‹ Les sciences au XVIIIe siècleChapitre 3 sur 143 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

le diagnostic de tous les cas célèbres et révisent les arrêts prononcés trop légèrement par les annalistes.

Ainsi partout la méthode historique illumine les questions actuelles par le reflet des choses anciennes. Tout compte. fait, ce sera le trait distinctif de notre époque et c'est l'œuvre principale de nos écrivains les plus éminents.Ilsont développé dans notre littérature le sentiment de l'évolution humaine, ils nous ont habitués à considérer les formes successives de la vie des peuples et à renouveler par ce point de vue toutes les sources de nos connaissances.

On pourrait croire au premier abord que les sciences proprement dites, les sciences mathématiques, physiques, naturelles se prêtent moins bien à la méthode historique que les autres objets de nos recherches. Les éléments dont ces sciences s'occupent ont quelque chose d'absolu qui paraît les mettre en dehors de l'histoire. Mais ce n'est là qu'une apparence. Nous pouvons dire que, poiu' comprendre véritablement les sciences, il est non -seulement utile, mais indispensable, de connaître les différentes phases qu'elles ont traversées.

Prenons l'enseignement classique, tel, par exemple, qu'il est donné dans nos lycées. Il présente un certain nombre de vérités, dont l'ensemble constitue une science. Il les met toutes sur la même ligne, ou du moins il essaye d'établir entre elles un ordre logique, passant des plus

Mil PRÉFACE.

simples aux plus compliquées. Cela peut suffire quand il s'agit de sciences entièrement faites ou du moins très-avancées. L'édifice peut alors être construit de toutes pièces dans un dessein bien arrêté. La géométrie nous en offre un exemple; nous l'apprenons sans avoir trop besoin de savoir où s'arrêtaient les connaissances d'Archimède, quel fut le bagage d'Euclide, ce que nous devons aux Arabes, ce qui revient à Pascal, à Descartes, aux modernes. Mais la plupart des sciences sont plus indécises; leur enseignement comporte des connaissances incomplètes, des récits de découvertes partielles, des aperçus à demi lumineux ; à travers ces incertitudes, nous ne pouvons faire que des conjectures sur le plan de l'œuvre totale. L'ordre qu'on établit est donc artificiel, et il est bien difficile qu'il s'impose assez nettement à notre esprit pour lui être d'un grand secours; dès lors nous nous trouvons en face d'un amas confus de vérités, sans trop savoir quelles sont celles qui présentent le plus d'importance, sans avoir de point fixe auquel nous puissions nous attacher.

Que si, à l'ordre purement logique, on vient substituer Tordre historique, tout se classe et s'éclaire; l'élève comprend alors les efforts successifs de l'esprit humain, et voit, au milieu des tentatives avortées, naître les germes heureux que doit féconder l'avenir. En étudiant successivement les systèmes qui se sont écroulés les uns sur les autres, il comprend la raison de certaines traces que ces

Page 1