LE ROI JEROME
Le roi Jérôme a été marié trois fois.
L'histoire de son premier mariage avec mademoiselle Paterson est bien connue : son petitfils, le colonel Paterson, a même cru devoir faire une proclamation à la mort de Napoléon III ; le Figaro du 2 février 1873 Ta reproduite d'après le New- York Herald.
En troisièmes noces, le roi Jérôme a été marié régulièrement à une noble Florentine, la marquise Bartholini, qui vint habiter avec lui en France. (Du Casse, Revue historique^ mars 1883, page 365.)
Viel-Castel nous dépeint ainsi le roi Jérôme à la date du 23 avril 1856 {Mémoires, III , 228) :
« Entouré de bâtards, il en a de tous les côtés. Il mariait une fille il y a peu de temps, une autre de ses filles qui le soignait pendant sa
maladie est une des supérieures du couvent des Oiseaux. »
Plus haut (II, 83) Viel-Castel nous avait déjà dit :« d'Orsay a persuadé à Jérôme qu'il est son père. »
La personne qui signe « un Indiscret », dans un volume intitulé : Un Roi qui s^anmsait et la Cour de Westphalie de i8oj à i8ij^ 1888, in-i8, nous apprend que le roi eut un fils, né à Cassel en 181 1 d'une Alsacienne qui venait d'épouser un de ses préfets du palais (il fut fait comte). Le roi fut parrain.
« Il eut, ajoute l'auteur, beaucoup d'enfants adultérins de différentes maîtresses. Tous étaient gens d'esprit, la plupart furent des orateurs d'un grand mérite, plusieurs des hommes remarquables. Il eut un fils d'une de ses nièces. Ce dernier, charmant jeune homme, a eu une fin tragique (Camerata?) (211).
« Pendant son séjour en France, à l'âge de près de 70 ans, Jérôme eut d'un de ses couchers^ sa lingère, un fils, et d'une de ses mai" tresses une très jolie petite fille dont il fut le parrain. » (212).
Le roi Jérôme a eu de la baronne de la Gardie : Mélanie, créée comtesse de Wietersheim, mariée à Charles-Louis-Théodore, baron
de Schlotheim (21 avril 1796-18 mai 1869), landrath prussien. (Hiort-Lorênzen, Annuaire^ 1886,369.)
Viel-Castel, annaliste peu scrupuleux, mais très vérace, quoi qu'en aient dit les intéressés, raconte ainsi les derniers temps du roi Jérôme.
22 juillet 1859,
Le prince Jérôme s'afiaiblit... Mme de
Plancy (femme de son écuyer) slnquiète pour
elle et pour Tenfant qu'elle a de ce vieillard
toujours trop jeune.
29 décembre 1858.
Parmi tous les mariages vrais ou faux de l'exroi de Westphalie, il en est un auquel il a voulu faire croire, il y a deux ou trois ans et auquel nous avons cru nous-mêmes.
Le prince ou roi Jérôme, s'il a contracté beaucoup de mariages ou s'il a fait croire à leur consommation authentique, a contracté un bien plus grand nombre d'unions illégitimes dont il reste des fruits. Or, le petit-fils du peintre David est un de ses fruits (/'/ avait pour maîtresse la marquise épouse du roi; elle est retournée en Italie; impossible de citer le texte).
.Ceci nous amène tout naturellement à raconter l'histoire de Mme Jérôme David.
