‹ Les savants modernes: leur vie it leurs travaux d'après les documents académiques choisis et abrégésChapitre 82 sur 139 · GAY-LUSSAC (JOSEPH-LOUIS · texte numérisé non relu

GAY-LUSSAC (JOSEPH-LOUIS

Saint-Léonard (Haule-Vicnne), 1778; Paris, 1850. —Chimiste ot physicien. Disciple de Berthollet. Fait des observations en ballon. Voyage avec Humboldt. Professe à TÉcole polytechnique, à la Sorbonne, au Collège de France, au Muséum. Député, pair de France. — Statue k Limoges.

Recherches sur le potassium, l'iode, le sodium, le bore, le chlore; les acides fluorique, chlorique, prussique, chlorhydrique. Cyanogène. Hygrométrie. Capillarité. Baromètre à siphon et alcoomètre. Loi des proportions définies. Recherches sur les dilatations.

Recherches pkysico-chimiques (avec Thénard). —Cours de physique.

— Cours de chimie. — Essai des matières d'argent par la voie humide.

— Nombreux mémoires.

Le bleu de Prusse, matière bien connue des manufacturiers et des peintres, avait été l'objet des recherches d'un grand nombre de savants...

Gay-Lussac entra à son tour dans la lice ; ses résultats sont consignés dans un mémoire qui fut lu devant la première classe de l'Inslitut, le 18 septembre 1815. A partir de ce moment, tout ce qui était douteux acquit de la certitude; la lumière succéda à Tobscurite. Ce mémoire, un des plus beaux dont la science puisse s'honorer, révéla une multitude de faits nouveaux d'un immense intérêt pour les théories chimiques. Ceux qui le liront avec soin, verront au prix de quelles fatigues, de quelles précautions, de quelle sobriété dans les déductions, de quelle rectitude dans le jugement, un observateur parvient à éviter les faux pas et à léguer à ses successeurs un travail définitif; je veux dire un travail que des recherches ulté-

JOSEPH -LOUIS llAÏ-LUSSAC

rieures, ce qui est si rare, ne modifieront pas d'une manière essentielle.

Dans cet admirable mémoire, l'auteur donne d abord une analyse exacte de l'acide qui entre dans la composition du bleu de Prusse et qui fut nommé par Guyton de Morveau de l'acide prussique, mais qu'on n'avait pas obtenu jusqu'au travail de notre ami à Tétat de pureté, mais seulement mélangé à de l'eau. Il montre ensuite comment il est parvenu à isoler le radical de l'acide prussique, qui depuis a été nommé cyanogène.

Il établit que le cyanogène est un composé d'azote et de carbone, que l'acide prussique est formé définitivement d'hydrogène et de ce radical, et qu'il doit prendre le nom d'acide hydrocyanique, auquel les chimistes substituent souvent celui d'acide cyanhydrique. Il indique avec le plus grand soin ses réactions sur un grand nombre de substances simples ou composées, solides ou gazeuses. Il fait connaître la combinaison du cyanogène avec le chlore, qui doit porter naturellement le nom d'acide chlorocyanique. En résumé, dans ce travail, Gay-Lussac comblait une lacune de la chimie, en montrant qu'il existe une combinaison d'azote et de carbone ; il prouvait que le cyanogène, quoique composé, joue le rôle d'un corps simple dans ses combinaisons avec l'hydrogène et avec les métaux, ce qui, à l'époque où notre confrère écrivait, était dans la science un exemple unique. J'ai dit que pour établir de si magnifiques résultats, Gay-Lussac montra une patience infatigable. Si on en veut la preuve, je rappellerai, par exemple, qu'ayant voulu savoir quelle modification l'électricité pourrait produire dans le

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mélange de deux gaz, il y fit passer jusqu'à cinquantetrois mille étincelles.

Lorsque le chimiste opère sur des substances ou combinaisons nouvelles à réactions inconnues, il est exposé à des dangers réels et presque inévitables. Gay- Lussac ne l'éprouva que trop. Pendant ses longues et glorieuses campagnes scientifiques, il fut grièvement blessé dans plusieurs circonstances différentes. La première fois, le 3 juin 1808, par le potassium^ préparé en grande quantité, suivant une méthode nouvelle. MM. de Humboldt et Thénard conduisirent notre ami, les yeux bandés, du laboratoire de TEcole polytechnique, où l'accident était arrivé, à sa demeure de la rue des Poules, que, par parenthèse, on devrait bien appeler rue Gay-Lussac *. Malgré les soins les plus empressés de Dupuytren, il perdit les points lacrymaux et se crut complètement aveugle pendant un moie...

La dernière explosion dont Gay-Lussac fut la victime eut lieu à une époque de sa vie où des personnes mal informées le placent dans Tinaction. Notre ami s'occupait de Tétude des hydrogènes carbures provenant de la distillation des huiles. Le ballon en verre renfermant les gaz qui était resté à Técart pendant plusieurs jours, fut pris par M. Larivière, jeune chimiste, pour être soumis à Tinspection d^e Gay-Lussac. Pendant que notre confrère se livrait à Texamen minutieux qui devait donner aux expériences projetées toute la précision désirable, il se manifesta une épouvantable

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