SECRETS
De la complexion du corps humain.
A complexion, comme dit Auicenne, est vne qualité qui vient ou procédé de l’action et passion des qualitez contraires trouuée és élemens. Qui voudra parfaitement entendre ladite définition, et comment les actions et les passions agissent entre-elles par ensemble, qu’il lise ledit Auicenne au premieç livre, parag. premier, doctrine troisième, chapitre premier. Il falloit dire cecy premièrement, afin que nous ne disions aucune chose qui n’appartienne à l’affaire. Comme du nombre quartenaire des elemens, des premières qualitez, des actions mutuelles d’iceux, lesquelles on doit sçauoir par la Philoso-
phie naturelle. Certes nous ne voulons pas faire cela, mais en tant qu’il touche aux estoilles et aux genitures, nous voulons dire la raison, quand nous aurons conneu la complexion de quelqu’vn, et par quelles estoilles et Planettes elle est faite, tellement que celuy soit plus enclin à vne chose que l’autre. Exemple. Quelqu’vn est sanguin, mais il bat les autres : et est rauisseur, cruel, qui ne demande qu’à tuer, qui sont vices lesquels peu souvent sont trouuez en vn de complexion sanguine : je conjecture que tel homme a Saturne ou Mars en l’horoscope de sa natiuité. Nous mettrons apres la nature de chacune des Planettes. Et pour ce que la Chiromance, et la Physionomie servent et aydent grandement, nous les auons descrites cy après et ainsi les auons entremeslez, selon qu’il nous a semblé estre necessaire.
Des choses qui font bonne ou mauvaise complexion.
La nature de bonne ou mauuaise complexion , consiste en trois choses , comme dit Albert le Grand, tres-scavant és choses naturelles : c’est à sçauoir en deue et iuste grandeur de corps, en belle ordonnance des membres, et en la beauté de la couleur. Il sera permis par ces choses de conjecturer la noblesse et l’honnesteté de la complexion, soit au sang, soit au flegme. Derechef nous connoistrons la mauuaise disposition, si le corps est trop gras, trop
maigre, ou trop renfroigné, ou excessiue ment gresle ou fort crasleux et ord : lesquelles choses estant en l’homme le font melancholique, colérique, ou flegmatique.
Certainement la grosseur procédé et vient de grande froideur et abondance d’humeur. La maigreur procédé de chaleur et de seicheresse. La crasse ou ordure, vient du froid et d’humeur, qnoy qu’autres soient d’opinion contraire. En apres, le froid et l’humeur engendrent le flegme, la chaleur et la seicheresse font la colere, et la froideur et la seicheresse engendrent la melancholie.
De l'égard qu’on a de la complexion par la couleur.
La couleur ayde à la disposition corporelle, et est diuisée en trois, car il y en aune aux cheueux, l’autre en la peau, et latroisiesme aux yeux. Dequoy Aristoteles parle beaucoup. Si toutes couleurs sont comprises et contées en vne, elles consistent en égalité, comme le blanc mélé au rouge procédé de l’abondance des humeurs, ou bien d’inégalité, et s’accordent de trauers : mais plus noble est cette couleur qui consiste de l’égalité des humeurs. Et si tu en veux scauoir la différence, elle consiste au nombre senaire. La première est de blanc et rouge : la seconde noire : la 3 de couleur d’or : la 4 de couleur verde, ayant vn peu de blanc meslé : la 5 blanche, et la 6 ronce. Les bouts sont de blanc et
noir. Les autres sont moyennes qui sont meslées en partie de blanc, et de noir en qualité.
La meilleure toutesfois est celle qui est faite de blanc et de noir, comme dit Galienus. Leurs connoissances sont telles : le blanc entremeslé de rougè, et les joués enflées, dénotent le sang : le blanc demonstre le flegme : le pasle la melancholie : le brun, noirastre, et noir, signifie la colere.
Pour connoistre la complexion par la couleur des cheueux.
