‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 88 sur 144 · FARADAY (MICHEL · texte numérisé non relu

FARADAY (MICHEL

Newington (près Londres), 1791 ; Hainpton (Middlesex), i867. — Physicien et chimiste anglais. Elève et collaborateur de Dawy, émule d'Ampère, maître de Tyndall. Professeur à l'Institution royale de Londres.

Découverte des courants d'induction. Liquéfaction du chlore et de plusieurs autres gaz K Benzine. Théorie de la gymnote.

Manipulations chimiques (Traduction Baiseau et Bussy). — Recherchée expérimentales sur Vélectricilé (Angl. 3 vol.). — Histoire d'une chandelle (Traduction W. Hugues}.

Personne n'ignore aujourd'hui que la science et Tindustrie utilisent trois sources d^électricité : celle qui se développe dans les anciennes machines à plateaux de verre ; celle qui provient de la pile de Volta ; celle que produisent les machines fondées sur Tinduction.

Les anciennes machines électriques fournissent une électricité peu abondante ; mais le ressort en est tellement tendu, qu'au moment où elle abandonne les corps qui la supportent, pour se précipiter dans le sein de la terre, elle brise tout ce qui s'oppose à son passage.

La pile de Volta fournit une électricité abondante, mais le ressort en est si faible qu'elle agit sur les corps, comme en passant d'une molécule à l'autre. Elle franchit difficilement de grandes distances à travers l'air.

L'électricité des machines de verre et celle des nuées agissent par leur tension, celle de la pile par sa quantité.

Il appartenait à Faraday de découvrir la troisième espèce d'électricité, celle dans laquelle les qualités des

1 . Depuis, presque tous les gaz, y conapris Tair atmosphérique ont été liquéfiés et même solidifiés.

MICHEL FARADAT

deux précédentes se trouvent réunies : car, comme la première, elle lance de longues et foudroyantes étincelles; comme la seconde, elle pénètre dans Tintérieur des corps pour les échauffer, les fondre, les décomposer.

Sans chercher comment Télectricité naît du frottement d'un plateau de verre ou de la dissolution d'un métal, nous voyons clairement qu'au moment oîi, dans ces deux cas, les phénomènes électriques apparaissent, ils n'avaient été précédés d'aucune manifestation d'électricité.

Il n'en est pas ainsi de l'électricité induite. Curieux phénomène! Gomme son nom l'indique, elle est suggérée par un autre. Un mouvement électrique apparaîtil dans une matière, on le voit se réfléchir dans la matière voisine. Il s'y réfléchit même, comme dans une glace, ce qui est à droite dans l'original se trouvant porté à gauche dans sa copie ou son image.

Si l'on dirige à travers un fil de cuivre un courant continu d'électricité, et qu'on place un autre fil de cuivre parallèlement au premier, mais sans communication ni avec lui ni avec la source d'électricité, ce dernier n'offrira rien de particulier. Mais qu'on rompe ou qu*on rétablisse la circulation de l'électricité dans le premier fil, à chaque rupture et à chaque restitution du courant direct, le second deviendra capable d'agir lui-môme sur l'aiguille aimantée, signe visible de la production d'un courant indirect qui s'y manifeste.

Un courant direct, qui commence, développe dans le fil influencé un courant de sens inverse : un courant direct, qui finit, y développe, au contraire, un courant secondaire du même sens. Quand le premier

avance, le second recule ; quand le premier recule, le second avance.

Qu'on approche ou qu'on éloigne le pôle d'un aimant d'un fil de cuivre, et Ton suscite les mêmes mouvements électriques : c'est ainsi que Faraday, complétant la pensée d'Ampère, nous a appris à transformer le magnétisme en électricité, dans une suite d'expériences qui ont mis plus vivement en lumière Tidentité de ces deux forces.

Il a été plus loin, et considérant, avec Ampère encore, la terre comme un grand aimant, il s'en est servi pour exciter des courants électriques d'induction dans des fils de cuivre convenablement disposés pour les mettre en évidence.

Les aimants, le globe terrestre, deviennent donc à volonté des sources d'électricité.

Tous les Traités de physique Hfprcnnent aux étudiants de nos lycées et de nos collèges comment Faraday a soumis Télectricité d'induction à une analyse expérimentale pleine de bon sens, de simplicité, de sûreté et de profondeur ; comment on est parvenu à rendre excessivement rapides cette rupture et cette restitution du courant, à ramener dans le même sens des actions qui se produisent en sens opposés ; enfin comment le courant secondaire ou induit se trouve renforcé, si Ton contourne les deux fils en spirales qui s'enveloppent et si l'on place un cylindre de fer doux, ou mieux un faisceau de fils de fer, dans la spirale intérieure ^

1 . Les machines d'induction sont aussi nombreuses qu'importantes : machine de Ruhmkorff et machines industrielles produisant des courants.

