ÉLIE DE BEAUMONT (LÉONCE
Canon (Calvados), 1798-1874. — Géologue. Fit avec Dufrénoy un voyage géologique en France et en Angleterre. Inspecteur général des mines. Professeur k l'École des mines et au Collège de France. Sénateur.
Est l'auteur d'une théorie du soulèvement des chaînes de montagne K A pris une part considérable k l'établissement de la carte géologique de France.
Carte géologique de France. — Voyage métallurgique en Angleterre. — Révolutions de la surface du globe. -— Leçons de géologie. — Notices sur le système des montagnes. — Rapport sur les progrès de la stratigraphie.
Brochant de Villiers, jaloux d'assurer le succès de la carte géologique dont Texécution lui était commise, entre les jeunes ingénieurs, ses anciens élèves, choisit Élie de Beaumont et Dufrénoy pour réclamer le concours de leur jeunesse et de leurs talents. Vigilants et actifs, sans affecter. Tindépendance, les deux jeunes camarades devinrent bientôt les conseils de leur ancien maître, puis ses lumières et ses guides. Consentant, pour les mieux préparer, au retardement de leur grand travail, les soins prévoyants de Brochant de Villiers les invitèrent d'abord à étudier TAngleterre. Les accidents naturels du sol y favorisent, en effet, plus souvent qu'en France, les études géologiques, et de nombreuses falaises y mettent à nu des couches difficilement accessibles sur nos côtes. Les savants auteurs de la carte géologique d'Angleterre, récemment terminée, tout
1. Attaquée par l'anglais Charles Lyell, partisan de la transformation graduelle des roches et, plus généralement, du système des causes actuelles.
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pleins encore du souvenir des difficultés surmontées, ne pouvaient manquer de leur prêter libéralement un utile et cordial secours. Ingénieurs aussi bien que géologues, Elie de Beaumont et Dufrénoy, mettant à profit les occasions et les moyens d'étude offerts de toute part, s'appliquèrent à connaître, en môme temps que le sol, les mines et les usines delà Grande Bretagne. Le voyage métallurgique en Angleterre, heureux commencement de leurs communs travaux, attestait, dès l'année suivante, la variété de leur savoir et le succès de leurs efforts.
Pour se distribuer également le travail, ils divisèrent la France en deux régions : celle de l'Est échut à Élie de Beaumont ; mais, suivant leur sage convention, chacun des collaborateurs, loin de se tenir rigoureusement dans les bornes du partage, devait, sur une bande commune, conférer les résultats pour constater l'accord des méthodes ou pour en faire disparaître les divergences. Désireux d'associer les lumières, non de diminuer le labeur, on se décida bientôt, dans des communes excursions, à vider sur place les questions de fait pour rechercher ensemble la solution des difficultés et des doutes. L'assiduité de ces savantes études devint le lien nouveau d'une amitié déjà ancienne. La noble émulation de bien faire n'a pu l'altérer un seul instant, et, si les jeunes émules se sont efforcés tour à tour de se convaincre et de se surpasser l'un l'autre, on ne s'en aperçoit qu'à la perfection de l'œuvre commune.
Les géologues se partageaient alors et discutent encore avec ardeur sur le choix à faire entre les bouleversements brusques, produits désordonnés de subites
explosions, et les transformations lentes, continuées, invisibleraent en quelque sorte, par l'action toujours permanente des causes actuelles. Observateur assidu et perspicace, c'est en transportant son cabinet de travail de colline en colline et de carrière en carrière qu'Elie de Beauniont accroissait ses forces et rassemblait des armes nouvelles. Infatigable dans ses courses et patient dans ses recherches, ce sont les gorges inexplorées et désertes qui lui parlent et Tinstruisent, c'est aux rochers du plus difficile accès qu'il demande des lumières et des preuves.
Les montagnes do l'Oisans en Dauphiné lui fournirent les signes les plus certains, les arguments les plus décisifs. Jamais ses yeux n'avaient contemplé, dans une telle évidence, les marques visibles de bouleversements subits et violents.
Ses Leçons de géologie pratique semblaient promettre le plus complet comme le plus régulier de ses ouvrages. Elles resteront comme un modèle excellent de méthode et de clarté, préparation inachevée aux théories les plus hautes. Accusé de substituer à la patiente industrie de la nature le choc incertain d'explosions déréglées et subites. Elle de Beaumont, sans abandonner, mais sans outrer ses principes, est bien éloigné de méconnaître ou d'exclure les actions lentes et continues. Elles font tout le* sujet de son livre, et, s'il restreint leur influence dans d'étroites limites, on ne saurait sans injustice lui en refuser la parfaite connaissance, ni lui contester l'avantage d'avoir su habilement enchaîner leurs effets avec cette suite logique que recommande Horace et qui produit la lumière.
Laissant pour un temps les grandes convulsions de