LES DOCUMENTS ACADÉMIQUES
dent en exercice ou des délégués aux obsèques, aux anniversaires, érections de statues et cérémonies diverses
On pourrait, par extension, considérer comme documents académiques les livres, les mémoires scientifiques, les articles de revue, etc. des membres de l'Académie des sciences.
Les recherches dans Tample collection académique sont assez longues et assez pénibles, malgré quelques iables partielles. La Compagnie publie annuellement 5.000 mémoires, notes ou notules scientifiques.
Un secrétaire de rAcadémie doit avoir, dit Damiron : « cette autorité qui se donne plus qu'elle ne se décrète et que le vote constate plutôt qu'il ne la constitue; pour exercer ce gouvernement de la confraternité, qui n'est qu'un soin plus particulier des intérêts, de la dignité et des travaux de la Compagnie ; pour en être à perpétuité le représentant honoré et aimé ; pour en être, sous le titre de Secrétaire, l'âme, l'esprit, le lien, en un mot le vrai chef. »
L'Académie des sciences nomme un Président annuel, mais l'action continue des Secrétaires perpétuels est prépondérante. On doit les considérer surtout comme des historiens de la Science. Leur principale fonction, dit Cuvier, est de « préparer la justice de la postérité ».
Les Eloges qu'ils publient sur les Académiciens morts forment une œuvre de haute vulgarisation *. Voici
1. « Le titre d*£?tog«s, dit Fontenelle, n*est pas trop juste ; celui de Vies Teût été davantage ; car ce ne sont proprement que des Ties, telles qu'on les aurait écrites en rendant simplement justice. J'en puis garantir la vérité au public. J'ai su par moi-même un assez grand nombre des faits que je rapporte, j'ai tiré les autres des livres de ceux dont je parle, même de livres faits contre eux, ou de mé-
comment Sainte-Beuve apprécie la série de ces éloges : « Ce genre de traduction dans la langue usuelle n'est que très rarement possible en ce qui est des travaux de haute physique, et elle est tout à fait impraticable pour ce qui tient aux mathématiques. Fonlenelle, qu'on cite tou-
jours comme le premier maître dans le genre de TEloge appliqué aux savants, n'eut pas à triompher de cette difficulté ; il se contentait d'indiquer d'un mot les points et les sujets de science, il ne les traitait pas. Son objet principal et même unique était de faire connaître le caractère, la physionomie et les mœurs des savants qu'il présentait au monde dans ses gracieuses et discrètes Notices. Gondorcet le premier sentit qu'il était temps d'exposer les vrais titres des hommes éminents dont l'Académie des sciences s'était honorée; mais, malgré le mérite de quelques-uns de ses éloges, il ne sut point offrir de parfaits modèles de ce genre nouveau. Depuis que l'ordre des sciences naturelles est séparé de celui des sciences mathématiques, Cuvier a donné, bien qu'un peu brièvement, d'excellents exemples; M. Flourens s'applique, et chaque fois avec un succès nouveau, à étendre et à enrichir cette forme où il est maître, M. Arago, succédant à l'élégant Fourier, lequel avait succédé lui-même à l'estimable Delambre, chercha plus tard à se rattacher à la forme développée de Gondorcet. »
Nous allons présenter individuellement au lecteur
moires fournis par les personnes les mieux instruites. Je n*ai pas eu la liberté, et encore moins le dessein, de faire des portraits à plaisir de gens dont la mémoire était si récente. Si cependant on trouvait qu'ils n'eussent pas été assez loués, je n'en serais ni surpris ni fâché. »
Le cadre des Eloges s'est élargi depuis Fontenelle et ils sont devenus des Notices historiques et scientifiques.
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les Secrétaires successifs de T Académie jusqu'aux Secrétaires actuels, MM. J. Bertrand et Berthelot. Nous aurons à reparler plus loin de ceux d'entre eux qui ont été des savants célèbres.
