PARIS
Emile BOUILLON^ Libraire-Éditeur
67, RUE DE Richelieu, 67
LES
.NAPOLEON III (i) .
Le 21 avril 1808 on lisait dans le Moniteur universel : « Aujourd'hui mercredi, 20 avril 1808, à une heure du matin, S. M. la reine de Hollande est heureusement accouchée d'un prince (2).
(1) Voir Blanchard Jerrold, The Life of Napoléon III, 1874-82, 4 YoL in-S* (Bibliothèque nationale, Lb, 56, 527) ; (le tome II, pagres 415 à 461, contient des extraits des lettres écrites par le futur Empereur à Mme Cornu, de 1841 à 46) ; un ancien fonctionnaire ( lisez le baron Ducasse ) , Histoire anecdotique du second Empire, 1887. in-8'; Alfred Darimon, la Maladie de l'Empereur avec des Pièces et des Documents nouveaux, 1886, ia-18 ; Gisquet, Mémoires, l, 351.
(2) Rue d'Artois (aujourd'hui rue Laffitlej, n' 17 (Auguste Yitu, la Maison mortuaire de Molière^ 1883, 253). La maison, appartenant aux Rothschild, est occupée par le con-. sulat général d'Autriche. Le futur Empereur eut pour nourrice Mme Dubois-Goppeaex, née à Bernex, canton de Genève, morte à Genève en janvier 1876, à 94 ans. {Figaro du 12.)
• LES ' SfiéRE'^rS " ÎTES BONAPARTE
« En conformité de l'article 40 de l'acte des constitutions du 28 floréal an XII, S. A. S.
Mgr le prince archichancelier de TEmpire a été présent à la séance.
« S. A. a écrit tout de suite à S. M. l'Empereur et Roi^ à S. M. l'Impératrice et Reine, à S. M. le roi de Hollande, pour leur apprendre cette nouvelle. M. de Villeneuve, chambellan de la reine de Hollande, a été chargé des lettres pour LL. MM. IL et RR. M. Othon de Byland, chambellan du roi de Hollande, s'est rendu au même effet auprès de Sa Majesté. . .
« A cinq heures du soir, l'acte de naissance a été reçu par S. A. S. le prince archichancelier, assisté de S. Exe. M. Regnaud (de Saint-Jeand'Angély), ministre d'Etat et secrétaire de Tétat de la famille impériale. Attendu l'absence de S. M. l'Empereur et Roi, le prince nouveau-né n'a reçu aucun prénom, à quoi il sera pourvu par un acte ultérieur, d'après les ordres de Sa Majesté.
« S. A. I. madame-mère, la reine de Hollande, madame la princesse Caroline, grandeduchesse de Berg, S. A. I. Mgr le cardinal Fesch, et S. Exe. M. l'amiral Ver Huell, ambassadeur de S. M. le roi de Hollande près S. M. l'Empereur et Roi, ont été présents à l'acte, »
Le 3 mai, Napoléon I®"" écrivait à son frère Louis qu'il désirait que l'enfant s'appelât Charles-Napoléon, mais le 25 il écrivait à l'archichancelier qu'il désirait que l'enfant s'appelât Charles-Louis-Napoléon.
Une question délicate se présente ici, et je ne l'éluderai pas. Il est de notoriété publique que le roi Louis ne se croyait pas le père de l'enfant ; il est également de notoriété publique que l'amiral Ver Huell était le vrai père. La légèreté de cette aimable femme qui s'appelait la reine Hortense n'est un secret pour personne, et on sait qu'elle a eu, du comte de Flahault, Charles-Auguste- Louis- Joseph de Morny, né à Paris le 23 octobre 181 1. En ce qui concerne la naissance de Napoléon III, on trouve de précieuses indications dans la correspondance de Napoléon I*^ avec le roi Louis, publiée en 1875 par M. Rocquain. Le 16 décembre 1807, Napoléon écrit au roi Louis :
« Je pense qu'il n'est pas convenable d'envoyer le maréchal Ver Huell à Saint-Pétersbourg...
Je n'entre pas dans les raisons qui vous portent à vous défaire de... votre ministre de la marine... Mais si vous tenez à éloigner Ver Huell, je préfère que vous l'envoyiez comme ambassadeur à Paris. » Et le 26 , Louis répond :
moral? Il est permis d'en douter, les Bonaparte ne brillant pas par là. Il a déjà cet air concentré et quasi-somnambule que nous lui avons connu.
Il existe sur lui un document précieux et qui le fait bien comprendre : c'est sa correspondance avec Mme Cornu. On y pourra étudier les divers côtés de cet homme compliqué et difficile à pénétrer.
Les tentatives de Strasbourg et de Boulogne ( i ) sont connues : malheureusement je dois dire que nombre de pièces les concernant ont disparu des Archives nationales depuis 185 1 et que leurs dossiers au ministère de l'Intérieur ont suivi la même route, celle du cabinet de l'empereur ; il est fâcheux que les Archives au moins n'aient pas su mieux défendre le dépôt qui leur était confié.
(1) Voir Joseph Orsi, VExpédition de Boulogne, extrait du Fraser' 8 Magazine {Figaro des 11 et îo février 1880). Le curieux traité du futur Empereur avec le duc détrôné de BruDswick est dans le Figaro du 3 août 1868. Sur la période de 1836 à 46, consulter la Gazette des Tribunaux des 3, 3, 13, 14, 16, 21 novembre 1836; 22 et 23 décembre 1836; 9, 10, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21 janvier 1837 ; 20 mai 1839; 8, 9, 10, 12, 13, 14, 15, 16, 19 août 18i0; 2, 16 (et supplément), 17, 28, 30 septembre 18i0; 1, 3, 4, 7, 8 octobre 1840; 4 janvier 1844; 27, 28 mai 1840; 2, 3 juin 1846; 10, 12 juillet 1846. Voir aussi la même Gazette des 21 et 27 avril
Strasbourg et Boulogne furent regardées par le^ contemporains comme des tentatives ridicules ; elles ne le furent qu'en apparence. La captivité de Ham rendit Louis Bonaparte intéressant ; il faisait la cour aux socialistes français, qui en étaient très flattés. C'est l'époque où il rêve d'écrire la vie de Charlemagne (1841), et, ce qui le peint bien, il demande à tout venant quelles en sont les sources historiques : tels plus tard, Mérimée, M. Maury et tant d'autres lui ont digéré les matériaux de son informe Vie de César.
Eni846,ils'évade(i);ila déjà un grand talent, rare en France : il sait se taire. Déjà il rend des oracles employant ces phrases vagues qui peignent bien le vague de sa pensée, préludes de celles que nous avons connues : les points noirs, le couronnement de Tédifice, etc. Il n'a qu'une idée, mais c'est une idée fixe, il veut être Empereur.
Arrive février 1848 et, comme tout Bonaparte
(l; Avec le concours de son fidèle valet de chambre Charles Thélin, mort en septembie 1880. (Figaro du 30.) L*évH3ion de Ham a élé racontée par l'intéressé dans une lettre qu'a publiée le Siècle des 1*' et 4 juin 1846 ; on peut lire aussi le récit du comte Orsi. (Figaro des 5 janvier et 2 février 1881.)
en temps de république, il proteste de son républicanisme. Cependant on avait des doutes, témoin l'ordre suivant :
Paris, 12 juin 1848, à i heure du soir.
