BERTHOLLET (CLAUDE-LOUIS
Talloirc (Savoie), 1748 ; Arcueil (près Paris), 1822.— Chimiste. Suivit Bonaparte en Egypte. Professeur aux. Ecoles polytechnique et normale. Directeur des Gobelins. Membre de la Commission des monnaies. Sénateur, puis pair de France. — Lycée et statue à Annecy.
Travaux importants sur le chlore, la poudre, le charbon, l'acide prussique, Tacide sulfhydrique, l'extraction de la soude, etc.
Nature de Tacier. —Art de la teinture. — Blanchiment des toiles. — Loi de l'affinité. — Statique chimique.
M. Berlhollet fut porté à TAcadémie parce qu'il enrichissait la Science par des recherches profondes, et Fourcroy fut nommé professeur parce que le charme inexprimable attaché à son élocution le rendait plus capable qu'aucun autre d'en inspirer le goût et d'en propager Tétude... M. BerthoUel, peu méthodique dans ses mémoires, peu disposé à se mettre à la portée des comnnençants, et qui n'avait aucune facilité à parler, la servait dans son laboratoire mais ne l'aurait jamais répandue. On en eut la preuve, en 1795, lorsqu'il fut chargé de renseignera l'École normale. Le respect que cette grande assemblée portait à la profondeur de son génie, ne put faire illusion sur l'obscurité et le peu d'ordre de ses expositions. On aurait dit que, toujours maître de sa matière, pouvant la prendre à volonté par tous ses points, il supposait dans ses auditeurs la même capacité, et c'est toujours de la supposition contraire qu'un professeur doit partir.
Cependant M. BerthoUet obtint une des places qu'occupait Macquer, colle de commissaire du gouvernement pour les teintures, et en cela encore justice entière fut faite, et un. grand service fut rendu au public. Il s'oc-
2t6 LES PHYSIOEKS ET LES CHIMISTES
cupa aussitôt d'appliquer au perrectionnetnent de l'art les progrès récents de lu chimie, et dès son début il renrichit d'un procédé dont les avantages ont été incalculables. Scheele avait observé que l'acide muriatique déphlogistiqué, comme on le nommait alors, ou le chlore des chimistes d'aujourd'hui, jouit de la propriété de détruire les couleurs végétales. M. BerlhoUet pensa à tirer parti de cette expérience pour le blanchiment des toiles, en y appliquant simplement cet acide. La toile blanchissait à la vérité, mais sa blancheur ne se conservait point. Il dut donc se livrer à des études et à des expériences plus approfondies. Réfléchissant que les procédés ordinaires du blanchiment, ces alternatives de lessives et d'exposition à l'air et à la lumière, ne pouvaient avoir pour but que de rendre solubles et d'enlever les substances qui brunissent les fils, il conçut l'idée que l'acide muriatique déphlogîstiqué, qui agita la fois comme l'air et comme la lumière, ponrrait faire en peu de temps ce que ces agents naturels ne font qu'en plusieurs mois, mais que, pour compléter son eiïet, il était nécessaire de combiner ses actions avec celles des lessives, et c'est alors que naquit un art tout nouveau et d'un produit immense. Le chlore ne blanchit pas seulement avec plus de rapidité; il donne un plus beau blanc, exigeant moins de lessives, il ne fatigue pas tant les étoffes; il rend à l'agriculture les grandes prairies sur lesquelles on étendait les toiles; il s'applique à des toiles déjà peintes et qui ont mal réussi, ou qui ont passé de mode, aussi bien qu'à des liiiles écrues. et comme tous les agents énergiques, ce n'ost pas aux toiles seules que son pouvoir s'étend.
CLAUDE-LOITIS BF.HTHOLLBT