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CHAPITRE IX

Controverse entre Voltaire et BufFon. — La théorie de la formation des montagnes. — La question des coquilles fossiles.

Placé sur ce terrain, Voltaire attaqua directement le système de Buffon, et entama avec lui une sorte de polémique qui ne laissa pas de tourner à l'aigreur.

Il s'éleva vivement contre l'idée que l'Océan avait pu couvrir le globe entier. L'Océan avait son lit creusé à demeure ; la masse des eaux, fixée une fois pour toutes, n'avait pu en môme temps combler les parties basses et s'élever au-dessus des plateaux.

Buffon objectait qu'il s'était peut-être produit des mouvements successifs, et que la mer avait pu, en se déplaçant à des intervalles divers, occuper tour à tour tous les points du globe; mais pour Voltaire, « l'Océan une fois formé, une fois placé, ne peut pas plus quitter la moitié du globe pour se jeter sur l'autre, qu'une pierre ne peut quitter la terre pour aller dans la lune. »

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La formation des montagnes était un point fort controversé. BufFon avait repris sur ce sujet l'opinion émise par de Maillet. En dehors des cataclysmes et des soulèvements subits, il supposait que toute une série de montagnes avait pu être élaborée lentement au fond des mers par le flux et le reflux. ^

« Je puis supposer légitimement, disait-il, que le flux et le reflux, les vents et toutes les autres causes qui agitent la mer, ■ doivent produire au fond des eaux des éminences et des inégalités qui seront toujours composées de couches horizontales ou également inclinées. Ces éminences pourront avec le temps augmenter considérablement et devenir des collines, puis des chaînes de montagnes. Ces hauteurs une fois formées feront obstacle à l'uniformité du mouvement des eaux; entre deux hauteurs voisines, il se formera un courant qui suivra la direction commune des collines, et coulera comme coulent les fleuves de la terre, en formant un canal dont les angles seront alternativement opposés dans toute l'étendue de son cours. Ces hauteurs formées au-dessus des surfaces du fond pourront augmenter encore de plus en plus, car les eaux qui n'auront que le mouvement du flux déposeront sur la cime le sédiment ordinaire, et celles qui obéiront aux courants creuseront le vallon au pied des montagnes. »

Voltaire s'élève contre cette étrange imagination, qui est passée du livre de Telliamed dans V Histoire ^la^wre/Ze imprimée au Louvre (1), « comme un enfant inconnu et exposé est quelquefois recueilli par un grand seigneur ». Il déclare que le flux peut bien amonceler un peu de sable, mais que le reflux l'emporte aussitôt, et quil n'y a pas là matière à la naissance d'une . montagne.

'1) L'imprimerie royale était située dans les bâtiments du Louvre.

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