LA PHYSIOLOGIE CÉRÉBRALE
il n^a eu, en fait de physiologie^ aucune connaissance exacte. Nous ne devons donc point nous étonner que Voltaire ne soupçonne aucunement le rôle des nerfs. Il s'en tenait sur un pareil sujet aux opinions de son médecin et ami Tronchin, qui, lui-même, élève de Boerliaave, n'avait guère apporté de changements aux opinions de son maître.
CHAPITHE Xlll
Conclusion : La mclhode scientifique et l.i méthode littéraire,
Nous venons de passer successivement en rcvue^ dans une série de chapitres, les travaux et les opinions de Voltaire sur ce qui touche à la physique proprement dite et aux sciences naturelles. Nous avons pu voir ainsi ce qu'un esprit d'élite, au milieu du xviii'' siècle, savait de précis sur les différentes sciences, et nous avons pu juger, çà et là, chemin faisant, des changements qui se sont faits dans nos opinions et nos connaissances depuis une centaine d'années.
Mais ne peut-on pas nous reprocher d'avoir cédé à une fantaisie fâcheuse en présentant Voltaire sous les traits d'un savant? Boileau objurgue avec raison les auteurs à qui il plaît de
t^eiiidre Gatoii galant et Brutus daineret.
Ne dira-t-ou point que nous avons fait quelque chose d'analogue?
SAIGEY. 10
l/i6 LA PHYSIQUE Di: VOLTAIRE.
Nous ne pensons pas qu'il soit utile de nous défendre contre un pareil reproche. Chacun voit bien les réserves que nous avons à faire pour rester dans les limites de la vérité, et nous avons pris soin d'ailleurs de les annoncer dès le début de ce livre. Il nous faut, notre esquisse terminée, estomper un peu toute cette science et la reléguer au second plan dans la vie de Voltaire.
Qu'on ne s'y trompe pas cependant, elle est indispensable à la vérité de l'ensemble, et elle donne à Voltaire un de ses traits caractéristiques sur lequel on n'a peut-être pas toujours insisté suffisamment.
C'est là notre excuse pour l'avoir mis aujourd'hui en lumière aux dépens de tous les autres.
L'esprit humain, en somme, a deux procédés principaux, deux méthodes, pour résoudre les questions qui l'occupent dans cette vie.
Quand il le peut, il recueille un grand nombre de faits bien observés, bien contrôlés, les réunit patiemment en faisceaux, et parvient ainsi de degré en degré à des lois de plus en plus générales, qui ont pour lui le caractère de certitude le plus élevé auquel il puisse atteindre : c'est la méthode scientifique. Elle ne s'applique pas à tous les sujets avec une égale facilité, et elle ne trouve que bien lentement les matériaux qu'il lui faut mettre en œuvre. Aussi de tout temps Tesprit humain, obligé de résoudre mille problèmes qui le pressent, comme Œdipe devant le sphinx, a-t-il adopté des solutions d'instinct, de prime saut, cherchant des points d'appui partout où il en trouvait, dans^une expérience sommaire, dans la tradition des siècles, dans nos passions et nos sentiments les plus habituels : c'est là la seconde méthode, qui