Le ministre de l'Intérieur aux préfets et souspréfets. Par ordre de la commission du pouvoir exécutif, faites arrêter Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, s'il est signalé dans votre département.
Transmettez les ordres nécessaires.
Signalement :
Agé de 40 ans, taille d'un mètre soixante-six centimètres, cheveux et sourcils châtains, yeux petits et gris^ nez grand, bouche moyenne, lèvres épaisses, barbe brune, moustaches blondes, menton pointu, visage ovale, teint pâle. Marques particulières : tête enfoncée dans les épaules, épaules larges, dos voûté.
On sait comment il finit par siéger à la Constituante : il fait un pas en avant, puis il recule en voyant l'effet produit, mais il refera un autre pas en avant, dès qu'il le pourra. C'est par ces voies presque tortueuses qu'il se fait nommer représentant du peuple à la Constituante, donnant sa démission, puis se faisant
renommer. Il fait à la tribune des déclarations d'un vague calculé ; il observe, il attend.
Mais voici l'élection présidentielle du lo décembre 1848 : parmi les concurrents figurent Lamartine, Cavaignac (i), Changarnier (2) ; Thiers ne croit pas l'occasion propice pour lui-même. Un concours de circonstances et de préjugés favorables le porte à la présidence : il faut bien l'avouer, les républicains d'alors avaient commis fautes sur fautes ; les socialistes regardaient Louis Bonaparte comme un des leurs ; les conservateurs se berçaient d'illusions à son endroit, le regardant comme peu dangereux, même au pouvoir (3).
(1) Changarnier offrit à Cavaignac de le faire nommer président de la République par la Constituante ; il refusa. Je liens le fait de Changarnier.
(2) A laissé des Mémoires dont la rédaction est antérieure à
(3) On lit dans les Mémoires de feu de Falloux, tome I : « Mes relations personnelles avec le Président étaient peu à peu devenues aussi affectueuses qu'elles pouvaient l'être avec les réserves que nous nous imposions, chacun de notre côté. Jamais il ne parla devant moi d'ambition ou d'espérance napoléonienne. Il lui arriva même un jour de me dire: « Montrez-moi la Maison de Bourbon réunie, vous mé trouverez alors tout prêt à prendre ma canne et mon chapeau. » Je ne laissai point tomber cette parole, et j'eus hâte de la répéter à ceux que je savais en communication avec les princes, en ajoutant :« L'accent paraît sincère, mais, l'homme le fût-il moins, il importerait également de le prendre au mot et de le mettre au pied du mur.»
Une fois dans la place, il se promit bien de n'en pas sortir. Comme toujours, il observa, d'abord la Constituante, puis la Législative ; il laissait ses adversaires faire des maladresses, n'en faisant pas, car il ne bougeait guère. C'est ainsi qu'il laissa la Législative voter la loi du 31 mai 1850, restreignant le suffrage universel, et qu'en 185 1 il lui en demanda l'abrogation. A ce sujet, j'alléguerai un fait qui montre, une fois de plus, combien il était dénué de scrupules.
Le 5 mars 1868, M. Paul Bethmont, alors député, aujourd'hui premier président de la cour des comptes, m'écrivait :
« Un mois avant le coup d'État le Président fit appeler mon père qui était alors deuxième vice-président du conseil d'État et il lui proposa le ministère de l'Intérieur, en lui demandant s'il voulait présenter à l'Assemblée législative un projet de loi par lequel cette assemblée rapporterait purement et simplement la loi du 31 mai.
« Mon père fit observer au Président que si l'on voulait obtenir de l'Assemblée qu'elle revint sur cette loi déplorable, il fallait chercher un biais, mai« que demandera une Assemblée de se déjuger purement et simplement et
à si petit intervalle, c'était d'avance s'exposer à un échec, et que sans doute la popularité du Président y gagnerait, mais que la situation n'en deviendrait que plus grave, et que lui (M. Bethmont) était tout disposé à aider le Président à entrer dans la voie de la conciliation, mais qu'il ne pouvait se prêter à une mesure qui, loin de concilier, préparerait une catastrophe ; le Président répondit qu'il voulait demander le rappel pur et simple de la loi ; mon père se retira aussitôt, et en rentrant chez lui il dit à plusieurs amis :
« Le Président prépare un coup d'État, car « il veut préposer une mesure que l'Assemblée « n'acceptera pas, il le sait, mais il y persiste « pour se rendre populaire ; il ne me convient « pas, ajouta mon père, d'entrer dans une cgm- « binaison qui loin d'écarter les obstacles^ les « accumule. »
« J'affirme ces faits et les paroles que je viens de vous rapporter. :^
Tour à tour humble et altier^ Louis Bonaparte marchait lentement, mais sûrement, vers son but, l'Empire. C'est ainsi qu'il supporta les airs de matamore de Changarnier, puis il le brisa, au grand étonnement de ce dernier.
Cependant il était capable de concevoir.
mais essentiellement impropre à l'action. Heureusement pour lui, il trouva deux hommes sans scrupules qui firent le coup d'État avec dextérité : Morny (i) et Saint-Arnaud (2). On a souvent raconté les prodromes du 2 décembre.
Il ne fut pas aussi imprévu qu'on le croit généralement. Ainsi Thiers fut prévenu par un avis de M. delà Riboisière, qui l'engageait à quitter Paris (3). On connaît la journée du 2, les péripéties du 3 et comment, le 4, pour en finir, Saint-Arnaud fit canonner le boulevard Montmartre et l'hôtel Sallandrouze (4). L'Empire était fondé.
(1) Sous l'Empire, d'AIton-Shée rencontra Morny, son ancien camarade de plaisir, et lui demanda ce qu'il pensait de Napoléon lil : « Il n'est pas fort, » répondit Morny. Je tiens le fait de d'Alton-Shée. — Changarnier me disait aussi de lui en 1868 : « Il n'est pas fort.»
i'i) Par ordonnance dn roi du 12 mai 1840, Arnaud-Jacques Le Roy est autorisé à ajouter à son nom celui de de Saint- Arnaud.
(3) Je tiens le fait de Tbiers ; il n'y crut pas.
(4) Boulevard Poissonnière, n* 27.
Sur le 2 décembre, il faut consulter le récit du général Fleury {Gauloù du 2 décembre 1883) qui du reste a laissé des Mémoires inédits. On lit à ce sujet dans les Mémoires de lord Malmesbury, à la date de mars 1853 :
« 11 (Kisseleff) m'a conté que, en cas d'insuccès du coup d'État, Morny et Louis Napoléon s'étaient assurés un refuge chez une femme qui leur était dévouée, Mme Favarl de Langlade, une créole qui a vécu à Londres, clans Kensington Gâte, et qui donnait d'excellents dîners suivis de jeu.»
Le nouvel Empereur fut accueilli avec assez de dédain par l'Autriche et surtout la Russie ; le tsar Nicolas employait une formule blessante quand il lui écrivait. Dé là sortit la guerre d'Orient; le traité de Paris (1856), nous montre l'Empire à son apogée, ayant fait le silence au dedans et occupant une situation prépondérante qu'il garda jusqu'à la guerre d'Italie (1859).
C'est alors que le rêveur couronné inventa cette formule : le principe des nationalités, qui nous a valu l'unité italienne et l'unité allemande, dont nous savourerons longtemps les effets.