Jeanne-Cécile-Élina Merle, en famille Larissa, est née le 9 juin 1826, à Langon, petite ville du département de la Gironde, qui comptait 4,647 habitants en 1882 ; elle est fille unique de Jean-Adolphe Merle et de Cécile-Anaïs Collas, son épouse. Sa beauté était déjà remarquable, quand elle fut demandée en mariage par M. Despiet, notaire encore aujourd'hui à Bordeaux, fils lui-même de notaire, alors âgé de près de trente-deux ans. Les parents consentirent au mariage, malgré la répugnance très accusée de la jeune fille, qui n avait pas encore dix-sept ans. Des violences matérielles furent même exercées sur elle ; elle assista, passive, au mariage civil, qui fut célébré à la mairie de Langon, le i®"" mars 1843. Quarante-sept jours séparèrent le mariage civil du mariage religieux, qui eut lieu le 16 avril. Puis il y eut une cohabitation de seize jours : le ménage paraît bien avoir réalisé sur terre ce que les catholiques appellentrenfer. Puis la jeunefemme se révolta et on plaida. Le tribunal de Bordeaux ordonna la preuve de vingt-deux faits articulés, puis confirma le mariage le 29 août 1843. On alla en appel. Voici, d'après la Galette des Trihitnaux du 9 avril 1844, la physionomie de la première audience.
La grande salle de la cour ofïre un aspect inaccoutumé : M. le premier président y préside les chambres réunies; M. le procureur général de la Seiglière occupe le siège du ministère public : il est assisté de deux avocats généraux. Des dames en grand nombre ont envahi les places réservées. A droite et à gauche de la cour on voit plusieurs magistrats en habit de ville, la plupart obligés de se tenir debout ; quant à l'auditoire, il est encombré, et la foule déborde dans Tenceinte des avocats, dont quelques-uns, malgré la robe qu'ils portent, ne peuvent parvenir à trouver place.
Aurélien Desèze plaida pour la jeune épouse et, pour faire annuler le mariage, il dut plaider que le mariage n'avait pas été consommé, ce qui est peu. admissible. Le mari s'en rapporta àlajustice. Par arrêt du 22 mars 1844,1a cour de Bordeaux confirma le mariage. On alla en cassation, la procédure fut cassée pour irrégularité et les parties furent renvoyées devant la cour de Poitiers. Philippe Dupin plaida pour la jeune épouse. On fit agir de hautes influences, entre autres le cardinal Donnet et le 15 mai 1845 la cour de Poitiers annulait le mariage. La lutte avait duré plus de deux ans.
La cour de Rome, grâce encore au cardinal Donnet, annula le mariage.
Que devint ensuite la jeune femme? elle vécut tantôt à Langon, tantôt à Paris. Sa beauté fit sensation. On allait aux Italiens pour la voir. Elle épousa à Paris en janvier ou février 18^3 le baron Jérôme David (i), elle avait presque vingt-sept ans.
Jérôme David était légalement fils de Charles- Louis-Jules David (Paris 18 février 1783 — Paris 25 janvier I854), fils lui-même du peintre Louis David et de Marie Capinaki, son épouse, morte à Paris, rue de Grenelle, n° 17, le 4 mars 1879, à 78 ans. Mais beaucoup savent que cette belle Grecque Teut à Rome du roi Jérôme, qui, plus heureux que le héros de la Dame blanche^ fut parrain de son propre fils. Cela n'empêcha pas Jérôme David de se faire autoriser par Napoléon III à porter le titre de baron, conféré à Louis David par Napoléon I*^
De Mlle Merle, Jérôme David, mort à Langon le 27 janvier 1882, a eu deux enfants, morts
(1) David (Jérôme-Frédéric) lieutenant an 21* de ligne, rue Casimir-Périer, 4, obtient un jugement du Tribunal civil de la Seine du 16 août 1849, donnant mainlevée du conseil judiciaire à lui donné par jugement du même tribunal du 17 avril 1844. {feiiiei Affiches du 24 août 1849.)
tous deux avant lui : i® Marie-Thérèse, morte à 16 ans en juin 1872 (Figaro du 2 juillet); 2° Jérôme, mort à 20 ans en mars 1874 (Figaro du 17) ; ils sonttous deux enterrés à Langon.
Mme Jérôme David est encore belle, d'une grande distinction, m'écrit-on, très vertueuse, charitable ; elle n'a jamais fait parler d'elle.
Son premier mari, M. Despiet, est toujours notaire à Bordeaux, rue de l'Observance ; lui aussi s'est remarié, mais après que Mlle Merle lui eut donné l'exemple.
On voit que, si le divorce n'existe plus depuis 1816, on l'a du moins inventé pour la circonstance.