‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 67 sur 144 · BERTHOLLET · texte numérisé non relu

BERTHOLLET

Peu de temps avant le 9 thermidor, lorsque des hommes de sang en étaient venus à supposer à chaque instant des conspirations même sans intérêt, et comme pour s'entretenir dans Fhabitude du crime, un dépôt sableux, trouvé dans des barriques d'eau-de-vie, fit avancer qu'on avait voulu faire périr les soldats, et déjà nombre d'individus étaient dans les fers et attendaient leur sentence. M. BerthoUet, chargé d'analyser cette eau-de-vie, prouva, dans un rapport raisonné, qu'elle ne contenait rien de nuisible. Le comité de salut public, dont le rapport dérangeait les plans, fait venir l'auteur. Comment oses-tu soutenir, lui dit Robespierre, que cette eau-de-vie que tu vois si trouble, ne contient pas de poison? « Pour toute réponse il en avala un verre en disant : « Je n'en avais jamais tant bu. » — « Tu as bien du courage! » s'écria le féroce dictateur. — Il répliqua : « J'en ai eu davantage quand j'ai écrit mon rapport » : et la conversation finit là; peut-être ne se serait-elle terminée qu'au tribunal révolutionnaire, si l'on avait eu moins besoin de ses services.

Sa dernière maladie a été de celles qui surprennent et désespèrent toujours la médecine. Un ulcère charbonneux venu à la suite d'une fièvre légère, l'a dévoré lentement pendant plusieurs mois, mais sans lui arracher un mouvement d'impatience. Cette mort, qui arrivait à lui par le chemin de la douleur, dont, comme médecin, il pouvait calculer les pas et prévoir le moment, il l'a envisagée avec autant de constance que les souffrances du désert ou les menaces des barbares.

Page 1