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THÉORIES GÉOLOGIQUES : BURNET

moins proposées dans la «cience? En Angleterre, Burnet, Woodward, Whiston, avaient mis en avant' des systènnei géogéniques dont YoKaire avait eu connaissance pendant son séjour à Londres. En France, de Maillet, puis Buffon, avaient fait chacun une théorie de la formation de la terre.

Burnet, chapelain du roi Guillaume III, s'était préoccupé de faire un système qui ne fût pas en désaccord avec la genèse biblique. Suivant lui, la terre n'était d'abord qu'une masse fluide, un chaos composé de matières de toute espèce et de toutes sortes de figures. A un certain moment, les parties les plus pesantes se réunirent au centre et y formèrent un noyau dur et solide; les eaux, plus légères, se groupèrent au-dessus de ce noyau, et enfin Tair, s'échappant de cette enveloppe, constitua l'atniosphèro. Cependant une couche de matières grasses et huileuses, moins denses que l'eau, surnagea d'abord au-dessus de l'enveloppe aqueuse et attira toutes les particules terreuses que Tatmosphère avait d'abord entraînées. Ainsi se forma une petite croûte, pâteuse au début, puis solide : ce fut la première terre, celle que les hommes cultivaient avant le déluge; elle était légère, très-fertile, unie sur toute la surface, sans montagnes ni inégalités.

Le globe ne demeura que seize siècles dans cet état. Peu à

peu la chaleur du soleil dessécha la croûte solide, de telle

•sorte qu'elle se fendilla de toutes parts, et un certain jour elle

s'effondra dans les eaux sur lesquelles elle était placée. Yoilà,

suivant Burnet, la cause du déluge universel.

Les débris de la croûte rompue vinrent s'entasser en certains endroits de façon à former nos continents actuels avec leurs inégalités et leurs montagnes. Quelques fragments isolés ont constitué les îles et les écueils. Quant aux mers actuelles, c'est

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98 J.A l'IlVSigLh DE VULIAIIU:.

ce qui reste de l'ancien abîme; une partie des eaux s'est dérobée dans lès cavités du noyau intérieur.

Telle était la Théorie sacrée de la terre, qui parut d'abord en latin en 1681, puis en anglais en 1690.

Dans cette théorie, Burnet négligeait un fait important, capital, et sur lequel l'attention des savants était cependant appelée depuis quelque temps : c'est que l'on rencontre des débris d'animaux marins dans des terrains situés à une grande distance de la mer et au sein môme des roches les plus dures.

Commentées dépouilles marines peuvent-elles se trouver au milieu des continents, et comment se trouvent-elles d'ailleurs dans des couches superposées les unes aux autres et de nature différente?

Ce sont ces phénomènes que Woodward essaya d'expliquer à sa manière.

Il supposa qu'à l'époque du déluge, les lois qui règlent la cohésion des molécules avaient subi des modifications surnaturelles; les particules solides du globe terrestre s'étaient ainsi détachées jusqu'à un certain point les unes des autres, et avaient pu être pénétrées par les eaux qui montaient du fond des abîmes; il en était résulté une pâte molle dans laquelle les hôtes des mers avaient enfoncé et où ils s'étaient arrêtés. Cette hypothèse servait à expliquer comment tant de débris d'animaux avaient pu, dans une période très-courte, c'est-à-dire pendant le temps du déluge, s'accumuler à des profondeurs diverses en dépôts réguhers.

Woodward en effet avait regardé les faits de très-près^ et, si sa théorie est bizarre, ses observations géologiques ne sont pas sans valeur. Il a constaté que toutes les matières qui composent

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le sol en Angleterre, depuis la surface jusqu'aux plus grandes profondeurs que l'on a pu atteindre, sont disposées par couches plus ou moins régulières, et que, dans un certain nombre seulement de ces couches, il y a des coquilles et des restes d'animaux marins; il s'est assuré ensuite par ses correspondants et ses amis que dans tous les autres pays la terre est composée de même, et qu'on y trouve des coquilles non-seulement dans les plaines, mais aussi dans les carrières les plus profondes et sur les montagnes les plus élevées. Il a reconnu que les couches de terrains sont ordinairement horizontales, qu'elles sont placées les unes sur les autres comme le seraient des matières transportées par les eaux et déposées en forme de sédiment.

Tous ces faits étaient fort bien décrits par Woodward; il est vrai qu'il y ajoutait une observation grossièrement erronée, mais qui cadrait avec sa théorie, en assurant que les couches étaient superpostes dans l'ordre même de la densité de chacune d'elles. C'était là une conséquence nécessaire dès que l'on admettait que toutes les matières avaient été précipitées dans l'espace d'un déluge de quarante jours.

Whiston avait de son côté publié un système complet {A neio Tlieory of the earth^ Londres, 1708), où il s'eftbrçait d'interpréter les phénomènes conformément aux récits bibliques de la création et du déluge. Whiston était un habile astronome et le propre successeur de Newton dans la chaire de mathématiques de Cambridge. Son opinion était donc faite pour compter dans le monde scientifique.

La terre, avant les six jours, n'était qu'une comète, c'est-àdire un astre inhabitable, errant à travers l'espace, souffrant alternativement de l'excès du froid et du chaud, et dans lequel

OniversJtas BIBLIOTHFrA

les matières, tour à tour fondues et glacées, formaient ua chaos enveloppé d'épaisses ténèbres : Tenebrœ erant super faciem abyssi.

Tout à coup la comète devint une planète, c'est-à-dire que son orbite excentrique fut changée en une ellipse presque circulaire. Chaque chose prit alors sa place, les corps s'arrangèrent suivant leur gravité spécifique; la terre, qui occupait un grand espace à l'état de chaos, se réduisit en un globe de volume médiocre, dont le noyau conserva la chaleur que le soleil lui avait communiquée quand elle pouvait s'en approcher sous forme de comète.

Ce noyau était un fluide très-dense sur lequel s'appuya la croûte terrestre comme du liège sur du vif-argent. Le contact n'était cependant pas direct entre le noyau et l'enveloppe; entre l'un et l'autre s'était logée une immense quantité d'eau formant le grand abîme.

En cet état, la terre était mille fois plus peuplée et plus fertile qu'elle ne l'est aujourd'hui, grâce à l'intensité de sa chaleur propre; mais cette chaleur, en même temps qu'elle communiquait à la nature une grande puissance de production, alluma les passions des hommes au point de rendre leur destruction nécessaire. Le déluge fut résolu, et la queue d'une comète vint rencontrer notre globe. Par Tetfet de l'attraction, les vapeurs aqueuses qui composaient cette queue se précipitèrent aussitôt sur la terre, sous la forme d'une pluie abondante, et ce sont là les cataractes du ciel qui s'ouvrirent : Cataractes cœli apertœ sunt.

Whiston avait là de quoi expliquer le déluge ; mais il tenait encore à justifier cet autre passage du récit mosaïque : et rupti sunt fontes abyssi. 11 suppose donc qu'à l'approche de la comète et sous l'influence de l'attraction qu'elle exerçait, les eaux

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