DU HAMEL (Jean-Baptiste)
Vire, 1624 ; Paris, 1706. — Physicien et philosophe ; d'abord oratorien puis curé de Neuilly-sur-Marne et aumônier du Roi. Lié avec Huyghens, il se choisit pour successeur Fontenelle. Secrétaire de l'Académie de 1666 à 1697.
Cartésien oublié ; on loue sa belle latinité. Citons seulement, parmi ses livres, l'Histoire de TAcadémie royale des sciences (en latin) et l'Astronomie physique (dialogues latins entre l'Ancien, le Nouveau et l^Éclectique).
Fontenelle s'est peint lui-même, en disant de son estimable prédécesseur : « Il fallait à cette Compagnie un secrétaire qui entendit et qui parlât bien toutes les différentes langues de ces savants ; celle d'un chimiste, par exemple, et celle d'un astronome ; qui fût auprès du public leur interprète commun; qui pût donner à tant de matières épineuses et abstraites des éclaircissements, un certain tour, et même un agrément que les auteurs négligent quelquefois de leur donner, et que cependant la plupart des lecteurs demandent ; enfin, qui, par son caractère, fût exempt de partialité, et propre à rendre un compte désintéressé des contestations académiques. Le choix de Colbert pour cette fonction tomba sur du Hamel... »
FONTENELLE (Bernard de)
Rouen, 1657 ; Paris, 1757 (cent ans). — Homme de lettres et historien des sciences. Membre de TAcadémie française et de celle des Inscriptions et belleslettres ; secrétaire de TAcadémie des sciences de 1697 à 1740 (43 ans).
Fontenelle cultiva les sciences pendant la seconde moitié de sa vie, en comprit les théories et en donna au public une idée limitée, mais juste ; c'est un vulgarisateur fin et délicat.
Pluralité des mondes*^ Histoire derAcadémiedes sciences. ~E/o^f«.— Géométrie de Tinfini. — Théorie des tourbillons. — Œuvres complètes, 5to1.,1825.
« Les muses des mathématiques et de la physique habitent une région lumineuse et agréable, dit de Fouchy, mais l'accès de leur sanctuaire est difficile et épineux ; il fallait trouver un homme capable de faire disparaître ces difficultés, de dissiper une partie des images qui cachaient aux hommes la vue de leurs mystères ; de répandre la lumière et l'agrément sur les matières les plus sèches, et souvent les plus obscures, et qui pût les ramener à la portée du plus grand nombre des lecteurs. Les preuves que M. de Fontenelle avait données de ses talents en ce genre dans la Phiralité des mondes, déterminèrent le choix du ministre en sa faveur ; il fut nommé au commencement de 1697 à la place de secrétaire de l'Académie, vacante par la retraite de feu M. Tabbé du Hamel : il ne fut pas longtemps à justifier la confiance qu'on lui avait accordée. Bientôt il eut trouvé la manière la plus avantageuse de
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présenter au public les travaux de l'Académie : le véritable génie est un guide sûr qui semble ignorer les tentatives, et fait frapper au but du premier coup. On
lui doit encore l'établissement de ces discours que l'Académie consacre peut-être moins à la gloire de ceux qu^elle a perdus, qu'à exciter l'émulation de ceux qui se sentent assez de courage pour entreprendre de les imiter. Tel est à peu près le système de Y Histoire de r Académie. L'ordre qui règne dans les différentes matières qu'elle renferme, la clarté avec laquelle M. de Fontenelle avait l'art de présenter celles qui semblent les plus obscures, et les agréments que son imagination sagement fleurie y savait répandre à propos, en eurent bientôt fait un livre à la mode. Le goût des sciences se communiqua de proche en proche, et l'espèce de barbarie dans laquelle on était alors sur cet article céda à la lumière naissante, du moins pour ceux qui voulurent ouvrir les yeux. »
« Il avait déjà publié ses principaux ouvrages, dit à son tour Flourens, notamment la P/^^ra/^7^ des mondes^ qui fut plus tard son vrai titre, et un titre rare, pour la place de secrétaire de TAcadémie des sciences, et VHistoire des oracleSy qui lui ouvrit les portes de l'Académie des inscriptions.