Il aimait aussi beaucoup qu'on lui demandât sa protection, et, quand Cavour d^abord, Bismarck ensuite vinrent en France lui demander la permission de fonder la grandeur de leurs pays, rierî ne lui fut si sensible : il ne comprit pas que ces deux véritables hommes d'Etat prendraient leur revanche le lendemain ; or les peuples sont comme les individus^ ils ne pardonnent pas les services rendus.
C'est qu'en effet Napoléon III n'avait pas les facultés d'un homme d'Etat : il n'avait pas cette vue claire des hommes et des choses qui fait qu'on juge à leur vraie valeur les personnages avec lesquels il faut lutter ou dont il faut se
l8 ' LES SECRETS DES BONAPARTE
servir, qui fait qu'on discerne les obstacles bien avant qu*ils soient visibles à l'œil nu.
Il avait des théories vagues et impraticables ; de plus, comme Louis XV, il avait sa diplomatie secrète, et on peut voir dans Rothan quelle situation difficile cette diplomatie secrète créait aux ministres et aux ambassadeurs, et combien on Ta exploitée contre nous. Sa volonté ne se portait q[ue sur des formules ; dans Tapplication, c'étaient des tiraillements de tous côtés. Cest ainsi que certaines mesures lui ont appartenu en propre, tandis que d'autres sont dues aux influences multiples qui se le disputaient. Il est tel événement grave dont la responsabilité doit remonter à Tlmpératrice, tel autre au prince Napoléon; après la famille impériale, venait la famille dite civile, puis la famille de la main gauche, nombreuse, et influente (Morny, Walewski , Jérôme David, M. Devienne). L'unité de vues n'était qu'apparente aux Tuileries ; de là tant de contradictions, que venaient accroître des rivalités de personnes.
Le désir de pénétrer cet homme énigmatique qui s'est appelé Napoléon III, n'a pas séduit que M. de Sybel. Senior le jugeait ainsi [Revue politique et littéraire an 14 juillet 1883, p. 58):
« Il n'étouffait pas ses impressions ; il les emmagasinait. Un jour, après un entretien auquel Mme Cornu avait assisté et pendant lequel il s'était montré parfaitement calme, il brisa son mobilier pour soulager la colère qu'il avait amassée.
« L'imagination, chez lui, l'emportait sur le caractère. Elle le jetait dans des entreprises qu'il regrettait ensuite : lors de la tentative de Boulogne, quand il fut à la moitié de la Manche, il eut envie de retourner en arrière.
« L'un de ses principaux fonctionnaires définissait ainsi son caractère : il est romanesque, homme de premier mouvement, bizarre, paresseux, sans suite, bonhomme, égoïste, vaniteux, craignant et haïssant toutes les supériorités.»
Et le prince de Bismarck a dit de lui dans une dépêche de 1855 [Preussen imBundestage^ par le chevalier de Poschinger, 2* partie) :
« D'après ce que j'ai entendu raconter de son caractère par des gens qui le connaissent depuis une vingtaine d'années, l'envie de faire ce que personne n'attend est chez lui presque maladive et est entretenue par l'Impératrice. Un vieux diplomate français me parla dernièrement dans ce sens : « Cet homme va nous « perdre ; il finira par faire sauter la France
« par un de ces caprices que Tlmpératrice dé- « bite à son déjeuner ; il faudrait leur faire un « enfant pour les rendre raisonnables. »
Comme contraste, il faut lire la remarquable lettre de Cavour à Victor-Emmanuel, datée de Baden 24 juillet 1858 et publiée dans les Débats du 31 août 1883 ; il s'en dégage un enseignement profond.
Napoléon III a beaucoup remanié la carte de l'Europe dans sa tête, et, si les chancelleries ont révélé plusieurs de ses combinaisons, qui nous dira les nombreuses combinaisons, changeant du jour au lendemain, dont l'Europe n'a pas entendu parler? Le sens du possible, qui est toute la science de l'homme d'État, il ne l'avait pas. Toutes les guerres qu'il a entreprises ont péché au début par l'insuffisance d'organisation militaire. Joignez à cela qu'il n'est pas un chapitre du budget qui n'ait voilé^ à un moment donné, des dépenses illicites : les pièces de comptabilité étaient du reste toujours parfaitement en règle.
« Faire grand » était une de ses formules ; rêver et faire, pour lui c'était tout un. Il vint un jour cependant où la réalité impitoyable, trop longtemps méconnue, se dressa en face de lui ; alors éclata la guerre lamentable de 1870^
et nous y perdîmes Metz, ma patrie, et Strasbourg.
L'Empire tombé, il ne comprit pas bien les causes de sa chute, et quand il mourut à Chislehurst le 9 janvier 1 873 , le rêveur incurable rêvait un retour de l'île d'Elbe, suprême humiliation qui nous a du moins été épargnée.
Au demeurant, Thistoire doit dire de lui :
homme ordinaire, souverain médiocre.
Comme preuve des illusions qui Tout bercé toute sa vie, je donnerai ici son testament. Il porte le cachet du inysticisme :
Ceci est mon testament.
« Je recommande mon fils aux grands corps de rÉtat, au peuple et à l'armée. L'Impératrice Eugénie a toutes les qualités nécessaires pour bien conduire la régence^ et mon fils montre des dispositions et un jugement qui le rendront digne de ses hautes destinées. Qu'il n'oublie jamais la devise du chef de notre famille : « Tout pour «le peuple français. » Qu'il se pénètre des écrits du prisonnier de Sainte-Hélène, qu'il étudie les actes et la correspondance de l'Empereur, enfin qu'il se souvienne, quand les circonstances le permettront, que la cause des peuples est la cause de la France.
« Le pouvoir est un lourd fardeau, parce que l'on ne peut pas toujours faire le bien qu'on voudrait, et que vos contemporains vous rendent rarement justice ; aussi faut-il, pour accomplir sa mission^ avoir en soi la foi et la conscience de son devoir. Il faut penser que, du haut des cieux, ceux que vous avez aimés vous regardent et vous protègent ; c'est l'âme de mon grand oncle qui m'a toujours inspiré et soutenu. Il en sera de même pour mon fils, car il sera toujours digne de son nom.
« Je laisse à l'Impératrice tout mon domaine privé ; je désire qu'à la majorité de mon fils, elle habite l'Elysée et Biarritz.
« J'espère que mon souvenir lui sera cher, et que, après ma mort, elle oubliera les chagrins que j'ai pu lui causer.
« Quant à mon fils, qu'il garde, comme talisman, le cachet que je portais à ma montre, et qui vient de ma mère. Qu'il conserve avec soin tout ce qui me vient de l'Empereur, mon oncle, et qu'il soit persuadé que mon cœur et mon âme restent avec lui.
« Je ne parle pas de mes fidèles serviteurs : je suis convaincu que l'Impératrice et mon fils ne les abandonneront jamais.
« Je mourrai dans la religion catholique,
apostolique et romaine, que mon fils honorera toujours par sa piété. :&
Napoléon.
« Fait, écrit et signé de ma main, au palais
des Tuileries, le vingt-quatre avril mil huit cent
soixante-cinq.»
Napoléon.
Que reste-t-il de tout ceci ?
