‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 37 sur 144 · LAPLACE (SIMON · texte numérisé non relu

LAPLACE (SIMON

Beaumont-en-Auge (Calvados), 1749 ; Paris, 1827. — Géomètre et astronome ; fils de paysans ; professeur à TÉcole normale de Tan III, ministre sous l'Empire, pair et marquis sous la Restauration, membre de TAcadémie française.

On lui doit l'étude du système du monde, en tenant compte des attractions secondaires dites perturbatrices; une hypothèse sur la formation des mondes.

Traité de mécanique céleste. — Exposition du système du monde. — Théorie analytique des probabilités. — Théorie du mouvement et de la figure des planètes. — Œuvres complètes, sous les auspices de l'Académie des sciences; 1878-94; 13 vol. in-4o, chez Gauthier -Villars.

Dans Tensemble des recherches de Laplace, on doit remarquer surtout celles qui se rapportent à la stabilité des grands phénomènes : aucun objet n'est plus digne de la méditation des philosophes... En général, la nature tient en réserve des forces conservatrices et toujours présentes, qui agissent aussitôt que le trouble commence, et d'autant plus que Taberration est plus grande. Elles ne tardent point à rétablir l'ordre accoutumé. On trouve dans toutes les parties de l'univers cette puissance préservatrice. La forme des grandes orbites planétaires, leurs inclinaisons varient et s'altèrent dans le cours des siècles ; mais ces changements sont limités. Les dimensions principales subsistent, et cet immense assemblage des corps célestes oscille autour d'un état moyen vers lequel il est toujours ramené. Tout est disposé pour Tordre, la perpétuité et l'harmonie.

On ne peut pas affirmer qu'il lui eût été donné de créer une science entièrement nouvelle, comme l'ont

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fait Archimède et Galilée; de donner aux doctrines mathématiques des principes originaux et d'une étendue immense, comme Descartes, Newton et Leibniz, de transporter le premier dans les cieux et d'étendre à tout l'univers la dynamique de Galilée : mais Laplace était né pour tout perfectionner, pour tout approfondir, pour reculer toutes les limites, pour résoudre ce que Ton aurait pu croire insoluble. Il aurait achevé la science du ciel, si cette science pouvait être achevée.

Les jardins de BerthoUet à sa maison d'Arcueil n'étaient point séparés de ceux de Laplace. De grands souvenirs, de grands regrets ont illustré cette enceinte. C'est là que Laplace recevait des étrangers célèbres, des hommes puissants, dont la science avait reçu ou espérait quelques bienfaits, mais surtout qu'un zcle sincère attachait au sanctuaire des sciences. Les uns commençaient leur carrière, les autres devaient bientôt la finir. Il les entretenait tous avec une extrême politesse. Il la portait même si loin, qu'il aurait donné lieu de croire à ceux qui ne connaissaient point encore toute rétendue de son génie, qu'il pouvait lui-même retirer quelque fruit de leurs entretiens.*

En citant les ouvrages mathématiques de Laplace, nous avons dû surtout faire remarquer la profondeur des recherches et l'importance des découvertes. Ses ouvrages se distinguent encore par un autre caractère, que tous les lecteurs ont apprécié : je veux parler du mérite littéraire de ses compositions. Celle qui porte le titre de Système du mondey est remarquable par l'élégante simplicité du discours et la pureté du langage. Il n'y avait point encore d'exemple de ce genre de pro-

ductions ; mais on s'en formerait une idée bien inexacte, si Ton pensait que Ton peut acquérir la connaissance des phénomènes du ciel dans de semblables écrits. La suppression des signes propres à la langue du calcul ne peut pas contribuer à la clarté et rendre la lecture plus facile. L'ouvrage est une exposition parfaitement régulière des résultats d'une étude approfondie ; c'est un résumé ingénieux des découvertes principales. La précision du style, le choix des méthodes, la grandeur du sujet donnent un intérêt singulier à ce vaste tableau ; mais son utilité réelle est de rappeler aux géomètres les théorèmes dont la démonstration leur était déjà connue. C'est à proprement parler, une table de matières d'un traité mathématique.

Laplace avait toujours eu l'habitude d'une nourriture très légère ; il en diminua de plus en plus et excessivement la quantité. Sa vue très délicate exigeait des précautions continuelles ; il parvint à la conserver sans aucune altération. Ces soins de lui-même n'ont jamais eu qu'un seul but, celui de réserver tout son temps et toutes ses forces pour les travaux de l'esprit. 11 a vécu pour les sciences ; les sciences ont rendu sa mémoire éternelle.

Il avait contracté l'habitude d'une excessive contention d'esprit, si nuisible à la santé, si nécessaire aux études profondes ; et cependant il n'éprouva quelqu'affaiblissement sensible que dans les deux dernières années.

Au commencement de la maladie à laquelle il a succombé, on remarqua avec effroi un instant de délire.

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