de Rabelais ^\1\\^ ; L'abbé Joachim Le Grand cité plus haut, pour son estimable histoire du divorce de Henri VIII (1688); Frédéric Léonard, pour son Recueil des Traitez de paix (Paris. 1693. 6 vol. in-4°.)

Le P. Turpin, Dominicain du couvent de Saint- Omer, Saint-Polois, auteur d'une histoire latine des comtes de Saint-Pol qui n"est pas sans mérite Douai. 1731, m-S.\ n'osa la publier avant de la lui avoir soumise, et en reçut avec gratitude des avis et des communications précieuses.

Un laborieux prêtre d'Anvers. Aubert Le Mire, avait en 1628 et 1629 publié une collection de matériaux, importante pour l'histoire ecclésistique et civile des Pays-Bas, intitulée Diplomata Belgica: 2\o[. m- 4°. Les Foppens eurent la très-bonne idée d'en donner une édition considérablement augmentée. J. Godefroy concourut efficacemant à cette utile entreprise par la production de nombreuses chartes extraites du Dépôt de Lille. La nouvelle édition forme quatre gros volumes in-folio, dont le dernier parut seulement en 1748. Elle fut dirigée par le fils aine, Jean-François Foppens, chanoine de Bruges, puis de Malines, qui en même temps écrivait une histoire du diocèse de Bruges, à laquelle ne manqua point le tribut du docte ami de sa famille, consistant en excellents documents avec une dissertation sur l'érection des nouveaux évêchés Bejçres au XVI'' siècle.

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MARIAGE ; DÉTAILS PRIVÉS. — Destiné d'abord à l'Eglise, Jean Godefroy d'Aumont qui n'avait point encore pris les Ordres sacrés, se trouvant investi de la Direction de la ("liambre des Comptes, et fixé à Lille, vit là l'indice dune autre vocation, et se résolut à suivre la voie où son père l'avait précédé. Il s'y crut d'autant plus appolé que l'emploi lui était transmis comme une sorte de patrimoine de la famille, et qu'elle en partageait avec lui les émoluments. En conséquence, il se fit admettre à la Bourgeoisie de Lille le 5 octobre 1685. Il laissa cependant écouler plusieurs années avant de prendre le parti du mariage. C'est en 1694 seulement, et touchant à la quarantaine, (ju'il épousa Catherine-Ursule Le Gay du Chastel, dont le père, alors décédé, était Conseiller du Roi et son procureur général en la Gouvernance de Lille, corps de magistrature analogue à nos tribunaux de première instance.

L'apport de l'épouse consistait en un capital de 16,000 florins représenté parla moitié de la censé et fief du Chastel. à Uoncq. et la moitié du fief des Tucquelins,à Ilalluin, estimées ensemble 1 2,000 florins, par deux rentesà vie de 150 et 80 florins rachetables au denier dix, et par 1,700 florins comptant. (Le florin valait à peu près 25 sous do notre monnaie).

L'époux apportait sa charge héréditaire de Procureur du Roi au bureau des finances de Lille valant 12.000 écus, mais grevée d'une dette de 1,500 écus; 6,000 livres données par s;i mère en avancement d'hoirie; et

tout le mobilier, livres, argenterie, garnissant son habitation.

Le contrat dressé le 17 mai assure à la veuve une pension viagère de 800 florins , rachetable moyennant 2000 ; pour sa chambre étoffée, 1000; et autres 1000 pour bagues et joyaux r/we le mariant n'a pas donnés.

A celui-ci, en cas de survie, est assurée sur la fortune de Tépouse une pension viagère de 500 florins, rachetable au denier dix, mais sous condition qu'il supportera toutes dettes, tous frais d'obsèques et de funérailles.

La célébration religieuse eut lieu le même jour en l'église Saint-Maurice de Lille.

Le premier né de ce mariage , Denys François, mourut dès le 22 mai 1697. Quatre autres enfants décédèrent également en bas âge. Voici ceux qui survécurent.

Jean-Baptiste-Achille, S"" de Maillart, qui fut, après

son péro, Directeur de la Chambre des Comptes. Denys-Philippe, S' du Sart, qui fut, après son père,

Procureur du Roi au Bureau des finances. Marguerite -Isabelle, décédée sans alliance, le 24

décembre 1731 , deux mois avant son père. Marie-Geneviève, religieuse desservant l'hôpital dit

Comtesse, à Lille. Elle fit profession en 1723 et

vivait encore en 1735 Catherine-Joseph, dite M"' de Langlée, mariée en

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juin 1732, à Claude-Louis Gittard, écuyer, chevalier de Saint Louis. olTicier supérieur du Génie.

La vie de Catherine-Ursule Le Gay du Chastel s'écoula toute entière dans le modeste accomplissement de ses devoirs de mère de fauiille. Elle devint veuve en 1732, mourut le 20 janvier 1738, et fut inhumée au chœur de Saint-Etienne, comme son mari et son beau père. La goutte l'éprouva cruellement durant ses dernières années.

