‹ Les sciences au 18. siecle la physique de VoltaireChapitre 66 sur 94 · SECTION DE GÉOMÉTRIE · texte numérisé non relu

SECTION DE GÉOMÉTRIE

tracé les principales lignes du système du monde; mais il n avait fait qu'une sublime ébauche, qui demandait à être précisée et complétée. Parmi les travaux du premier ordre qui vinrent ainsi s’ajouter à l’œuvre du maître, il faut citer le livre de Clairaul sur la théorie de la lune. La lune, attirée par la terre et par le soleil, suit en somme une marche compliquée dans l’espace, et Clairauten détermine habilement les détails. G est ce qu on appelle le problème des trois corps; il constitue une des plus hautes difficultés de l’astronomie mathématique. Dans un sujet que l’analyse ne peut traiter d’une façon absolument rigoureuse, les calculs de Clairaul, immenses tout en étant ingénieusement abrégés, se rapprochaient de plus en plus de la vérité par une série d’approximations successives. Cette méthode excita l’étonnement des contemporains : les vieux géomètres, habitués à la rigueur des anciens procédés, crièrent au scandale; elle est restée cependant, et elle a donné les fruits les plus heureux entre les mains des successeurs de Clairaut.

D’Alembert, lui aussi, est né géomètre. Enfant abandonné, recueilli par une pauvre femme, il avait besoin de songer à sa fortune, et il craignait avec quelque raison que l’étude pure des mathématiques ne fût un mauvais moyen de réussir dans le monde. Résistant à sa vocation, il prit le parti d’étudier la médecine. Le voilà donc qui se sépare, comme de compagnons dangereux, de tous ses livres de géométrie et qui va les déposer chez un de ses amis; mais bientôt les livres reprennent un à un le chemin de son logement, et d’Alembert, renonçant aux études qu'il s'était imposées, s'abandonne sans contrainte à son génie naturel. À ses premiers essais, on reconnut un maître, et l’Académie des sciences le reçut à l’âge

174 l'académie et les académiciens.

(le vingt-trois ans. L’œuvre principale de d’Alemberl comme géomètre est son Traité de mécanique, qui a entièrement renouvelé la science du mouvement; mais son esprit aussi étendu que solide a suffi à plus d'une Iftehc. L’ami de Voltaire et de Diderot, le rédacteur du Discours préliminaire de P Encyclopédie, est devenu une des grandes figures de son siècle et une des gloires des lettres françaises. Peu d’hommes inspirent par leur caractère autant d’estime et de sympathie que d’Alembert. On chercherait en vain une vie plus simple et plus noble. Sensible à tous les grands intérêts de l’humanité, ému de tous les souffles qui peuvent faire vibrer une âme honnête, il semble planer dans une région supérieure réservée aux grandes intelligences, et il dédaigne tout ce qui ne s’élève pas jusqu’à ce niveau. Rien n’est curieux comme le contraste qu’on remarque à cet égard entre Voltaire et d'Alembert, et qui éclate dans leur correspondance. Voltaire, inquiet, agité, s’irrite d’incidents mesquins, se préoccupe des attaques les plus viles, s’arrête à mille détails vulgaires, fait lui-même la cuisine de sa gloire. Rien de pareil chez d’Alemberl ; toutes ces choses triviales le laissent calme et indifférent; il n’a aucun effort à faire pour les mépriser, car, les yeux fixés plus haut, il ne les voit pas.

Après Clairaut et d'Alembert, l'Académie eut une seconde moisson de grands géomètres,

Laplace, l'illustre auteur de la Mécanique céleste , était uti autre géomètre de race. Il se fit connaître de bonne heure par des mémoires qui marquaient la puissance de son esprit, Cependant l’Académie se fit longtemps prier pour lui ouvrir ses portes. 11 dut sé présenter plusieurs fois avant d’être nommé adjoint j et ce n’est qü’en 1783, à l’âge de trente-

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