‹ Les sciences au XVIIIe siècleChapitre 35 sur 143 · L\ PHYSIQUE l)L VULTAlllt · texte numérisé non relu

L\ PHYSIQUE l)L VULTAlllt

la matière subtile de Descartes, ou l'éther, comme il vous plaira de la nommer, est remplacée par votre lumière. Que

devient donc le vide? » 11 se hâte d'ajouter modestement:

«Ce trait sent bien le jeune homme qui, pour avoir pris une légère teinture de physique, se mêle de proposer des problèmes aux maîtres de Tart. » L'objection avait pourtant sa valeur, et le cénacle de Cirey n'était guère en mesure d'y répondre.

Un autre jour, Frédéric rend compte à Voltaire et à madame du Châtelet d'expériences qu'il vient de faire. Il a mis une montre ouverte dans la pompe d'une machine pneumatique pour voir si le mouvement s'accélère ou se retarde. Il étudie aussi la vertu productrice de l'air. Il a pris une portion de terre dans laquelle il a planté un pois ; il a enfermé le tout dans le récipient de la machine, et il a pompé l'air. « Je suppose^ dit-il, que le pois ne croîtra pas, parce que j'attribue à Tair cette vertu productrice et cette force qui développent les semences. »

Dès qu'on reçoit l'avis de ces expériences à Cirey, on se hâte de les y répéter, u La montre est actuellement sous cloche, écrit Voltaire au prince royal ; je crois m'apercevoir que le balancier a pu aller peut-être un peu plus vite, étant plus libre dans le vide; cette accélération est très-peu de chose et dépend probablement de la nature de la montre. »

Mais ces passe-temps physiques ne furent de la part de Frédéric que des velléités tout à fait momentanées, et il ne s'appliqua pas à l'étude des sciences. Ce fut lui pourtant qui développa l'Académie de Berlin, fondée en 1700 par Frédéric I", et qui y appela un certain nombre de savants étrangers, parmi lesquels on peut citer Maupertuis, l'ancien ami de Voltaire; le marquis d'Argens, un Gascon qui, au milieu d'une vie assez aventu-

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reusc, s'était acquis un certain renom d'ingénieur; Âlgarotti, Tauteur du Newtonianismo per le donne; Euler, enfin, l'illustre géomètre que la Russie n'avait pas su retenir.

Cette Académie des sciences était, pendant le séjour de Voltaire en Prusse, le siège de beaucoup d'intrigues. Gomme il arrive d'ordinaire auprès des monarques absolus, la faveur du roi y était la principale affaire, et la science ne venait qu'en seconde ligne; de là mille petites querelles intestines que Frédéric, tout philosophe qu'il était, entretenait volontiers, parce qu'elles tournaient au profit de son autorité.

C'est ainsi que commencèrent entre Maupertuis et Voltaire les célèbres démêlés à la suite desquels celui-ci quitta la cour de Prusse.

Maupertuis était président de l'Académie. Arrivé auprès de Frédéric avant Voltaire, il n'avait pas vu sans jalousie cet hôte illustre venir s'emparer de la familiarité du roi. Voltaire avait des faveurs qui étaient refusées à Maupertuis; il était comme l'ami de Frédéric, dont Maupertuis n'était que le serviteur ; il régnait dans les petits soupers, où Maupertuis n'était pas même toujours admis.

Le président de TAcadémie de Berlin entreprit de miner sourdement le crédit de son brillant rival. Il excita d'abord contre lui, le jeune la Beaumelle, qui, vers la fin de 1751, venait d^arriver de Copenhague à Berlin dans l'intention d'y chercher fortune. La Beaumelle commença dès lors contre Voltaire ces attaques incessantes qui se continuèrent longtemps après, et qui ont fini par donner à son nom une certaine célébrité. Mais la guerre éclata bientôt directement entre Voltaire et Maupertuis, et l'occasion de leur rupture fut une discussion d'ordre essentiellement scienlifique.

. C'est un principe géométrique, le principe de la moindre action, qui mit le feu aux poudres.

Maupertuis avait formulé depuis quelques années un théorème auquel il attachait une importance extrême, et dont il voulait faire le fondement de la mécanique. Ce théorème est resté dans la science, mais sans conserver l'importance et la généralité qu'il lui attribuait. Si l'on considère un ensemble de points matériels soumis à des forces diverses, on peut se demander quelle est la somme du travail mécanique que les diverses parties du système accomplissent pendant que le système entier passe d'une position à une position voisine. Maupertuis, en se posant ce problème, trouvait que le travail mécanique ainsi développé est toujours, dans la nature, le plus petit qu'il puisse être. Il en concluait que la nature « va à l'épargne », c'est-à-dire qu'elle emploie pour ses opérations un minimum d'action.

Présenté sous cette forme générale, le théorème de Maupertuis était fait pour frapper les géomètres. Il semblait qu'on eût pris sur le vif le secret de la mécanique naturelle.

Dans le temps où Maupertuis était le plus fier de sa découverte, il se trouva un adversaire qui vint la lui contester. C'était un disciple de Leibniz, le professeur Kœnig, ancien hôte de Cirey, et le propre maître de madame du Ghâtelet en philosophie leibnizienne. Kœnig, alors retiré à la Haye, où il était bibliothécaire de la princesse d'Orange, publia dans le Journal de Leipzig, au mois de mars 1752, une dissertation où il réduisait à sa véritable valeur le principe de la moindre action. Il montrait qu'il n'y avait point là une loi générale; qu'il fallait, pour que le principe fût vrai, faire certaines hypothèses sur la nature des forces appliquées aux points matériels, et qu'on ne retrouvait en définitive dans les résultats que la

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