DAVY
vement volontaire ne diminua d'abord rien de ses sensations; il voyait, il entendait tout autour de lui; mais à mesure que cette espèce d'asphyxie augmentait, le monde extérieur J 'abandonnait; une foule d'images nouvelles s'emparaient de lui; il lui semblait qu'il faisait des découvertes, qu'il s'élevait à des théories sublimes.
Depuis longtemps on avait été frappé de l'analogie des alcalis fixes avec les terres alcalines, et de ces dernières avec les oxydes métalliques, et Lavoisier avait môme, dès 1789, énoncé la propriété que ces terres n'étaient que des oxydes irréductibles par les moyens ordinaires. Quant aux alcalis fixes proprement dits, si Ton faisait quelques conjectures sur leur composition, c'était plutôt par quelques combinaisons de l'Azote, qu'on les supposait formés; et l'analogie avec l'ammoniaque était ce qui avait conduit à cette idée; mais dans les Sciences, les plus heureuses conjectures ne sont rien, si l'expérience ne les confirme.
M. Davy, en possession d'un moyen de décomposition aussi puissant que la pile, ne désespéra pas de résoudre le grand problème. Après l'avoir tenté sans succès sur des solutions aqueuses, il prit de la potasse humectée, seulement assez pour servir de conducteur, et l'ayant placée dans le cercle d'une forte batterie, pendant que du côté positif elle donnait une effervescence, il vit apparaître, du côté négatif, de petits globules semblables au mercure par la couleur et par l'éclat, mais tellement combustibles, qu'ils se couvraient, presque en se formant, d'une croûte blanche qui était de tapotasse, et que, jetés dans l'eau, ils surnageaient et y brûlaient
avec une lumière éclatante et une vive chaleur. Il demeura démontré que la potasse et la soude résultent de la combinaison de l'oxygène avec des bases semblables aux métaux par leurs caractères extérieurs; mais infiniment plus légers et d'une affinité pour l'oxygène infiniment plus forte.
L'instruction générale, calculée pour le grand nombre, ne s'adapte pas aisément à ces têtes excentriques dont les premières pensées sont déjà supérieures à celles de leurs camarades et souvent à celles de leurs maîtres. Les efforts pour les faire rentrer dans la voie commune, ne serviraient qu'à contrarier leurs progrès. C'est un bonheur pour eux et pour le monde qu'ils soient ainsi négligés. Davy donc, laissé à lui-même, chassait, péchait, parcourait en tous sens ce pays pittoresque, essayant déjà d'en chanter les beautés; car dès l'enfance il était orateur et poète. Ses impressions se peignaient vivement dans ses discours; chaque fois qu'il rentrait à l'école, ses petits camarades l'entouraient; ils se pressaient, ils oubliaient tout pour l'entendre raconter ce qu'il venait de voir. Ses lectures ne l'agitaient pas moins que ses observations ; à peine une traduction d'Homère lui fut-elle tombée sous les yeux qu'il se mit à composer aussi une épopée dont Diomède était le sujet.
Dans l'état de sa fortune, ce n'était pas une petite entreprise que de se procurer les instruments nécessaires; mais ici, comme dans ses autres études, son courage et son esprit subvinrent à tout. De vieux tuyaux