Sainte-Beuve disait, avec beaucoup de justesse, que, pour bien connaître un homme, il fallait savoir comment il se comportait avec les femmes. Je traiterai donc ici ce point délicat.
Nature féminine par certains côtés. Napoléon III a, comme Louis XV, beaucoup aimé les femmes. Il voulut souvent se marier dans sa jeunesse ; on doit lire à ce sujet, les Letters of the Bonaparte family , from the original s in the autograph collection of baron Heath (Miscellanies of the Philohihlon society, tome XIV, 1872-6, Bibliothèque nationale Z 2421 + ^ q- 14» p- 14 et 25), et sa lettre au roi Louis du 28 septembre 1834 [Débats du 9 février 1884). Comme conclusion provisoire, on lit dans les Débats du 7 noyembre 1886, résumant Saint-Pétersbourg et Londres dans les Années 18^2 à 1864, d'après les souvenirs du comte
Vitzthum d'Eckstadt, 2 volumes, chez Cotta, à Stuttgart, 1886 :
« En 1855, eut lieu la visite de Napoléon III et de rimpératrice en Angleterre. L'accueil fut très cordial, et Napoléon III se sentit encouragé à confier à la reine le souci que lui causait Tabsence d'enfant. Il en appela à l'expérience de la reine Victoria, expérience gagnée dans huit accouchements, et lui demanda d'insister auprès de l'Impératrice pour que celle-ci consultât sir Charles Lockock, l'accoucheur de la reine. Celui-ci fut interrogé et le succès de ses conseils fut tel que neuf mois après naissait le prince impérial. On comprend donc l'intérêt que la reine Victoria a témoigné plus tard au jeune prince (1). Au moment critique, la reine envoya à Paris sa dame d'honneur favorite, la marquise d'Ely, pour soigner l'Impératrice. La marquise, en dehors des médecins et des personnes de service, fut le seul témoin oculaire de l'événement. »
Napoléon III a eu une fille d'Éléonore-Marie Brault, née à Paris le 6 septembre 1808, mariée
(1) Le prince impérial a eu de Charlotte Watkins un fils, né à Croydon (Angleterre) en 1878, qui porte le nom d'nn père adoptif (Charles de Bré, le Roman du Prince impérialf 1887, in-18, p. 256).
en 1831 à Gordon Archer, veuve en 1836, morte à Paris le 11 mars 1849 ; on connaît le rôle de madame Gordon dans l'affaire de Strasbourg.
Je ne crois pas qu'il faille attacher grande importance à la lettre citée dans les Papiers secrets et Correspondance du second Empire 6® édition Poulet-Malassis, p. 351 : Mme Knussy, née Laûbly, fille du menuisier Laùbly, à Ermatingen, a épousé un sculpteur ; elle se prétend fille de Napoléon III. C'est la seule fois que ce nom paraisse.
Napoléon III eut à. Ham une liaison obscure sur laquelle le gouvernement de Louis-Philippe ferma les yeux. Cette liaison donna naissance à deux fils : Alexandre-ZoMîS-Eugène, né à Paris le 2"^ février 1843, et Alexandre-Z(?w/s-Ernest, né aux BatignoUes le 18 mars 1845. Je ne peux pas donner Tacte de naissance du premier, mais voici l'acte de naissance du second :
PRÉFECTURE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE
Extrait des minutes des actes de naissance de l'ancienne commune de BatignoUes (Monceaux), Seine, année 1845, reconstitués en vertu de la loi du 12 février 1872.
Du mercredi dix-neuf mars, mil huit cent quarante-cinq, à une heure de relevée.
Acte de naissance de Alexandre-Lôuis-Ernest Vergeot, reconnu du sexe masculin, né hier à sept heures du matin, au domicile de sa mère, rue Capron, n° 9, à BatignoUes-Monceaux, fils de Alexandrine-Éléonore Vergeot, âgée de vingt-quatre ans, sans profession, et de père non désigné. En présence de Asmus Peters, âgé de cinquante-sept ans, rentier, demeurant même maison, et de Pierre-Jean-François Bure, âgé de trente-sept ans, rentier, demeurant aussi même maison. Le présent acte, rédigé sur les déclarations et présentations de Philibert-Christophe-Pierre Jouy de Corwey, âgé de quarantequatre ans, docteur en médecine, demeurant en cette commune, Grande rue, n° 56, lequel a, ainsi que les témoins, signé avec nous, Auguste-Prosper Balagny, maire et officier de l'état civil de BatignoUes-Monceaux, le tout^ après lecture, signé : Jouy de Corwey, Peters, Bure et Balagny, maire. A BatignoUes-Monceaux, le 20 mars 184^, signé : Lebouteux, adjoint. Expédié et coUationné. Signé : Baron.
Par acte passé devant M« Balagny, notaire à BatignoUes-Monceaux, le vingt-huit août mil huit cent quarante-cinq, Éléonore Vergeot reconnut ses deux fils.
S'il faut en croire un article du Gaulois de novembre 1882, signé Popinot (lisez H. de Pêne), leur première enfance fut confiée à un vieux soldat, portier-chef du Jardin des plantes ; puis ils furent mis à Sainte-Barbe.
Il ne peut être question ici d'Éléonore Vergeot qu'en ce qui touche l'Empereur; cependant il faut bien dire, pour que le lecteur comprenne la suite, que le 12 août 1850, elle eut à Paris de M. Bure, témoin à l'acte précédent^ un fils, Pierre-Alexandre-Edmond. On sait que M.
Bure devint, sous l'Empire (3 janvier 1853), trésorier général de la couronne. L'Empereur lui imposa-t-il le mariage avec Eléonore Vergeot et la légitimation de leurs enfants à tous les trots? Je n'insiste pas. Qu'on lise l'acte suivant :
PRÉFECTURE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE
Extrait des minutes des actes de mariage de l'ancien deuxième arrondissement de Paris, année 1858^ reconstitués en vertu de la loi du 12 février 1872.
