‹ Les sciences au XVIIIe siècle: la physique de VoltaireChapitre 47 sur 144 · LA GÉNÉRATION DIAPRÉS BUFFON · texte numérisé non relu

LA GÉNÉRATION DIAPRÉS BUFFON

mâle; celle de la femelle est un extrait de toutes les parties du corps de la femelle. » La génération se fait par le mélange des deux liqueurs. Le fœtus est mâle si le nombre des molécules organiques du mâle prédomine dans le mélange; il est femelle si le nombre des parties organiques de la femelle est le plus grand; et Tenfant ressemble au père ou à la mère, ou bien à tous les deux, selon les combinaisons différentes des molécules issues des deux sources.

Le fœtus se forme par la fixation des molécules organiques, qui, animées de mouvements très-vifs quand elles sont libres, viennent alors s'arréler et s'enchevêtrer dans un ordre déterminé« Chacune se met à la place qui lui convient, et cette place ne peut être que celle qu'elle occupait auparavant dans l'animal, ou plutôt dont elle a été renvoyée parce que la nutrition était complète. « Ainsi toutes les molécules qui auront été renvoyées de la tête de l'animal se fixeront et se disposeront dans un ordre semblable à celui dans lequel elles ont été en efiet renvoyées ; celles qui auront été renvoyées de Tépine du dos, se fixeront de même dans un ordre convenable tant à la structure qu'à la position des vertèbres, et il en est de même de toutes les autres parties du corps... Par conséquent, les molécules formeront nécessairement un petit être organisé, semblable en tout à Tanimal dont elles sont l'extrait, r»

BufiTon fait remarquer ici que le mélange des liqueurs où se forme le fœtus contient en double les molécules issues des parties qui sont semblables dans les deux sexes, comme la téte> le cœur^ ou tel autre organe commun aux deux parents. Il ne contient, au contraire, qu'une provision simple de ce qu'il faut pour former les parties propres du sexe. Ce sont donc ces parties qui, sujettes à moins de confusion^ se fixeront les premières et feront le noyau de l'embryon.

iS2 LA PHYSIQUE DE VOLTAIRE.

Autour de ce centre viendront s'attacher indifféremment et indistinctement les autres molécules, soit celles du mâle, soit celles de la femelle; a ce qui formera un être organisé qui ressemblera parfaitement par les parties sexuelles à son père si c'est un m&le, et à sa mère si c'est une femelle, mais qui pourra ressembler à l'un ou à Pautre ou à tous les deux par toutes les autres parties du corps. » Ce mécanisme explique comment on voit tous les jours des enfants avoir, par exemple, les yeux de leur père et le front ou la bouche de leur mère, ou d'autres combinaisons analogues.

Que deviennent cependant celles des molécules qui sont èa double et qui n'entrent point dans l'embryon?

Buffon ne les abandonne pas ; il les emploie à la formation du placenta et des enveloppes embryonnaires, a Si le fœtus est mâle, alors il reste, pour former le placenta et les enveloppes, toutes les molécules organiques des parties du sexe féminin qui n'ont pas été employées, et aussi toutes celles de Tun ou l'autre des individus qui ne sont pas entrées dans la composition du fœtus^ où il n'en peut entrer que la moitié; et de même, si le fœtus est femelle, il reste pour le placenta toutes les molécules organiques des parties du sexe masculin et celles des autres parties du corps tant du mÀle que de la femelle qui n'ont point concouru à former le fœtus. »

Nous indiquons seulement par quelques traits principaux le système qu'avait construit Buffon; mais il avait donné à cette théorie des développements énormes, et il y trouvait l'explication d'un nombre considérable de phénomènes. Certes, Voltaire était dans son droit quand il accusait l'auteur de VBistoire naturelle de n'avoir fait qu'un roman ingénieux, quand il

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