L'INCONSCIENT ET LA CONSCIENCE
protoplasma prend le rôle du cerveau. Si, à côté et au-dessus de cette sphère très-étendué de la conscience, on place encore un principe métaphysique qui donne aux processus organ niques leur exactitude infaillible et leur fînaJ lité, on doit aussi examiner en ce sens le règne végétal, qui, à chaque pas, trahit ses affinité^ avec le règne animal. '
D'accord avec sa façon de traiter les causeï^ des phénomènes, la philosophie de rinconsj cient ne manque pas de s'imaginer que 1^ plante, elle aussi, a une âme. Elle rentre ainsi dans des voies déjà parcourues, et il n^ a dJ nouveau que les. conséquences qui se tirent dé la distinction des sphères de Tinconscient ei de la conscience. L'activité inconsciente de l'âme des plantes se montre, comme chez l'ani mal, dans les productions organiques, dans l^ vertu curative de la nature, dans les mouve^ ments réflexes, dans l'instinct et dans les ten^ dances esthétiques. Quant à l'activité organique , la philosophie de l'inconscient se place naturellement au-dessus de la botanique scientifique; il ne lui suffit pas d'avoir la preuve que, dans le règne végétal, toute une série de phénomènes s'expliquent suffisamment dad
leur ensemble par les lois de la physique et de la chimie; mais « Tâme de la plante réalise des effets véritablement admirables dans la production d'organismes appropriés à leur fin ». Dès le commencement du chapitre IV de la MétaphysiqiLe de V inconscient^ qui traite ie l'activité organogénique de la plante , on rencontre quelques lignes fort inoffensives en apparence sur les anticipations typiques i . Les preuves que Hartmann croit convaincantes sont empruntées au règne animal et sont dans la suite Tobjet d'un examen (II, 235). Nous. dorons donc nous reporter à ces explications.
Hartmann s'élève contre la théorie de la transformation des espèces au moyen de la fixaion de variations accidentelles, mais utiles, par a raison que souvent, chez les animaux, des ^ticularités apparaissent qui pour ces aninaux eux-mêmes sont « inutiles, et ne peuvent lYoir leur raison d'être que comme des formes ransitoires, intermédiaires, pour préparer des legrés supérieurs de développement, et n'exisent que par anticipation en vue d'un but utur. j> Les exemples sont aussi malheureux
1. Le concept de l'anticipation a été aussi emprunté à tarus, comme nous l'avons indiqué plus haut.
400 l'inconscient et la conscience
que possible. On nous indique la corde dorsale cartilagineuse, la chorda, « chez ces espèces de poissons primitifs qui avaient déjà, grâce à leur squelette dermique calcaire, une parfaite solidité, comme les crustacés d'où ils dérivent, de sorte que le squelette interne osseux primitif n'avait pas d'importance pour ces animaux, mais seulement pour leurs descendants reculés, qui devaient transformer leur cuirasse de coquilles en une enveloppe d'écaillés. »
De telles insanités ne peuvent être appréciées à leur valeur, il est vrai, que par un naturaliste. Aucun paléontologiste sensé, tenant les céphalaspides, dont il paraît être question, pour des poissons, ne les fera dériver des crustacés. Ils sont d'ailleurs les plus anciens animaux pisciformes connus, mais ils ont dû être précédé^ de milliers d'ancêtres auxquels ils ressemblent à peu près comme ressemblent aux leurs les Gof-' fres actuels, avec leur squelette dermique solidd rendant en un certain sens superflue l'épind dorsale. Ils font partie des animaux pour les^ quels Darwin postule une longue série d'ancêtres ensevelis sans avoir laissé de trace dans led roches métamorphiques, en ajoutant qu'il es^
prêt à abandonner son hypothèse tout entière si l'on peut lui prouver que cette prétendue faune primordiale, dans sa perfection relative, a été réellement la faune primordiale.
Un autre exemple d'anticipation serait le cerveau volumineux des sauvages et des hommes primitifs. Wallace lui-même conclut de ce fait à l'existence d'un principe supérieur dirigeant le développement de l'homme vers un but déterminé. Laissons Wallace; cet observateur excellent, depuis qu'il a passé aux spirites, a cessé de faire autorité lorsqu'il s'agit de juger et de raisonner. Les vastes crânes des plus anciens hommes connus ne prouvent ni plus ni moins que ceci : 1"* le volume du cerveau a réellement augmenté chez les races humaines supérieures ; T la qualité de l'organe de l'intelligence s'est modifiée et continue de se modifier en s'élevant d'une culture inférieure à une civilisation supérieure. Ces prétendues anticipations ont donc exactement la même râleur que les types prophétiques de Louis ^assiz.
Il en est de même, dans le règne végétal, les anticipations où se complaît « l'instinct dastique de la nature inconsciente » . Certes on