‹ Les sciences au 18. siecle la physique de VoltaireChapitre 69 sur 94 · SECTION D’ASTRONOMIE · texte numérisé non relu

SECTION D’ASTRONOMIE

l’expédition de Laponie; Lalande observait au Luxembourg, La Caille au collège Mazarin. L'école militaire avait un observatoire confié à l'académicien Jeaurat; la marine en avait à l’hôtel de Cluny un autre qui était dirigé par Messier; la confrérie de Sainte-Geneviève faisait étudier le ciel par son bibliothécaire, Pingré, dans les bâtiments actuels du lycée Corneille. De son côté, le marquis de Courtanvaux, académicien honoraire et grand seigneur fort riche, avait installé dans sa terre de Colombes un observatoire des plus coquets et des mieux pourvus. La province enfin avait des observatoires à Lyon, à Dijon, à Marseille, à Montauban, à Toulouse, à Brest.

Ainsi, en dehors des grands géomètres qui ont fait avancer les théories astronomiques, nous pourrions trouver dans la section d'astronomie une longue liste d’observateurs exacts et sérieux. Prenons-y seulement quelques noms qui attirent plus particulièrement l’attention.

Bailly, fils d’un gardien des tableaux du Roi, destiné par son père à la survivance de cette place, s’instruisit seul dans les sciences. Il débuta par une théorie des satellites de Jupiter, qui obtint dans son temps un grand succès. L’œuvre principale de Bailly est pour nous son Histoire de l' Astronomie. Le style en est recherché, mais en quelques parties elle est pleine d’érudition et présente des modèles d’une science exacte et sérieuse.

C'est une figure originale que celle de l’astronome Lalande. On nous le représente comme une sorte de bourru bienfaisant, en querelle avec tout le monde, affectant de braver les préjugés et d’appeler crûment chaque chose par son nom, ne craignant pas de s’installer sur le Pont-Neuf pour montrer les étoiles aux passants, fort honnétchomme d’ailleurs, loyal et généreux àsa

l’ académie et les académiciens.

manière. Il était, comme on sait, irréligieux avec passion, ce qui ne l’empêcha pas, au plus fort de la terreur, de cacher dans son observatoire plusieurs prêtres menacés de mort, a Je vous ferai passer, leur dit-il, pour des élèves astronomes.» Et comme ils hésitaient : « Je ne mentirai pas, ajouta-t-il, nous nous occupons du ciel, vous et moi, mais pas de la même façon, i)

Au reste, il semble que les astronomes, élevés dans une région supériqpre par la contemplation des corps célestes, aient eu ainsi comme une grâce d’état pour mépriser les fureurs de la Révolution, témoin ce trait qu’on nous raconte : Messier, enfermé dans son observatoire de l’hôtel de Cluny, trouve une comète aux plus mauvais jours de la terreur; malhabile aux calculs, il était embarrassé pour déterminer l’orbite de l’astre errant : il songea au président Bochart de Saron, habile calculateur, qui aimait à aider les astronomes dans leurs travaux. Le président, déjà condamné par le tribunal révolutionnaire, n’avait plus que quelques heures à vivre. 11 les employa à déterminer, à l’aide des observations de Messier, l’orbite de la nouvelle comète.

La section de mécanique comprenait surtout, dans les idées du temps, ceux qui s’appliquaient aux mécanismes et à la physique expérimentale.

Nous y voyons figurer au début Amontons, connu pour avoir eu le premier l’idée d’employer comme force motrice celle de l'air échauffé. Huyghens voulait utiliser la force de la poudre, l’apin celle de la vapeur d’eau; Amontons eut recours à la force élastique de l’air, et ses recherches sur ce point l’amenèrent incidemment à constater un phénomène des plus importants : il découvrit la constance de la température d’ébulli-

Page 1