‹ Les sciences au 18. siecle la physique de VoltaireChapitre 38 sur 94 · VOLTAIRE A FERNEY · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A FERNEY

diverses opinions émises par les savants de son siècle sur les grands problèmes de la nature. Les vues principales de Voltaire sur les sciences naturelles sont réunies dans un livre qui parut

en 1768, et qui portait pour titre : Des singularités de la nature. C’était une réunion d’articles détachés, de notes diverses, plutôt qu’un traité régulier.

Le livre débute par ces paroles : « On se propose ici d’examiner plusieurs objets de notre curiosité avec la défiance qu’on doit avoir de tout système jusqu’à ce qu'il soit démontré aux yeux ou à la raison. Il faut bannir autant qu’on le pourra toute plaisanterie dans cette recherche; les railleries ne sont pas des convictions, a Mais, après cet exorde, Voltaire oublie facilement le dessein qu’il a formé de garder son sérieux; il remplace trop souvent la discussion par la plaisanterie.

En revanche, il suit fidèlement la première partie de son programme; il pousse jusqu’à l’extrême la défiance contre les systèmes. C’est là ce qui constitue, à proprement parler, sa méthode scientifique dans les matières que nous examinons maintenant. Quand nous nous sommes occupé des œuvres do Voltaire relatives à la physique proprement dite, nous avons trouvé chez lui des idées neuves, des vues systématiques, beaucoup d’erreurs par conséquent, mais aussi un certain nombre d’inspirations heureuses; nous avons constaté que sur plusieurs points il a devancé par instinct le progrès de la science et touché du doigt des vérités qui ne devaient être proclamées que longtemps après lui. C’est qu’en physique Voltaire a travaillé par lui-méme, il a mis la main à l’œuvre, il a fait des études expérimentales. Or, en faisant des expériences, en découvrant des faits nouveaux, on est facilement amené à leur donner une importance excessive et à en tirer ces conclusions exagérées qui se formulent en systèmes. Dans

les sciences naturelles, Voltaire prend aux choses une part moins directe. En général, il n’expérimente pas lui-méme, il se contente de suivre les travaux des naturalistes, et il est plus facile de regarder froidement les conquêtes des autres que celles qu’on a faites soi-même.

Voltaire d’ailleurs demande dans tous les sujets une clarté complète, il lui faut des vérités démontrées jusqu’à l’évidence. En physique, il a vu clairement les choses; ce que l’on a fait soi-même est toujours clair. Dans les sciences naturelles, on ne lui présente la plupart du temps que des théories confuses; il ne prend pas la peine d’y chercher les germes heureux qui peuvent s’y rencontrer, et il s’arme contre elles de toute sa verve.

Débarrasser la science des erreurs qu’on y a accumulées, faire au moins le terrain net à défaut de constructions nouvelles; ramener les hommes aux faits simples et nus, à défaut d'explications raisonnables, tel est le but qu’il se propose.

C’est là, disons-nous, l’idée qui le guide d’ordinaire dans ses jugements; mais il y a des exceptions. En parcourant les Singularités de la nature et quelques opuscules complémentaires, nous trouverons des occasions où sa critique est moins négative, et où elle met en lumière des détails intéressants que l’avenir doit féconder. Gardons-nous donc d’une opinion trop absolue, et, pour nous éclairer, prenons l’un après l’autre les principaux problèmes qui se présentaient aux contemporains de Voltaire.

Voici d’abord les questions relatives à la formation de la terre et ce que nous appelons maintenant les problèmes géologiques. Quelles étaient à cet égard les idées reçues, ou du

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