DE BL AIN VILLE
Les faits sur lesquels vous fondez votre théorie ne sont donc que des faits insuffisants, incomplets. Des faits incomplets ne peuvent être posés comme limite à nos conjectures.
M. Cuvier suit les faits : également résolu à les attendre, quelque lentement qu'ils arrivent, et à accepter le résultat qu'ils donneront quel qu'il puisse être, soit la théorie des créations successives, si les espèces continuent à se trouver partout séparées et superposées, soit la théorie d'une création unique et simultanée^ si on finit par les trouver quelque part réunies et confondues.
M. de Blainville part d'un grand fait, qu'il transforme en principe : le fait de Yunité du règne ; et de Vunité du règne il conclut hardiment à Yunité de création.
C'est toujours, d'un côté, la marche expérimentale, avec son procédé sur et ses résultats incertains ; c'est toujours, de l'autre, la marche dogmatique, avec son résultat présenté comme certain, mais obtenu par un procédé qui n'est pas sûr.
C'est surtout par son enseignement que M. de Blainville a donné de l'éclat à sa carrière scientifique. H possédait au plus haut degré cette abondance facile, ce tour animé de parole, ce ton dominant qui subjugue les esprits et les entraîne. Au calme judicieux qui sème avec précaution les germes heureux d'un savoir fécond, il préférait les formes hardies d'une logique emportée. Il réussissait à enflammer les jeunes tètes
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qui ne donnaient pas d'ailleurs, sans quelque malice, des marques de chaleureuse sympathie au disciple qui s'élevait en contredisant un grand maître. Et ce maître était pourtant Cuvier, dont la jeunesse était si fière, mais en qui elle tentait de blâmer indirectement le savant, oublieux d'une glorieuse et indépendante simplicité.
(de Blainville) Passant sa vie dans un sombre cabinet, s'y recelant au fond d'un vaste et profond fauteuil, s'y entourant d'un triple rempart, mélange confus de livres, de dessins originaux, de préparations anatomiques, de microscopes mal assurés, si parfois un disciple studieux était admis, il avait pour s'introduire plus d'un obstacle à surmonter, car Tenvahissement était général, et il n'était pas moins laborieux de se procurer un siège que difficile de le placer. Enfin, si après les prodigieuses péripéties de Tinstallation, si, dans le feu du travail, la recherche d'un volume devenait nécessaire, il fallait ordinairement le tirer de la base d'une montagne dont le renversement général était, au milieu de ce chaos, un vrai cataclysme, qui, pour être fréquent, n'en élait pas moins dangereux.
Redevenu possesseur du petit domaine seigneurial de ses ancêtres, chaque année, M. de Blainville allait revoir ses plages, ses collines, respirer Tair vivifiant de la mer, et demander à la brise qui avait bercé ses premières années de doux souvenirs. Pendant le temps qu'il habitait son petit manoir, le savant disparaissait et le gentilhomme n'était pas grondeur. Il portait dans les châteaux, où on le recherchait, une amabilité sans