Faraday était de taille moyenne, vif, gai, Toeil alerte, le mouvement prompt et sûr, d'une adresse incomparable dans Tart d'expérimenter. Exact, précis, tout à ses devoirs ; lorsqu'il préparait dans sa jeunesse, les leçons de chimie à l'Institution Royale, chaque expérience menée à point répondait si bien à la pensée et à la parole du maître, qu'on avait coutume alors de dire que celui-ci professait sur le velours. A la lin de sa vie, lorsqu'il avait quitté la chaire, redevenu auditeur, il suivait de l'œil tous les appareils , surveillant leur marche, prêt à la hâter ou à la ralentir, à réparer le moindre désordre, sans affectation, et comme s'il accomplissait l'office d'un régulateur naturel, identifié avec la pensée du professeur. Il vivait dans son laboratoire au milieu de ses instruments de recherche ; il s'y rendait le matin et en sortait le soir aussi exact qu'un né^ gociant qui passe la journée dans ses bureaux. Toute sa vie fut consacrée à y tenter des expériences nouvelles, trouvant dans la plupart des cas, qu'il était plus court de faire parler la nature que d'essayer de la deviner. Obligé par sa mémoire ingrate et infidèle de noter et de numéroter les faits qu'il découvrait ou les idées qui germaient dans son esprit et d'en tenir registre, il en dressait soigneusement la table, certain que, sans cette précaution, il ne les retrouverait jamais au moment du besoin. Faraday, qui n'était pas mathématicien, a été moins prompt dans ses conceptions qu'Ampère ; son œuvre, fondée sur l'expérience seule, a été plus lente ; mais, comme lui, il s'est élevé à la plus haute contemplation de la nature et, comme lui, il a découvert tout un ensemble de faits certains et de lois

incontestables qui lient à jamais son nom glorieux à rhistoire de réleclromagnétisme.

Entre Ampère et Faraday, Tun tout à la méditation, l'autre tout à Taction, Tun demandant tout à la pensée, l'autre tout aux faits, rien de commun au premier abord. Le premier ressemble au physiologiste qui, partant des lois de la vie, descend à la connaissance des organes et à celle de leur jeu ; le second à Tanatomiste qui, de l'étude matérielle des appareils organiques, s'élève à la conception de leur mécanisme et à Tinterprétation de leur rôle dans l'homme vivant. Partis de points opposés, ils arrivent pourtant au môme but ; et nul ne saurait dire, alors, si la vérité qu'ils révèlent est le fruit d'une forte conception confirmée par l'expérience ou celui d'une expérience heureuse, interprétée par une intelligence sûre. C'est ainsi qu'un même spectacle s'offre au regard de l'aigle qu'un vol porte au sommet des Alpes et à celui du voyageur qui en a gravi les pentes lentement et pas à pas.

En ce qui concerné les sciences, je n'ai jamais connu d'esprit plus libre, plus dégagé, plus hardi : c'est le résultat de la méthode expérimentale. 11 ne croyait même pas à l'existence de la matière ; loin de lui tout accorder, il ne voyait dans l'univers qu'une seule force obéissant à une seule volonté. Ce qu'on appelle matière n'était à ses yeux qu'un assemblage de centres de force. Chose étrange assurément ! Dans un autre pays, qui donne le pas volontiers à la méthode mathématique, et où certaines témérités sont légèrement portées, ce n'est pas sans difficulté qu'on se persuade, au contraire, que les vérités scientifiques n'ont pas reçu leur dernière

expression et qu'on peut y toucher sans sacrilège.

Cependant douter des vérités humaines^ c'est ouvrir la porte aux décpuvertes ; en faire des articles de foi, c'est la fermer. Douter des vérités divines, c'est livrer sa vie aux hasards ; y croire, c'est lui donner son lest. Telles étaient la conviction et la règle de Faraday.

C'est à regret qu'on se sépare de ce beau caractère, et, comme son digne successeur M. Tyndall, (M je termine cette esquisse par une comparaison empruntée à son enseignement populaire.

Faraday aimait à démontrer que l'eau a horreur des impuretés ; qu'elle s'en dépouille par une foule de procédés, et que, si l'on fait refroidir et congeler, par exemple, de l'eau trouble, colorée, salie, chargée de sels acres ou amers, d'aigres acides ou d'alcalis cuisants, le glaçon qui se forme dans son sein, éloignant de lui les souillures, se dégage limpide, inodore, agréable au goût, blanc et brillant comme le cristal.

xAinsi avons-nous connu Faraday ; aux prises avec les besoins, les tentations et les passions de la vie, il éloigna de bonne heure les mauvaises pensées, les sentiments égoïstes et les instincts vulgaires ou inférieurs, dégageant de plus en plus de Targile terrestre Pâme qu'il a rendue, enfin, à son Créateur, pure et sans tache.

J. B. Dumas.

C'est à l'Institution royale que sir Humphry Davy a fait ses mémorables expériences sur les métaux alcalins : c'est dans ce même laboratoire que M. Faraday a passé sa vie entière, consacrée, comme chacun sait, à

1 . Voir Faraday, Histoire d'un inventeur ^ par J. Tyndall (Traduction Moigno).

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l'étude des sciences physiques. C'est aussi dans Tamphithéâtre de T Institution royale que Faraday a conquis sa popularité comme professeur. Appelé à simplifier les faits et les théories, sans jamais les amoindrir^ afin de les présenter d'une manière élémentaire et précise à un auditoire exceptionnellement attentif et bien disposé, le -profond physicien n'a jamais fait aucun sacrifice au désir de plaire et de s'attirer des applaudissements. Exact et rigoureux dans le développement de ses idées, scrupuleux et môme puritain dans la forme, il a toujours enseigné sérieusement et non pas seulement vulgarisé, comme on le dit aujourd'hui.

Henri Sainte-Claire Deville.

[Introduction à la traduction par W. Hugues du livre de Faraday : Histoire d'une chandelle.)

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