ESSOR DE LA BOTANIQUE
moyenne dont nous parlions tout à l’heure à propos d'Adanson, il donnait aux différents systèmes des coefficients divers, b En somme, la classification des Jussieu a prévalu, et elle règne encore de nos jours. Laurent nous apprend, dans le Généra plantarum, le procédé dont il s’est servi pour créer les genres et les familles. Si les botanistes, après s'être montrés d’accord au sujet des espèces, commencent à se diviser dès qu’il s’agit de grouper ces espèces en genres et en familles, il y a cependant quelques groupes naturels qui se forment d’eux-mêmes et au sujet desquels aucune contestation ne se produit. Laurent pensa qu’il trouverait la clef de la méthode naturelle en étudiant ces familles incontestées, en comparant leurs caractères, en voyant quels traits leur étaient communs et quels autres différaient de l’une à l’autre. II choisit ainsi sept familles universellement admises : celles qu’on connaît sous les noms de Graminées, Liliacées , Labiées, Composées, Ombellifères, Crucifères, Légumineuses.
Il reconnut que, dans chacune de ces familles, la structure de l’embryon est identique sous le rapport des cotylédons. On sait que les embryons végétaux se divisent en trois classes, suivant qu’ils affectent une forme purement ovoïde, ou qu’ils présentent un ou deux de ces mamelons qui ont reçu le nom de cotylédons. Celte structure de l’embryon détermine celle du végétal dans tout son développement, et l’ensemble des végétaux se classe ainsi en acotylédoués, monocolylédonés, et dicotylédonés. Il y avait donc là, pour la classification de Jussieu, un caractère d’importance tout à fait majeure.
11 en trouva un autre dans la manière dont les étamines, organes m&les, s’insèrent sur le disque qui forme la base de la fleur. Elite sont dites hypogynes, périgynes, épigynes, suivant leur mode d’insertion par rapport aux organes femelles.
l'acadêmib et les académiciens.
Au-dessous de ces caractères prépondérants, il en reconnut d'autres dans l’étude d’autres familles naturelles.
On voit par ce qui précède quel est le principe propre aux Jussieu : c’est celui de la subordination des caractères. Et tout de suite on sent quelles sont la portée philosophique et la valeur pratique de ce principe. 11 faut supposer qu’il y a un plan dans la nature, et, dès qu’on entrevoit quelques lignes de ce plan, on en découvre d’autres par là même. Un caractère d’un ordre supérieur en entraîne à sa suite un certain nombre d’ordre différent, et en exclut au contraire quelques autres ; dès que l’on a constaté le premier, on est sùr que les autres manquent ou coexistent. Une partie de l’organisation d’une plante est donc annoncée d’avance par un seul point qu’on a su vérifier. On comprend comment une pareille méthode porte et soutient celui qui l’emploie.
Ainsi l’absence ou la présence des cotylédons, leur unité ou leur dualité, n’importent point seulement à l’embryon végétal; elles déterminent toute une série de faits dans l’existence entière de la plante. Quand nous disons qu’un végétal est monocotylédoné ou dicotylédoné, nous n’avons point seulement une idée qui intéresse son embryon, mais nous avons des données précises sur l’agencement de tous ses organes, sur la manière dont il germe et se ramifie, sur la structure et la nervation de ses feuilles, sur la symétrie de ses fleurs, etc.
On voit naître ici, dans la botanique, l’idée fondamentale que Cuvier transportera plus tard dans la zoologie, dans la paléontologie, et dont il tirera de si merveilleux effets.
Ce grand principe de la subordination des caractères appartient donc, comme nous l’avons montré, aux Jussieu. Bernard, modeste et silencieux, l’avait élaboré ledJpremicr. 11 en avait tiré une classification, dont il ne donna pas lui-