Du mardi, trois août, mil huit cent cinquantehuit, à trois heures de relevée. En la mairie du deuxième arrondissement de Paris. Acte de
mariage de Pierre-Jean-François Bure (i), rentier, âgé de cinquante ans, né à Paris, sur cet arrondissement, le dix novembre, mil huit cent sept, demeurant à Paris, rue Saint-Lazare, n<'3i, majeur, fils de Pierre-Michel Bure, absent sans nouvelles, et de Pierre-Marie Colette, son épouse, rentière, demeurant à Montmartre, rue de l'Empereur, n° 22^ et de Éléonore Vergeot, propriétaire, â^ée de trente-sept ans, née à Estouilly, arrondissement de Péronne (Somme), le trois septembre mil huit cent vingt, demeurant à Paris, rue Saint-Lazare, n° 31, majeure, fille de Antoine-Joseph Vergeot, propriétaire, et de Marie-Louise-Françoise-ÉléonoreCamus^ son épouse, demeurant commune d'Eppeville (Somme) ; nous, Philippe-Edme-Ernest Foucher, adjoint au maire du deuxième arrondissement de Paris, vu les actes de naissance des futurs époux, un acte de notoriété reçu par M. le juge de paix du sixième arrondissement de Paris, le vingt-sept juillet dernier, tenant lieu du consentement ou de Tacte de décès du père du futur ; le consentement de la mère dudit futur, reçu par M** Delaporte, notaire à
(1) Frère de lait de Napoléon III, mort à Paris, rue de Rome,ii* 39, en janvier 1882. (Petitet Affiches du 21.;
Paris, le vingt et un juillet dernier, celui des père et mère de la future, reçu par M"" Michel, notaire à Ham (Somme), le dix-huit juillet dernier, les actes de publications faites en cette mairie, les dimanches dix-huit et vingt-cinq juillet dernier sans opposition. Vu les actes de naissance de : i^ Alexandre-Louis-Eugène, du sexe masculin, né à Paris le vingt-cinq février^ mil huit cent quarante-trois, enregistré le vingtsept suivant en la mairie du premier arrondissement, comme fils de Alexandrine-Éléonore Vergeot ; 2^ Alexandre-Louis-Ernest, du sexe masculin, né le dix-huit mars, mil huit cent quarante-cinq, enregistré le dix-neuf suivant en la mairie des BatignoUes, comme fils de Alexandrine-Eléonore Vergeot ; y Pierre- Alexandre-Edmond du sexe masculin, né à Paris le douze août, mil huit cent cinquante, enregistré le quatorze suivant en la mairie du premier arrondissement, comme fils d'Éléonore Vergeot, lesquels enfants les futurs ont réconnu pour leur appartenir et entendre légitimer, requérant que mention en soit faite en marge de leurs actes de naissance, ce qui leur est octroyé. Après avoir donné lecture aux parties comparantes du chapitre six du Code Napoléon, titre du Mariage^ des pièces susénon-
cées, dûment signées et paraphées pour rester déposées aux archives de l'état civil, avons reçu la déclaration de Pierre-Jean-François Bure qu^il prend pour épouse Éléonore Vergeot, et celle d'Éléonore Vergeot qu'elle prend pour époux Pierre-Jean-François Bure. Les futurs époux nous ont déclaré qu'il a été fait un contrat de mariage devant M« Delaporte, notaire à Paris, le deux courant, dont extrait est remis. En conséquence, nous avons prononcé, au nom de la loi, que Pierre-Jean-François Bure et Éléonore Vergeot sont unis en mariagfe. Tout ce que dessus fait publiquement et en présence de MM. Charles Thélin, trésorier de la cassette de l'Empereur, chevalier de la Légion d'honneur, âgé de cinquante-sept ans, demeurant à Paris, au palais du Louvre ; Joseph-Ulysse Delaporte, notaire à Paris, âgé de trente-six ans, demeurant à Paris, rue de la Chausséed'Antin, et Louis-Marie Peters^ ingénieur civil, âgé de vingt-cinq ans, demeurant à Montmartre, rue de l'Empereur, 22, neveu de l'époux.
Lesquels ont signé avec les époux et nous, maire, après lecture faite ; signé : Vergeot^ Bure, Delaporte, L. Peters, Ch. Thélin, Ph.
Wollmer, Foucher. Pour extrait conforme, Paris, le 23 juin 1869. Le conseiller d'Etat,
secrétaire général ; pour le secrétaire général, le conseiller de préfecture (L. S.), signature illisible.
Admis par la commission (loi du 12 février 1872), le membre de la commission, signé :
Barroux. Pour expédition conforme, Paris, le neuf mai, mil huit cent soixante-treize. Le Secrétaire général de la préfecture ; pour le secrétaire général, le conseiller de préfecture délégué, signé : Ranty.
Délivré par le greffier du Tribunal civil de première instance du département de la Seine, au greffe séant au Palais de justice, à Paris, ce vingt-quatre septembre mil huit cent quatrevingt-trois.
^Illisible.)
Suivant les Papiers secrets et Correspondance du second Empire, édition citée, p. 338, Eléonore Vergeot « semble avoir apporté en dot à Bure la propriété des Moyeux (Seine-et-Marne).»
Les deux enfants qu'elle avait eus de l'Empereur semblent avoir été pour ce .dernier la cause d'embarras sans nombre. Sur l'aîné, Eugène, je renvoie âuxPapiers secrets, p. 340 ; on y verra qu'il fut vice-consul à Rosas, puis consul à Zanzibar ; je ne saurais dire s'il a jamais
été marié. Le second, Louis, paraît bien être l'auteur de la lettre étrange qu'on peut lire dans les Papiers secrets^ p, 353 ; il y dit s'être marié à Puebla.
Quand le comte Walewski mourut à Strasbourg le 27 octobre 1868, l'Empereur, qui lui avait donné, en i864, le domaine d'Orx, dans les Landes, le reprit et le partagea entre ses deux enfants : à l'aîné, il donna la partie d'Orx, au second, la partie de Labenne ; Labenne est une commune de 791 habitants ; Orxen a 506, suivant le Dictionnaire des Commîmes. Dt^Xns^ comcne cela ne suffisait pas à leurs exigences, comme le nom de Bure leur pesait, il les créa comtes du titre de leur terre.
Voici le décret qui créa le second comte de Labenne :
Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français, à tous présents et à venir, salut.
Vu la requête à nous adressée par Alexandre- Ernest-Louis Bure, receveur des finances à Paris, né le dix-neuf mars mil huit quarantecinq, à Paris.
Sur le rapport de notre Garde des sceaux, ministre secrétaire d'État au département de la
Justice et des Cultes, avons décrété et décrétons ce qui suit :
Article premier. — Nous conférons à Alexandre-Ernest-Louis Bure le titre de comte de Labenne, lequel titre sera transmissible à sa descendance directe et légitime de mâle en mâle par ordre de primogéniture.
Article deux. — Remise des droits de sceaux est faite à l'impétrant.
Article trois. — Notre Garde des sceaux, ministre secrétaire d'État au département de la Justice et des Cultes, est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait au Palais des Tuileries le onze juin mil
huit cent soixante-dix.
Napoléon.
Par l'Empereur,
Le Garde des sceaux ^
minisire de la Justice et des Cultes ,
Emile Ollivier.
Pour ampliation délivrée le huit juin mil huit cent soixante-dix-sept, par nous, conseiller d'État, secrétaire général du ministère de la Justice, commissaire au sceau de France.
É. Talandier.
L'an mil huit cent soixante-dix-neuf, le quatre
mars, les préçentes ont été collationnées par M® Gustave-Frédéric Mahot Delaquerantonnaie et son collègue, notaires à Paris, soussignés, une ampliation du décret ci-dessus transcrit, représentée audit M« Mahot Delaquerantonnaie, et par lui, à Tinstant rendue. Signé : illisible. Collationné sur pareil extrait déposé à la mairie du huitième arrondissement, lors du mariage Bure, comte de Labenne, et Paradis, prononcé le 12 mars 1879, n° 185.
Délivré par le greffier du tribunal civil de première instance du département de la Seine, au greffe séant au Palais de justice, à Paris, ce vingt et un septembre, mil huit cent quatrevingt-trois. p^^Q^
Comme on vient de le voir, le comte de Labenne épousa mademoiselle Paradis.