Son génie était donc formé ; ses idées étaient faites, il avait sa philosophie, son style, sa manière; Fonte- •nelle était tout Fontenelle ; et c'est ce que d'abord on vit bien dans les deux Préfaces qu'il mit en tête, l'une de VHistoire de 1666, et l'autre de VHistoire de 1699 : ouvrages où l'esprit nouveau des sciences brille avec tant d'éclat, et les plus beaux sans doute qu'il ait écrits.
Fontenelle, dit G. Cuvier, par la manière claire,
lucide, dont il exposait les travaux de TAcadémie, concourut à répandre le goût des sciences plus peut-être qu'aucun de ceux qui en traitèrent de son temps.
Gela est vrai, mais cela n'est pas assez. Fontenelle ne s'est pas borné à répandre le goût des sciences. Nul n'a mieux secondé Descartes, destructeur de la philosophie scolastique ; nul, après les grands hommes qui l'ont fondée, les Descartes, les Bacon, les Galilée, les Leibniz, les Newton, n'a mieux compris la philosophie moderne ; il est un des premiers qui ait vu la métaphysique des sciences, et le premier qui leur ait fait parler la langue commune. Son influence a été plus grande qu'on ne le pense. Il lui est arrivé la môme chose qu'à Buffon. L'écrivain a fait oublier le savant et le philosophe. »
MAIRAN (Jean-Jacques)
Béziers, 1678; Paris, 1771. (Presque centenaire). — Littérateur et physicien ; membre de l'Académie française ; secrétaire intérimaire de l'Académie des sciences en 1740, pendant trois ans seulement.
Autrefois célèbre, bien oublié aujourd'hui.
Traité de FAurore boréale. — Lettre sur les forces vives. — Sur la glace. — Sur les variations du baromètre. — Eloges des académiciens (dix seulement, dont celui de l'astronome Halley) .
DE FOUCHY (Jean-Paul-Grandjean)
Paris, 1707-1788. — Astronome ; secrétaire de l'Académie pendant 30 ans, de 1743 à 1773.
A publié de patientes observations astronomiques.
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Il fut un secrétaire exact et appliqué, d'après ses registres qui ont été conservés.
Les éloges qu'il a composés sont au nombre de 46, mais il n'en a paru qu'un seul volume.
« L'Académie le choisit comme astronome, en 1731, dit Condorcet.
C'est en 1743 qu'il fut nommé secrétaire perpétuel.
C'était succéder à Fontenelle, dont M. de Mairan n'avait voulu occuper la place qu'un petit nombre d'années.
L'un (Fontenelle) devait avoir pour but de donner une idée juste de toutes les sciences à ceux qui n'en avaient étudié aucune ; l'autre (de Fouchy) d'initier ceux qui avaient cultivé une science, aux principes de toutes les autres.
La simplicité, la vérité, l'exactitude sont le principal caractère de ses portraits. Il inspire la confiance, parce qu'il ne paraît chercher à rien embellir. »
CONDORCET
Richemont (Aisne), 1743; Bourg-la-Reine (près Paris), 1794. — Philosophe, mathématicien et homme politique. Membre de l'Académie française. Nommé, en concurrence avec Buffon, secrétaire de l'Académie des sciences, il dut se faire suppléer pendant les années qui précédèrent la suppression de la Compagnie. Ami de Voltaire, de d'Alembert et de Turgot.
Poursuivi, après la chute des Girondins, il s'empoisonna à Bourg-la-Reine. — Lycée Condorcet à Paris ; statue.
Condorcet est un philanthrope : il croit à la perfectibilité indéfinie de rhomme. Contesté comme mathématicien, il essaye d'appliquer le calcul des probabilités aux questions sociales (Décisions des tribunaux, élections populaires, etc.)
