‹ Les sciences au 18. siecle la physique de VoltaireChapitre 57 sur 94 · I.’ ACADÉMIE ET LES ACADÉMICIENS · texte numérisé non relu

I.’ ACADÉMIE ET LES ACADÉMICIENS

même en présentant pour chaque place vacante une liste de trois membres à la nomination du roi. Le système se complétait par l’adjonction d’un élève à chaque pensionnaire. Les pensionnaires choisissaient eux-mêmes leurs élèves avec l’agrément de la compagnie et les soumettaient h la sanction royale ; ces jeunes surnuméraires avaient d’ailleurs le privilège défigurer, dans une proportion déterminée, sur les listes de présentation pour les places d’associés (1).

L’Académie, ainsi renouvelée et agrandie, fut solennellement installée au Louvre dans un logement spacieux et confortable. Une nouvelle ère de travail commence alors pour elle. On a renoncé aux plans d’ensemble, à la culture collective de la science. Chacun travaille comme il l’entend, choisit ses sujets de recherches; mais une règle sévère astreint tout académicien à un labeur effectif; sauf les membres honoraires, chacun doit fournir son tribut aux discussions et aux mémoires publiés par la compagnie. Des exclusions rigoureuses sont prononcées non-seulement contre les membres qui, sans excuse valable, restent trop longtemps absents, mais même contre ceux qui assistent aux séances sans y apporter leur part de travail. Ceux dont l’âge a diminué les forces obtiennent seuls, sur leur demande, le titre de vétéran qui les dispense d’une occupation régulière (2).

Sous l’empire de ces dispositions, le rôle et l’influence de l’Académie grandissent rapidement. Elle acquiert une notoriété considérable, et tout ce qui intéresse les sciences vient

(1) Le titre d’élève fut aboli en 1716 par une ordonnance du régent, et remplacé par celui d'adjoint.

(2) Le titre de vétéran fut accordé successivement à Saurin, à Jacques Cussini, à Maraldi, à Fontenetle, à I.eymery, A Mniran, à Di Coud amine et A Graniljean de Fourliy.

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peu à peu se soumetlrc à sou contrôle ; les particuliers, l’administration, prennent l’habitude de la consulter sur lesgrandes questions où sa voix peut se faire entendre avec utilité. Tous les géomètres, tous les savants, lui adressent leurs mémoires, et elle s’astreint à examiner régulièrement tout ce qui lui est envoyé ; de 1699 à 1790, ses archives ne contiennent pas moins de dix mille rapports. Avec un budget des plus modestes, — 30000 ou 40 000 livres tout au plus, dont la plus grande part constituait les pensions des membres, — elle trouve moyen de fonder des prix et de susciter ainsi sur une foule de problèmes, des recherches intéressantes.

L’initiative privée lui vint en aide à cet égard, et il est juste d’appeler l’attention sur le nom de Rouillé de Meslay, qui donna le signal de pareilles libéralités.

Rouillé de Meslay, conseiller au parlement, mort en 1715, légua à l’Académie des sciences une rente de 5000 livres, au principal de 100000 livres, constituée à son profit par les prévôts des marchands et échevins de la ville de Paris, à condition que MM. de .l’Académie proposeraient tous les ans un prix de la moitié de ladite somme, pour donner à qui aurait le mieux réussi « par raison et non par éloquence, » en quelque langue et style que ce fût, dans une dissertation « louchant ce qui contient, soutient et fait mouvoir en ordre les planètes et autres substances contenues dans l’univers, le fond premier et principal de leurs productions et formations, le principe delà lumière et du mouvement. » L’autre moitié de la somme devait être afl’ectée « aux rétributions ou épices de MM. les juges» et aux frais de publication. Rouillé de Meslay donnait encore à l’Académie, dans les mêmes conditions, une rente de 1000 livres pour la fondation d’un prix destiné à récompenser

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