Voici l'acte de mariage :
PRÉFECTURE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE
Extrait des minutes des actes de mariage du VHP arrondissement Le douze mars, mil huit cent soixante-dix-neuf, à midi un quart, acte de mariage de Alexandre- Louis-Ernest Bure, comte de Labenne, propriétaire, né le dix-neuf mars, mil huit cent
quarante-cinq à Paris, y demeurant, rue du Rocher, 66, fils majeur de Pierre Jean-François Bure et de Éléonore Vergeot, son épouse, propriétaires, domiciliés au Vésinet(Seine-et-Oise), route de l'arrivée, 5, et à Paris, rue de la Fermedes-Mathurins, 34, consentants par acte, et de Marie-Henriette Paradis, sans profession, née le vingt-trois mars, mil huit cent cinquantesept à Vaugirard (Seine), demeurant à Paris, rue Miromesnil^ 69, avec sa mère, fille majeure de Jean-Baptiste Paradis, décédé, et de Rosalie- Marie-Louise Banchet, sa veuve, propriétaire, présente et consentante. Les actes préliminaires sont : les publications faites en cette mairie les dimanches deux et neuf piars courant, à midi, affichées sans opposition, les actes de naissance des époux, le consentement des père et mère de Tépoux, reçu par M* Baudrier, notaire à Paris, le huit mars courant, l'acte de décès du père de l'épouse, un décret impérial en date du onze juin, mil huit cent soixantedix, conférant à l'époux le titre de comte de Labenne ; desquelles pièces paraphées et annexées il a été fait lecture, ainsi que du chapitre du Code civil des droits et devoirs respectifs des époux. Les époux et la mère de l'époux, interpellés par nous, conformément à
k loi du 10 juillet 1850, nous ont déclaré qu'il a été fait un contrat de mariage, reçu par M® Segond, notaire à Paris, le dix mars courant, ainsi qu'il résulte du certificat ci-annexé et, de suite, lesdits époux ont aussi alternativement déclaré prendre en mariage, Tun Marie-Henriette Paradis, l'autre, Alexandre-Louis-Ernest Bure^ comte de Labenne. Après quoi, nous, Jérémie Kastter, adjoint au maire du huitième arrondissement de Paris, officier de l'état civil^ avons, en l'hôtel de la mairie, publiquement prononcé, au nom de la loi, que lesdits époux sont unis en mariage, en présence de Charles, comte de Mauret, colonel au septième régiment de chasseurs, officier de la Légion d'honneur, cinquante et un ans, rue de Berlin, 32 ; Philippe Vollmer, rentier, chevalier de la Légion d'honneur, soixante-huit ans, rue Blanche, 69 ; Louis-Ernest Segond, notaire, quarante-quatre ans, rue Laffitte, 7 ; Pierre-Casimir Robert, avoué à la cour d'appel, soixante et un ans, rue neuve des Petits-Champs, 31. Et ont, les époux, la mère de l'épouse et les témoins, signé avec nous, après lecture faite.
Pour copte conforme, Paris, le 18 septembre 1883.
Le Maire, Reynal, adjoint.
Le comte de Labenne est mort le ii février, Voici son acte de décès :
PRÉFECTURE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE
Extrait des minutes des actes de décès du VIII'' arrondissement de Paris
L'an mil huit cent quatre-vingt-deux, le onze février, à trois heures du soir, Acte de décès de Alexandre-Louis-Ernest Bure, comte de Labenne, âgé de trente-six ans, propriétaire, né à Batignolles (Seine), décéd'^ en son domicile, rue de Miromesnil, n° 69, le onze février courant, à onze heures du matin, fils de Pierre-Jean-François Bure^ décédé, et de Alexandrine-Eléonore Vergeot, sa veuve, propriétaire, demeurant à Paris, rue de Rome, 39; époux de Marie-Henriette Paradis, âgée de vingt-quatre ans, propriétaire, demeurant rue de Miromesnil, n° 69. Dressépar nous, Antoine Reynal, adjoint au maire, officier de l'état civil du huitième arrondissement de Paris, sur la déclaration de Louis-Marie Peters, âgé de quarante-six ans, propriétaire, demeurant à Paris, rue Lepic, 52, cousin du défunt; et de Louis-Auguste Dupont, âgé de quarante-cinq
ans, propriétaire, demeurant à Paris, boulevard Malesherbes, 96, ami du défunt, qui ont signé avec nous, après lecture.
Suivent les signatures.
Certifié conforme, Paris, le 19 septembre 1883.
Le Maire, Reynal, adjoint.
La liaison de Louis-Bonaparte avec Alexandrine Vergeot paraît être née des ennuis de la captivité de Ham ; un attachement plus sérieux, le seul sérieux, fut celui qu'il eut pour madame Howard ; cet attachement dura depuis 1846 jusqu'à son mariage (i). Il créa madame Howard comtesse de Beauregard, du nom du château, situé commune de la Celle-Saint- Cloud (Seine-et-Oise), qu'il lui acheta en 1849 près de ^ millions [Paris-Journal du 30 juin 1872); il en a eu quatre enfants, dont Martin- Constantin Haryett, créé comte de Béchevet
(1) «J'ai entendu dire que Mme Howard, ayant perdu 60,000 francs à la Bourse, l'Elysée avait été obligé de payer parce qu'elle menaçait de se retirer. J'ai entendu dire même qpi'il ne restait dans les caisses de TÉIysée qu'une somme modique de 263 francs. » (Déposition de Saint-Marc Rigaudie, représentant, dans le procès du Siècle. — Gazette des Tribunaux, 7 août 1851.)
en 1864, d^ ^^^ d'une ferme du château de Beauregard. Le nom de madame Howard était lui-même un nom de guerre ; voici la vérité :
« L'an mil huit cent soixante-cinq, le dixneuf août, est décédée au château de Beauregard, commune de la Celle- Saint -Cloud, Élisabeth-Anne Haryett, propriétaire, âgée de quarante et un ans^ née en Angleterre, épouse de Clarence Trelawny (i).
La Celle-Saint-Cloud, le 15 mars 1883.
Le Maire, L. Mention.
On lit dans X Indépendance belge du 22 août 1865:
« Lady Howard, qui, il y a huit jours à peine, se promenait encore dans sa voiture, ayant l'air d'être en parfaite santé, est morte, sinon subitement, tout au moins très rapidement.
« Elle a succombé à une affection qu'elle soignait depuis plusieurs mois déjà^ mais qui n'inspirait d'inquiétude sérieuse à personne.
« Elle sera très regrettée des pauvres de sa commune auxquels elle donnait beaucoup.
(1) Elle épousa Trelawny à Florence (Dictionnaire de la Conversation^ supplément, IV, 759), « union qui fut malheureuse » ; je m'en étais toujours douté.
Dans ces derniers temps on la voyait souvent porter ses aumônes elle-même. Bien qu'elle eût pris un peu d'embonpoint^ elle était encore fort belle. »
Et le Temps du 24 ajoute :
« Madame la comtesse de Beauregard (lady Howard) est morte samedi soir, après une maladie de quelques jours, en sa propriété de Beauregard...
« ]J Indépendance belge nous apprend que, peu avant sa mort, elle a voulu abjurer la religion protestante. Le curé du Chesney-lès- Versailles Ta baptisée. Conformément aux dernières volontés de la défunte, son corps sera transporté en Angleterre. Les obsèques ont eu lieu lundi matin à l'église du Chesney.
« La belle propriété de Beauregard reste à son fils au nom duquel elle avait été achetée. »
Elle ne lui resta pas longtemps ; on lit dans le Figaro du 28 février 1872 : «On visitait curieusement hier, dans les salles de l'hôtel Drouot, un superbe mobilier, qui sera vendu aujourd'hui, par suite d'une ordonnance de référé.
