‹ Les Sciences sociales en AllemagneChapitre 16 sur 21 · R. VON JHERING. — LA PHILOSOPHIE DU DROIT · texte numérisé non relu

R. VON JHERING. — LA PHILOSOPHIE DU DROIT

suffit pas à déterminer le détail des phénomènes sociaux. que Jhering nous a prouvé, par l'analyse du fait de la tendance, que] tout être recherche son bien, ou pour mieux dire, son plaisir, cet égoïsme radical reste si indéterminé que des actes très différents et même opposés en peuvent sortir. Il n'est pas jusqu'aux phénomènes qui sont galion de l'égoïsme, jusqu'aux actions désintéressées, qui ne rentrent sous la même catégorie que leurs contraires : puisque, dans tous les cas, de par la définition que Jheringa donnée de l'action, l'homme qui agit satisfait une de ses tendances. En ce sens le principe téléologique de Jhering pourrait sembler mal fait pour contenter l'esprit scientifique. Celui-ci veut sans doute ramener à la plus haute unité possible la plus grande multiplicité possible de phénomènes ornais il ne veut pas poser, d'emblée, une unité si large qu'elle n'explique aucune distinction et indéterminé tout le détail de la réalité. Ce qui explique tout n'explique rien. De là le reproche qu'on uvent à la téléologie : le principe d'explication qu'elle propose manque de spécificité, il convient à tout et par suite ne sert à rien.

Faut-il dire, d'un autre côté, que si l'on veut spécifier ce principe et expliquer les actions humaines, non plus par le léral de vivre, mais par tel ou tel désir par-

ticulier, on tombe nécessairement dans l'excès inverse, offrant des explications trop particulières après avoir offert des explications trop générales, passant d'une trop grande unité à une trop grande multiplicité, non moins contraire à l'esprit >cientifique? Pourquoi déclarer à priori, avec Barth f, que la téléologie ne peut poser ou qu'une fin universelle, ou qu'un nombre infini de fins spéciales? Ici encore entre l'Un et l'Infini, entre le Même et l'Autre, on peut placer des intermédiaires.

Au lieu de passer brusquement de la fin universelle aux fins toutes particulières que suscite la diversité infinie des circonstances , on peut arrêter l'esprit sur un certain

1 i> ■ i ,, schichts philosophie Hegel's und der Hegeliàner, p. 122.

nombre de fins intermédiaires, plus générales que celles-ci. moins générales que celles-là, espèces téléologiques. Ce seront, par exemple, la fin juridique, économique, militaire, religieuse. Ne faut-il pas, et ne suffit-il pas qu'elles soient distinguées et classées pour q.ue l'explication téléologique, échappant au double reproche d'être trop générale ou trop particulière, puisse devenir scientifiquement déterminante, et offre, aux différentes sciences sociales, des principes constitutifs ?

Sans doute ces fins se mêlent intimement dans la réalité historique. Une même action, soit individuelle, soit sociale, satisfait souvent en même temps, dans des mesures différentes, aux fins religieuses et aux fins esthétiques, aux fins économiques et aux fins juridiques ; et il est rare que l'une d'entre elles soit poursuivie pour elle-même a l'exclusion des autres, et détermine, par conséquent, à elle seule, une série de phénomènes sociaux. Le rôle de l'école historique a été justement de montrer, par exemple, que toutes les fins nationales réagissent à chaque instant sur les tins économiques proprement dites, et que l'histoire des phéno mènes économiques est, non pas l'effet d'une seule force, mais la résultante d'une composition de forces différentes. Mais si utiles qu'aient été ces vues synthétiques pour rendre à l'esprit le sentiment de la complexité historique, n'est-il pas méthodique, pour résoudre cette complexité , d'en dissocier les causes, de les abstraire, et d'étudier chacune à part ? 11 faut, suivant une comparaison de Jhering, entreprendre une analyse analogue à l'analyse des juristes * ; un cas complexe leur étant soumis, ils étudient à part tout ce qui, dans ce cas. est du ressort de tel principe, puis tout ce qui est du ressort de tel autre. De même, pour connaitre les lois des phénomènes sociaux, nous essaierons d'en expliquer l'organisation par la poursuite d'une des fins sociales une fois posées, abstraction faite de la présence des autres fins. Pour connaître scientifiquement le tissu social, il faudra en séparer les différents

(1) Zweck, II. 188.

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