A1GET
Ilartsœker, Aubry et d’autres observateurs découvrirent des vers spermatiques dans la liqueur séminale des animaux mâles; ces petits vers, que le microscope montrait animés des mouvements les plus vifs, parurent être les germes mêmes des êtres vivants. L’élément masculin se trouvait dès lors investi du rôle le plus important; c’est lui qui était réellement fécond.
Les physiologistes se partageaient entre la doctrine d’Harvey et celle de Leeuwenhoeck, entre les œufs et les vers spermatiques.
C’est entre ces deux systèmes, et pour les renverser tous deux, que Buffon vint placer sa propre théorie.
Suivant lui, le corps des animaux mâles comme celui des animaux femelles est formé de ces fameuses molécules organiques, qui sont des parties primitives et indestructibles et qui sont d’ailleurs tout â fait spécialisées suivant les différentes régions du corps; il y a ainsi des molécules particulières pour chacune des portions de la tète, comme les yeux, le nez, les dents, etc., et pour chacune des parties du corps, comme l’épine dorsale, les bras, les jambes, les mains, les pieds. Chacune de ces portions attire à elle les molécules qui sont propres à la former, et c’est en cela d’abord que consiste le phénomène de la nutrition; chaque section du corps se nourrit par les parties des aliments qui lui sont analogues.
Quand la nutrition est complète, l’excédant des molécules des différentes espèces qui ont été introduites dans l’organisme va se réunir dans la liqueur séminale, et cela a lieu dans un sexe aussi bien que dans l’autre. « Ces liqueurs séminales sont donc un extrait de toutes les parties du corps de l’animal; celle du mâle est un extrait de toutes les parties du corps du
LA GÉNÉRATION il'APRÉS BUFFON.
mâle; celle de la femelle est un extrait de toutes les parties du corps de la femelle. » La génération se fait par le mélange des deux liqueurs. Le fœtus est mâle si le nombre des molécules organiques du mâle prédomine dans le mélange; il est femelle si le nombre des parties organiques de la femelle est le plus grand; et l’enfant ressemble au père ou à la mère, ou bien à tous les deux, selon les combinaisons différentes des molécules issues des deux sources.
Le fœtus se forme par la fixation des molécules organiques, qui, animées de mouvements très-vifs quand elles sont libres, viennent alors s’arrêter et s’enchevêtrer dans un ordre déterminé. Chacune se met à la place qui lui convient, et cette place ne peut être que celle qu’elle occupait auparavant dans l’animal, ou plutôt dont elle a été renvoyée parce que la nutrition était complète. « Ainsi toutes les molécules qui auront été renvoyées de la tôle de l’animal se fixeront et se disposeront dans un ordre semblable à celui dans lequel elles ont été en effet renvoyées; celles qui auront été renvoyées de l’épine du dos, se fixeront de même dans un ordre convenable tant à la structure qu’à la position des vertèbres, et il en est de même de toutes les autres parties du corps... Par conséquent, les molécules formeront nécessairement un petit être organisé, semblable en tout à l'animal dont elles sont l’extrait. »
Buffon fait remarquer ici que le mélange des liqueurs où se forme le fœlus contient en double les molécules issues des parties qui sont semblables dans les deux sexes, comme la tête, le cœur, ou tel autre organe commun aux deux parents. Il ne contient, au contraire, qu’une provision simple de ce qu’il faut pour former les parties propres du sexe. Ce sont donc ces parties qui, sujettes à moins de confusion, se fixeront les premières et feront le noyau de l’embryon.
Autour de ce centre viendront s’attacher indifféremment et indistinctement les autres molécules, soit celles du mâle, soit celles de la femelle; « ce qui formera un être organisé qui ressemblera parfaitement par les parties sexuelles à son père si c’est un mâle, et à sa mère si c’est une femelle, mais qui pourra ressembler à l’un ou à l’autre ou à tous les deux par toutes les autres parties du corps. » Ce mécanisme explique comment on voit tous les jours des enfants avoir, par exemple, les yeux de leur père et le front ou la bouche de leur mère, ou d’autres combinaisons analogues.
Que deviennent cependant celles des molécules qui sont en double et qui n’entrent point dans l’embryon?
Buffon ne les abandonne pas ; il les emploie à la formation du placenta et des enveloppes embryonnaires, a Si le foetus est mâle, alors il reste, pour former le placenta etles enveloppes, toutes les molécules organiques des parties du sexe féminin qui n’ont pas été employées, et aussi toutes celles de l’un ou l'autre des individus qui ne sont pas entrées dans la composition du fœtus, où il n’en peut entrer que la moitié; et de même, si le fœtus est femelle, il reste pour le placenta toutes les molécules organiques des parties du sexe masculin et celles des autres parties du corps tant du mâle que de la femelle qui n’ont point concouru à former le fœtus. »
Nous indiquons seulement par quelques traits principaux le système qu’avait construit Buffon; mais il avait donné à cette théorie des développements énormes, et il y trouvait l’explication d’un nombre considérable de phénomènes. Certes, Voltaire était dans son droit quand il accusait l’auteur de 17/istoire naturelle de n’avoir fait qu’uu roman ingénieux, quand il