« Le mobilier est celui qui garnissait le château de Beauregard, habité sous l'Empire
par une personne étrangère dont on a beaucoup parlé.
« L'intérêt qui s'attache à cette quantité de meubles luxueux, de superbes tapisseries, d'objets précieux de toutes sortes, s'explique facilement... »
Et le 4 mai, le Figaro insère l'affiche suivante :
Études de M*' Pousset et Vallée, avoués à Versailles. Vente aux enchères publiques, en l'audience publique des criées du tribunal civil de Versailles, le jeudi 2 mai 1872, à midi, du domaine de Beauregard, comprenant : i® un grand château, vastes communs, belles serres; cinq maisons de gardes et concierges ; vergers, pelouses, massifs, pièce d'eau, bois taillis, garenne et châtaignerie, routes et avenues; 2° la ferme de Béchevet ; 3° la ferme ou le haras de Bellebat. Le tout formant un grand parc, clos de murs^ d'une contenance d'environ 186 hectares. Cette magnifique propriété est située commune de la Celle-Saint-Cloud, canton de Marly-le-Roi, à quatre kilomètres de Versailles, sur la route de cette ville à Bougival. Mise à prix, 1,200,000 francs. S'adresser pour les renseignements : A Versailles, 1° à M® Pousset, avoué poursuivant la vente , demeurant
rue des Réservoirs, 14; 2° à M® Vallée, avoué présent à la vente, demeurant place Hoche, 7 ; à Paris, 1° à M*" Denormandie, avoué, demeurant boulevard Malesherbes, 42 ; 2° à M® Lacomme^ avoué, demeurant rue Saint- Honoré^ 350; 3° à M** Lamontagne, notaire, demeurant rue Thérèse, 5 ; 4° à M« Potier de la Bertellière, notaire, rue du Faubourg-Saint- Honoré, 5 ; 5° à M® Grandjean, séquestre judiciaire de la propriété, rue de la Visitation, 2, faubourg Saint-Germain ; 6-^ à M® Desmaretz, banquier, rue de Provence, 46; et à Beauregard, au garde, grille de la route du Chesney.
Le château de Beauregard appartient aujourd'hui au baron Maurice de Hirsch.
Le fils de Mme Howard, le comte de Béchevet, a été quelque temps attaché au ministère des affaires étrangères ; le 4 mars 1867, il vend devant M^ Lentaigne, notaire à Paris, un terrain rue du Bel Respiro, au coin de l'avenue Friedland, qu'il tenait de sa mère [Petites Affiches du 10 mai); il épouse une Hongroise, née Knusli ; à la date du 28 mars 1874, je le vois demeurer à Londres (Pe?///^s Affiches au 16 mai). L'Evénement au 17 janvier 1881 parle de sa femme ainsi qu'il suit :
« La comtesse de Béchevet a donné, hier soir, une grande fête dans ses beaux appartements de la place Vendôme.
« Mme de Béchevet est une des plus jolies blondes de la haute société parisienne.
« Elle parle toutes les langues et chante comme un rossignol.
« La réunion nombreuse et brillante comprenait plusieurs membres du corps diplomatique et le dessus du panier des membres du Jockey-Club. »
En 1883, Mme de Béchevet est la maîtresse du général de Galliffet ; elle demeure avenue Montaigne, 6, quand elle marie sa fille à M. de Ratisbonne, à Saint-Just (Oise). (Publications du 2 décembre 1888.)
Devenu Empereur, Napoléon III a eu des maîtresses sans nombre. Disons ici que l'enfant dont il a été question dans Taffaire Marguerite Bellanger n'est pas de celle-ci, mais est bien de l'Empereur. Voici au surplus son acte de naissance :
PRÉFECTURE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE
Extrait du registre des actes de naissance du huitième arrondissement de Paris.
Année 1864
Du vingt-six février mil huit cent soixantequatre, à dix heures du matin.
Acte de naissance de Charles-Jules-Auguste- François-Marie, présenté et reconnu être du sexe masculin, né à Paris, rue des Vignes, 2j, le vingt-quatre du courant, à dix heures et demie du soir^ fils de père et mère inconnus, le déclarant ayant affirmé sur interpellation à lui faite, ignorer les noms et le domicile de cette dernière.
Déclaration faite devant nous, adjoint au maire du huitième arrondissement de Paris, délégué, officier de Tétat civil, par Claude- Marie-Charles Frémy, docteur en médecine, chevalier de la Légion d'honneur, âgé de quarante-sept ans, demeurant rue de Berlin, 9, présent à l'accouchement, assisté de Charles Giraud, artiste peintre, chevalier de la Légion d'honneur, âgé de quarante-cinq ans, demeurant rue du Centre, 17, et de Victor-Jean- François Mangnier, caissier, âgé de vingt-neuf ans, demeurant rue Richepanse, 8, lesquels et le déclarant ont signé avec nous après lecture faite.
Signé : Ch. Frémy, Ch. Giraud, J. Mangnier, A. Grouvelle.
Cet enfant porte le nom de Bellanger; l'Empereur lui a acheté le château de Monchy, commune de Liancourt-Rantigny (Oise).
Un procès récent nous a appris [Débats du I*"" mars 1887) que la comtesse de Molen de la Vernède, née Chanteaud, était fille de Napoléon III ; elle demeurait à Paris, avenue de rOpéra, 5, quand elle fit prononcer le divorce par le tribunal de la Seine le 21 avril 1887 [Petites Affiches du 1 8 août ; Débats du 22 avril), son mari purgeait alors sa condamnation à Riom.
Je serai aussi sobre sur le compte d'un autre enfant de TEmpereur, Jules- Adrien, né à Paris le 26 janvier 1865, lequel demande le 20 décembre 1883 à s'appeler Hadot.
Il était fils de Fanny-Valentine Haussmann, fille du.préfet de la Seine, mariée peu après (les publications sont du 23 février) à Joseph- Maurice, vicomte Pernetty, séparée de corps par jugement du 21 juin 1883, divorcée en janvier 1887. [Débats au 13.)
Je serai plus explicite sur les rapports de Napoléon III avec Mme Walewska, d'où est née Mme Matheus.
«L'Empereur est toujours aussi occupé de « Mme Walewska » , dit lord Malmesbury
Mémoires d'un ancien Ministre^ 1885, à la date du 15 novembre 1857, p. 251, et Vielcastel ajoute (Mémoires ^ IV, 224^ 335-8) :
II janvier 1858.
Parmi les jeunes femmes, presque toutes visent à captiver l'Empereur, et comme l'Empereur est peu discret^ on sait bien vite quelle est sa maîtresse.
Mme Walewska règne en ce moment, mais elle craint un retour de Mme de Castiglione (i) ; elle se cache aussi peu que possible de sa faveur, car elle promet à beaucoup de gens son appui près de l'Empereur. Il y a quelque temps, elle est allée voir l'Impératrice et lui a dit avec la plus superbe des roueries :
« Je me vois forcée de demander à Votre « Majesté de ne plus m'inviter à ses soirées « particulières, car dans le monde on m'accuse « d'être la maîtresse de l'Empereur et je ne veux « pas que cette calomnie me nuise dans l'esprit « de Votre Majesté ; qu'EUe m'éloigne donc de « sa personne jusqu'à ce que tous ces vilains « bruits soient apaisés. »
(l) La Belle et la Bête (en sculpture Marcello); c'est elle qui disait à son voisin dans un concert : Dites-moi donc quand il faut applaudir, car je n'y entends rien.