Jean Godefroy d'Aumont fut encore moins que ses pères accommodé des biens de ce monde. On lit dans une de ses lettres : « De tout temps l'argent comptant et moy avons été brouillés. » J'ai indiqué la mince dot de sa femme. Je ne vois trace dans les papiers que de quelques menues rentes. Il n'avait point les pensions de son père. Les appointements de la Direction de la Chambre des Comptes étaient bien diminués. Etablis par Colbert en 16GS à 8,000 livres, ils furent après lui, par mesure d'économie, réduits en 1688 à 4,500, et en 1692 cà 3,000, taux maintenu jusqu'à la Révolution. Sur ces 3,000 livres on retenait le dixième. Rien n'était alloué pour les deux commis indispensables. Si encore le payement eût été régulier ! Mais les frais excessifs delà guerre de la succession d'Espagne, puis les aventures financières de la Régence mirent le comble aux embarras du Trésor public et aux souffrances de ceux qui attendaient de lui leur subsistance. Souvent l'ordonnancement était en arrièn» de

plusieurs années : avait-il enfin lieu ? bien du temps encore s'écoulait jusqu'à ce que les fonds fussent faits. De 1701 à 1709 le malheureux Directeur n'avait touché en espèces qu'une seule année : pour plusieurs autres il dut recevoir des rentes surrhôtol de ville de Paris, lesquelles subirent un retranchement d'un cinquième, et des billets d'Etat sur lesquels il perdait plus de moitié. En outre la retenue d'un cinquième frappa ses appointements de 1711, 171-2,1713.

Le traitement comme Procureur du Roy tréschrétien pour le règlement des limites était de 400 livres par mois. Il siégea dans les conférences en cette qualité du 23 décembre 1715 au 31 janvier 1717, jour où le départ des commissaires impériaux les fit cesser. Mais en octobre 1718, appelé pour cette même affaire à Paris, il s'y vit retenu jusqu'en avril 1721 . A raison de quarante-quatre mois d'exercice 17,600 livres lui étaient acquises. Or en 1722 il n'avait touché que 4,700 livres en deux fois. Malgré ses réclamations réitérées et successives auprès du Régent, du duc de Bourbon, des ministres Leblanc, de Breteuil, Orry, 12,900 livres lui restaient dues en 1730.

Demeuré à Lille par ordre exprés du Roi durant l'occupation ennemie, il y courut des risques et subit bien des privations. Le séjour forcé que, de 1718 k 1721, il fit à Paris pour Taffaire des limites, loin de son domicile, lui fut très-onéreux; car à cette époque, celle des folies du système de Law, la vie était fort chère (lans la capitale. Xi pour l'unp ni pour

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l'autre circonstance, il n"ûi)tinl gratification ou dédomniagement.

Ce n'était pas seulement dans le militaire que l'on se ruinait jadis au service du Roi.

La seule faveur qui récompensa quarante-cinq ans d'un exercice laborieux, ce fut la survivance de la Direction de la Chambre des Comptes, octroyée en 1726 à son fils aine. Elle vint à propos; car il fit l'année suivante une grave maladie, qui pendant quelque temps l'obligea de suspendre tout travail sérieux.

J'ai sous les yeux les lettres par lesquelles il est convoqué aux assemblées de l'Ordre de la noblesse pour les P^tats de la Flandre wallonne en 1700, 1709,

Comme noble il jouissait des exemptions de taxes, mais était sujet à la capitalion personnelle. En 1695 il payait 120 livres, et je vois ce taux maintenu pendant trente-trois ans.

En 1697, on y ajouta pour les domestiques un appoint de 5 livres, qui en 1701 fut porté à 7, et en 1704 à 9 livres se décomposant alors ainsi :

Puur un cocher .... 3 livres

Pour un laquais .... 2 » j 9 livres,

Pour deux servantes . . 4 »

Il mourut à Lille le 23 février 1732. et fut inhumé

prés de son père au chœur de l'église paroissiale de Saint-Etienne. Je puis citer comme s'attristant de cette mort ; le chancelier Daguesseau déplorant la perte cVun homme de si grand mérite ; le docte abbé Bignon ; le Contrôleur général Le Peletier disant de lui : « C'était un de ces hommes rares qu'il faut un siècle pour remplacer ; » l'académicien Secousse , rappelé plus haut, écrivant à son fils : « Je ne puis trop regretter une personne qui avait consacré tant (Je veilles à l'étude de notre histoire, et donné tant d'excellents ouvrages pour l'éclaircir. . . Vous marcherez sur ses traces, formé par un si bon maitre... Vous vous ferez un point d'honneur de soutenir la réputation de vos ancêtres et dajouter un nouveau degré à cette longue généalogie de sçavans qui depuis 250 ans cultivant les lettres de père en fils sans interruption, ont donné un exemple qui n'a pas encore eu d'imitateurs. »

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