‹ Les sciences au 18. siecle la physique de VoltaireChapitre 73 sur 94 · SECTION DE CHIMIE · texte numérisé non relu

SECTION DE CHIMIE

vitriol sur sept de cette liqueur. La quatrième, d’odeur de cumin austère et amère, a rendu laiteuse la solution du sublimé, etc. La tête morte avait plus de volume que le café. » Voilà du café bien mal employé, M. Bourdelin eût mieux fait de le boire.

Au milieu des nuages de cette chimie antérieure à Lavoisier, deux noms se distinguent, ceux de Homberg et de Leymery. Ils ont fait autorité dans leur temps; ils ont été cités par Voltaire, d’Alcmbert et les encyclopédistes.

Homberg était fils d'un gentilhomme saxon ruiné par la guerre de Trente ans, et qui avait émigré à Batavia pour essayer d’y refaire sa fortune. Le jeune Homberg vint de bonne heure en Europe, et suivit les cours des principales universités de l’Allemagne, où il acquit une instruction très-sérieuse sur toutes les sciences alors cultivées. Cette instruction fut complétée par des voyages, et Homberg avait déjà en Europe la réputation d’un savant distingué quand il fut appelé en France par Colbert. Il se lia avec le duc d’Orléans, qui le nomma son médecin, et qui installa pour lui le plus beau laboratoire de chimie qu’on eût encore vu. Ses relations avec ce prince amenèrent un jour sur la tète de Homberg de sinistres accusations. Quand la mort frappa la famille royale à coups redoublés, que le dauphin, puis la duchesse et le duc de Bourgogne disparurent soudainement, bien des gens voulurent voir dans ces catastrophes la main du duc d’Orléans; le mot de poison fut prononcé, et l’officine de Homberg suspectée. Le roi méprisa ces clameurs accusatrices ; mais elles assombrirent les dernières années du chimiste. Les mémoires de l’Académie des sciences contiennent un grand nombre de travaux de Homberg. C’était un expérimentateur infatigable, et il touchait à tout sans avoir d’ailleurs pour se guider de

l'académie et les académiciens.

principes bien lucides. On en peut juger par cet exemple. « Une personne de considération, dit-il, me demanda avec instance d’essayer si de la matière fécale je ne pourrais pas tirer une huile distillée, sans mauvaise odeur, qui fût claire et sans couleur comme de l’eau de fontaine, parce qu’elle en avait vu, comme elle le croyait, un effet surprenant, qui était de fixer le mercure commun en argent fin. » Homberg organise aussitôt les essais qu’on lui conseille, et, ne voulant pas opérer sur des éléments ramassés au hasard, il loue pour alimenter son travail quatre hommes sains et robustes; il les enferme pendant trois mois dans une maison munie d’un grand jardin, après avoir fait avec eux la condition qu’ils ne se nourriraient que d’excellent pain de Gonesse et qu’ils ne boiraient que du vin de Champagne. Sa matière première ainsi assurée, Ilomberg la traite par tous les moyens connus, tantôt par voie sèche, tantôt par voie humide; il distille, décante, filtre ses produits, recueille des liqueurs plus ou moins rousses, plus ou moins Acres. Au bout de plusieurs mois seulement, il obtint u une huile incolore, presque sans odeur, et le peu qu'elle avait était légèrement aromatique »; mais, hélas! elle ne changeait pas le mercure en argent

Leymery est l’auteur d’un traité de chimie qui, de 1675 à 1713, eut dix éditions, et qui fut traduit dans toutes les langues de l’Europe. Ce traité ramène tous les mixtes à cinq sortes de substances : l’eau, l’esprit, l’huile, le sel et la terre ; « de ces cinq, il y en a trois actives, l’esprit, l’huile et le sel, et deux passives, l’eau et la terre ». Leymery eut surtout de grands succès comme professeur; il faisait chez lui des cours qui étaient suivis par les hommes les plus considérables, et où l'on voyait même quantité de dames.

A cette période de l’histoire de la chimie, nous pouvons

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