L'Impératrice, très émue, l'a embrassée et l'intimité est devenue plus grande.
Le 24 mars, Mâlmesbury parle (p. 262) de « TEmpereur, que Ton croit être encore sous l'influence de Mme Walewska » et Vielcastel
ajoute (IV, 307) :
29 juin 1858,
La comtesse de Castiglione revient à Paris, le retour cause quelques appréhensions aux titulaires et aux postulantes des faveurs particulières de l'Empereur.
La comtesse Walewska n'est pas sans inquiétudes , les désintéressées sont fort réjouies de ce retour qui peut amener des complications amusantes.
28 octobre 1858.
... La princesse Mathilde a dit combien elle regrettait dans l'intérêt de Walewski la publicité donnée au cadeau que TEmpereur lui a fait d'une terre rapportant cent mille francs dans le département des Landes. « Ce cadeau, a ajouté la princesse, rend Walewski presque impossible, je reçois d'Allemagne des lettres qui témoignent du discrédit dans lequel il est tombé depuis qu'on le suppose payé comme mari de la favorite, et Dieu sait qu'il ne se
doute pas de l'infidélité de sa femme. Marianne est une véritable petite rouée qui a su, tout en couchant avec. l'Empereur, se faire l'amie de l'Impératrice, mais elle a une peur bleue de son mari, et je mettrais ma main au feu que Walewski ignore tout. »
Chaumont Quitry n*a pas été de cet avis ; il a répondu à la princesse :
« Votre Altesse Impériale est, je crois, dans Terreur la plus complète ; l'ignorance de Walewski est une comédie; je l'ai vu, de mes yeux vu, dans le parc de Villeneuve, tourner la tête et rebrousser chemin lorsqu'il entrevoyait dans une allée l'Empereur et sa femme. Mais j'ai vu mieux que cela cette année à Cherbourg.
« Un matin, Walewski et moi^ nous nous trouvions dans une pièce qui précédait la chambre de l'Empereur. Mocquart arrive pour parler à son souverain, il ouvre la porte sans frapper, puis recule stupéfait et tombe dans mes bras ; parla porte ouverte, j'avais pu voir madame Walewska aux bras de l'Empereur, et Walewski, placé à côté de moi, a du voir tout ce que j'ai vu. »
La princesse Mathilde, malgré cela, ne peut croire Walewski assez dégradé pour supporter le déshonneur /^^^.
« Je sais, a-t-elle repris, que l'Empereur est très imprudent, qu'il ne se gêne guère et que Tannée dernière à Compiègne comme nous étions tous en chemin de fer dans le wagon impérial divisé en deux compartiments, Mme Hamelin et moi avons été témoins des entraînements amoureux de Sa Majesté pour Marianne Walewska.
« Mme Hamelin et moi étions assises contre la porte battante qui sépare les deux compartiments. L'Empereur était seul d'un côté avec Marianne ; l'Impératrice, Walewski, tout le monde enfin se trouvait dans l'autre compartiment. La porte battait par le mouvement même du wagon et nous a permis de voir mon très cher cousin à cheval sur les genoux de Marianne, l'embrassant sur la bouche et plongeant une main dans son sein.
« D'ailleurs l'Empereur ne dissimule pas beaucoup, il n'est point tout à fait indiscret, ainsi il ne parle jamais le premier de ses bonnes fortunes, mais si on l'interroge, il répond franchement. L'année dernière, à un bal des Tuileries, je le voyais soucieux et je lui en demandai la cause, fai fort mal à la tête, me dit-il, ci de plus je suis poursuivi par trois femmes.
« Comment, lui répondis-je, pouvez-vous vous donner ce tracas, trois femmes, c'est une folie !
« Taiy voyei'voiis, reprit l'Empereur, la blonde du re^^-de-chaussée dont je cherche à me défaire (Mme de la Bédoyère).
^Tai ensuite la dame du premier (la comtesse de Castiglione) qui est sans doute fort belle, mais elle est insignifiante et insipide, elle m*assomme.
« fai encore la blonde du second (Mme Walewska), qui celle-là est en chasse de moi et me poursuit.
« Mais l'Impératrice ? objectai-je.
« L Impératrice , vue dit l'Empereur,/^ lui ai été fidèle pendant les six premiers mois de notre union, mais fai besoin de petites distractions et je reviens toujours à elle avec plaisir, »
Le soir après cette conversation, en revenant à Paris, Quitry me disait qu'il avait quelquefois surpris l'Empereur en bonne fortune, que dans ces cas-là l'Empereur le salue et tire sa moustache, que lui en fait autant sans rire, tous deux avec la gravité des chantres entonnant l'Epitre et que tout est dit...
« Soyez certain, a ajouté Quitry, que malgré tout ce que peut penser la Princesse sur
rhonorabilité de Walewski il est complice de sa femme. Il était presque démoli, il y a deux ans, par Persigny, Fould le détestait ; d'un autre côté, madame Walewska avait des dettes criardes ; aujourd'hui la position dç Walewski est raffermie et les dettes criardes de madame Walewska sont éteintes ; tout n'est-il pas pour le mieux ? »
« L'Empereur, dit lord Malmesbury (p. 290) à la date du 25 mai 1859, fait des parties de campagne avec madame C... (Castiglione) », et on fait la campagne d'Italie !
Viekastel note encore (V, 32 ; VI, 10) :
8 mars 1859.
Mme Walewska et l'Empereur s'affichaient hier soir mutuellement ; leurs causeries étaient remarquées. L'Empereur est resté jusqu'à six heures du matin, et il a dansé le cotillon avec la comtesse, ce qui ne Ta pas empêché de coquetter avec Mme Gré ville.
Au premier souper, l'Empereur était assis entre la princesse Marie de Baden et Mme Walewska.
La princesse Marie a entendu la comtesse Walewska faire une scène de jalousie à l'Empereur à propos de Mme Gréville,elle le tutoyait!
5 janvier 1860.
Mme Walewska est toujours en faveur et c'est véritablement elle que l'Empereur récompense en la personne de son mari : 1° une belle et bonne terre dans les Landes; 2° une place de sénateur, 30,000 francs ; 3° membre du conseil privé, 100,000 francs; plus une intervention armée dans l'acquisition du château d'Étiolés.
« J'ai trouvé Mme Walewska plus en faveur
que jamais », dit lord Malmesbury à la date
du 6 avril 1861 (p. 315)^ et Vielcastel répond à
l'unisson (VI, 132, 140) :
24 juin 1861.
Près de FEmpereur, elle (l'Impératrice) se plaît à reoiplir le rôle que Mme du Barry remplissait près de Louis XV, elle se fait l'amie des femmes que distingue l'Empereur, elle favorise leur commerce avec son époux, elle les pousse jusque dans ses bras pour obtenir par elles un peu plus d'influence.
Mme la comtesse Walewska , la sultane
Validé la plus persistante, est sans cesse auprès
d'elle.
22 novembre 1861.
Walewski est fort ébranlé; le crédit de sa
femme est anéanti, elle a passé au rang des
sultanes réformées (la suite ne peut pas être
citée).