Essai sur le calcul intégral. — Calcul des probabilités. — Esquissf des progrès de l'esprit humain. — Eloges des académiciens (d'abord ceux morts avant 1669, puis les autres depuis 1770). — Œuvres complètes, 1847-49, 12 vol. in-8.
D'après Biot, les « éloges académiques continués d'abord pendant trois années par Mairan, puis par Grandjean de Fouchy, enfin par Condorcet devinrent sous la plume des deux premiers, moins délicatement spirituels et moins disposés pour plaire... Condorcet leur donna un ton plus assuré, qu'il accompagna de toute l'élévation de style que ce genre comporte... Mais, au-delà du but scientifique, on découvre le but politique vers lequel se portaient les opinions du temps. L'exposé des services rendus par les sciences devient comme une sorte de réclamation publique contre l'injustice de l'ordre social. »
Arago dit à son tour :
« C'est aujourd'hui chose assez généralement convenue, et propagée par ouï-dire, que Condorcet manque, dans ses éloges, de force, de chaleur, d'élégance, de sensibilité. J'oserai ne pas être de cet avis.
Les compositions biographiques de Condorcet brillent par ce qui devait naturellement en faire l'essence. L'histoire de l'esprit humain y est envisagée de très haut. Dans le choix des détails, l'auteur a constamment en vue l'instruction et l'utilité, plus encore que l'agrément. Sans trahir la vérité, dont les prérogatives doivent primer tout autre intérêt, toute autre considéra-
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tion, Condorcet est sans cesse dominé par cette pensée, que la dignité du savant se confond, à un certain degré, avec celle de la science...
Notre ancien secrétaire se distingue surtout par la plus éclatante impartialité, par les pensées philosophiques et d'un intérêt général qu'il jette à pleines mains au milieu des plus simples circonstances biographiques; par son abnégation constante de tout ressentiment personnel^ de tout esprit de coterie, de toute pensée d'amour-propre. »
La perpétuité des Secrétaires de l'Académie est interrompue de 1796 à 1803. Le plus jeune membre de la classe des sciences de l'Institut, Cuvier, est nommé secrétaire à la première séance. Les secrétaires annuels nommés deux à deux et souvent réélus sont le naturaliste Lacépède et Haiiy, Lacépède et le mécanicien de Prony, le chirurgien Lassus et le chimiste Lefèvre- Gineau, Cuvier et Delambre, enfin Lacépède et le mathématicien Lacroix.
On revient à la perpétuité en 1803 et il y a désormais simultanément un secrétaire pour les sciences mathématiques et un secrétaire pour les sciences physiques. Les deux premiers sont Cuvier et Delambre.
CUVIER (Georges)
Il resta secrétaire perpétuel pour les sciences naturelles, de 1803 à 1832. Voici comment l'apprécie Biot :
(( Cuvier élait alors dans toute la force de la jeunesse, et dans toute Tardeur d'un amour pour les sciences qu'aucun autre soin ne partageait. Sa vaste intelligence, développée par l'universalité d'une éducation allemande, embrassait toutes les sciences physiques et naturelles, presque avec une égale supériorité... Les fonctions de secrétaire perpétuel ne furent, pour lui, qu'une noble application de cette généralité de vues qu'il possédait. Aucun travail ne lui coûtait, aucune étude ne lui semblait fatigante pour les remplir dans toute leur étendue...
Il en fit (des éloges) l'histoire de la science, dans lequel l'individu ne tenait de place que par ses découvertes, ou les circonstances qui avaient réagi sur ses travaux. Et il accomplit cette tâche d'une manière admirable, parce qu'il ne traita jamais que des sujets dans lesquels il était lui-même un homme supérieur ; se montrant toujours d'autant plus fort qu'ils étaient plus élevés. Il manqua peut-être, quelquefois, de goût dans les détails, mais jamais de justesse dans les idées, • d'étendue dans les vues, de noblesse dans les sentiments. »
\ . Voir aux Naturalistes.
SAV. Mon.
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