COMBIEN que quelques autheurs disent que la nature des cheueux est donnée seulement pour ornement, il ne nuit aucunement: parce que cela adiouste quelque beauté à la nature. Neantmoins la conjecture n’est pas du tout ostée, veu que nous pouuonsprouuer par plusieurs argumens le semblable touchant la complexion. Exemple. Les hommes sans cheveux et sans barbe, sont bénins, ou flegmatiques : et les noirs et ayans les cheueux noirs, sont fort colériques ordinairement. Certes il y a quatre couleurs communes, c’est à sçauoir le noir, le rouge, le verd meslé de blanc, et le blanc : le verd meslé de blanc, procédé d’humeur melancholique :
la blancheur vient de faute de chaleur naturelle, et du flegme pourrissant : la rougeur demonstre le sang : la noircaur,
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dénoté la colère : la verdeur entremeslée de blanc est signe de mélancolie, et la blancheur demonstre le flegme. Pourquoy est-ce que le rouge est plus estimé que le noir? pource que la complexion du sang est plus noble que celle de la colere. Et est ce corps très bon (comme dit Galien) qui est vn peu mol, orné de cheueux rouges, combien que Constantin soit d’opinion fort contraire, et estime plus le noir pource qu’il est plus fort et plus perma- :nent, et aussi pour l’aide qu’il fait. Car de ‘tant plus vne superfluité est nuysible, d’autant plus profite et est auantageux si on la rejette, ou chasse. Comme la colere en- :flammée, et le sang brûlé, nuisent plus ique le sang qui n’est point brûlé : et s’il aauient qu’on le repousse et chasse, les chelueux deuiendront noirs, non pas rouges : lia noirceur donc est plus à estimer que la rrougeur. Aucuns ayment et loüent plus la ccouleur tirant vers l’or, auec la noirceur aaux yeux. Nous laissons l’vn et l’autre.
Certainement l’opinion d’Albert est que i>a tres-bonne couleur, dénoté tres-bonne L'omplexion du cerveau, c’est à sçauoir t:haude et humide. Combien que és œuures naturelles la chaleur et la seicheresse soient ralus convenables et plus propices, pour ::omprendre quelque chose ; car cela vient de chaleur, que nous comprenons bientost uucune chose et de la seicheresse procède .a mémoire et la fermeté de retenir, le mou- Liement etl’exercitation viennent de la cha-
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leur ; le repos et la tranquillité procèdent de froid.
Par quoy il comprend auec raison^ que la seicheresse est plus propre et convenable à la complexion du cerveau que l’humidité.
Car certainement nous voyons, que ceux qui ont le cerveau humide, sont hebetez et ont l’esprit grossier et lourd, et sont grands dormeurs, tardifS;, et lourdauts:
mais le cerueau qui est sec, fait les gens vifs, ingénieux, vigilans, et sobres. On pourroit comprendre plusieurs choses des cheveux, quant à la complexion, mais c’est assez pour maintenant.
De la complexion du Colérique.
La chaleur et la seicheresse font la complexion Colérique. A cette cause ceux qui sont chauds et secs, sont appeliez Colériques. Ils sontconneus àleur Physionomie, et à l’horoscope de leur nativité. Quant à leur Physionomie , ils ont les membres longs et gresles : parce que leur humeur est éteinte et estouffée par la chaleur et la seicheresse. Ils ont aucunes fois les cheveux crespus, et parfois pleins et noirs: et aussi quelquesfois rouges et durs, et tout cela vient de l’abondance de chaleur. Ils ont les yeux profonds, le nez aigu, ou pointu, la face citrine, la parole soudaine, la poitrine large et cheueluë, ce qui sort de leurs corps est brûlé, et sont
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velus iusques aux yeux . Ils ont la voix pénétrante et résonante, le poulx dur et fort soudain, et cheminent vistement. Ils ^s’enyvrent ordinairement , pour cause jqu'ils ont l’estomach et le cerveau bien cchaud. Ils ne dorment que bien peu, et ssont enclins à la friandise, ils ont aussi les ■yeux citrins, la bouche amere, la langue .aspre, des douleurs d’estomach, des alteraitions, et envies de boire, et ont soudain les ’-yeux ébloüis. En leurs songps et visions mocturnes, ils voyent des feux allumez, des flammes, des choses modes, de sang, de PToises, des tueries, et des meurtres. Nous avons parlé iusques icy de la Physionomie du corps. Toutesfois ils ont courage hardi, orompt à se courroucer, et sont facilement appaisez, écoutent volontiers pour apprendre, et ont bon entendement , ils sont lOyaux, liberaux, donnans volontairement, i.aloux, amateurs de iustice, se coupans de .eur langue quand ils se courroucent. Gerces la grande chaleur de leur sang ne peut ciermettre qu’ils disent leurs paroles par )irdre. Quoy qu’il y en ait quelques-uns [[ui se sont tant trauaillez et essayez lontinuellement ; qu’ils peuuent dissimuler plusieurs choses semblables; néant moins la laine teinte, ne peut changer sa ■ ouleur; comme nous pouvons euidemment iippercevoir , Car toute chose qui est attirée ou amaslée outre le naturel, ne peut- ;.stre long-temps dissimulée.