CLAIRAUT
Clairaut suça, pour ainsi dire, la géométrie avec le lait. Fils d'un maître de mathématiques, il apprit rapidement de lui les éléments de ces sciences. A Tâge de seize ans, il publia un ouvrage intitulé : Recherches sur les courbes à double courbure qui lui marqua dès lors une place distinguée parmi les grands géomètres. Deux ans après, l'Académie des sciences le reçut au nombre de ses membres, dérogeant en sa faveur à Tusage où elle était de n'admettre dans son sein que des hommes d'un âge mûr. Ce choix, approuvé généralement, fut justifié par les profonds mémoires dont Clairaut enrichit la collection de cette savante compagnie. En 1736, il fut envoyé en Laponie, avecMaupertuis, Camus et Le Monnier, pour mesurer un arc du méridien terrestre. J ai parlé de son Traité de la mesure de la terre, et de ses Recherches sur le système du monde : sa haute réputation est principalement fondée sur ces ouvrages.
Il avait le faible de presque tous les grands hommes : il aimait un peu trop la célébrité. Adroit à saisir tous les moyens de s'attirer des applaudissements, il dirigeait ordinairement ses recherches vers des objets dont un grand nombre de personnes pouvaient apprécier, sinon la théorie, au moins les résultats ; il travaillait ses ouvrages avec un extrême soin, et presque toujours il leur donnait toute la perfection, dont ils étaient susceptibles. Ses éléments de Géométrie et d'Algèbre lui firent des panégyristes nombreux et zélés parmi les jeunes étudiants de ces sciences, flattés d'avoir pour guide un géomètre du premier ordre.
Un caractère doux et liant, une grande politesse, une
attention scrupuleuse à ne jamais blesser Tamour-proprc d'autrui, lui donnèrent dans le grand monde une existence, une considération que le talent seul n'aurait pas obtenues. Par malheur pour les sciences, il se livra trop à l'empressement général qu'on avait de le connaître et de le posséder. Engagé à des soupers, à des veilles, entraîné par un goût vif pour les femmes, voulant allier le plaisir à ses travaux ordinaires, il perdit le repos, la santé, et enfin la vie à Tâge de cinquantetrois ans, quoique son excellente constitution physique parût lui promettre une bien plus longue carrière.
BossuT ^Histoire gémmle des Mathématiques).
d'alembert 97