‹ Les Seigneurs de MarlyChapitre 38 sur 90 · BOUCHARD I" DE MARLY · texte numérisé non relu

BOUCHARD I" DE MARLY

SEIGNEUR DE MARLY, MONTREUIL-BONIN, PiCAUVlLLE, SAISSAC ET SAINT-MARTIN (l205- 1220)

Après la mort de son père, Bouchard b^ du nom lui succéda dans les seigneuries de Marly, Montreuil- Bonin et Picauville. Les seigneuries de Saissac et de Saint-Martin, situées en Languedoc, lui furent données par suite de sa participation à la croisade contre les Albigeois et des services qu'il rendit dans cette guerre.

Il avait épousé Mathilde de Ghâteaufort, sœur aînée de Mabille, et fille de Guillaume de la Ferté et de Constance de Châteaufort ^

I. Mathilde de Ghâteaufort était dame de Magny-les-Hameaux, qu'elle apporta en dota son époux. Cette seigneurie relevait en tief de Marly, par suite de cette alliance.

Le premier acte où il est fait mention de Bouchard comme sire de Marly est du mois de juin 1209, il contient la donation faite à Tabbaye de Saint-Denis, de tout ce qu^il avait à Rueil en fief de Mathieu de Montmorency, son cousin, et son seigneur suzerain, du consentement de Mathilde de Garlande, sa mère, de Mathilde, sa femme, et de Mathieu et Guillaume ses frères.

Mathieu de Montmorency approuva cette donation.

Uun des faits les plus retentissants du xiii^ siècle est la guerre d^extermination connue dans Thistoire sous le nom de croisade des Albigeois. A cette époque, la France féodale était divisée en provinces, en seigneuries, en comtés, ducfiés, fiefs, etc., qui ne relevaient aucunement du roi de France et dont les possesseurs, sous la forme d'un hommage parfois accompli d'une manière hypocrite, à son égard, «u fond se déclaraient indépendants de la couronne.

Les provinces du Midi se trouvaient particulièrement dans ce cas, et étaient régies, comme du reste presque partout en France , par leurs seigneurs féodaux.

De plus, la civilisation, les arts, les sciences, l'industrie, étaient plus florissants dans ces riches provinces méridionales. Les lettres aussi y étaient cultivées avec amour et accueillies avec faveur : de là la jalouse intervention de la froide barbarie du Nord. Il faut lire les historiens qui ont écrit cette guerre et les atrocités révoltantes qui y furent commises. Encore aujourd'hui, un | sentiment d'horreur et de désapprobation s'empare de j l'écrivain consciencieux appelé à retracer ces crimes et I ces iniquités.

Les seigneurs de Marly ont pris part à cette guerre^

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et, fidèle à notre plan, nous n'entreprendrons pas ici d'écrire une histoire de cette croisade, nous en indiquerons les causes avec impartialité afin que l'on sache pourquoi Bouchard et Mathieu de Marly intervinrent dans ce conflit.

L'hérésie des Albigeois provint du luxe effréné et de la licence des chanoines, des évêques et des prêtres qui malheureusement, oubliant les préceptes du divin Maître, provoquèrent de la part d'hommes intègres et amis de la religion des réclamations, des réformes. Perdant par suite le respect dij à cette hiérarchie et à la foi religieuse, et fatigués de ne plus avoir de croyance, ils se mirent à la recherche des préceptes divins et de quelque chose qui pût remplacer pour ainsi dire la foi qu'ils avaient perdue. L'esprit humain suivit ce mouvement dans ces pays où déjà plusieurs sectes religieuses s'étaient formées, opposant leurs erreurs à la pure doctrine du Sauveur des hommes et sapant la conduite des indignes ministres de Jésus-Christ. Des le xi® siècle les Manichéens et les Priscilliens avaient propagé leur doctrines et leurs hérésies en France et ils avaient de secrets adeptes dans le Midi ; malgré plusieurs conciles qui les avaient condamnés, malgré que beaucoup de ces hérétiques eussent déjà été brûlés vifs, ces erreurs se propageaient d'une manière alarmante pour l'église catholique. Pierre de Brueys et Henri, son disciple, tous deux anciens religieux, peut-être jaloux de la puissance de leurs supérieurs, ou hommes de bonne foi et se plaignant du relâchement de la discipline et des abondantes richesses des monastères, furent les chefs de cette église nouvelle qui allait se fonder et se séparer de l'église romaine.

L'un et l'autre ayant prêché avec des succès prodi-

frieux dans le Dauphiné et la Provence, se dirisèrent vers Narbonne, et partout sur leur passage soulevèrent les populations.

Pierre, abbé de Cluni, écrivit à Guillaume, archevêque d^Embrun et aux évêques de Dié et de Gap : « On a vu, par un crime inouï chez les chrétiens, rebaptiser les peuples, profaner les églises, renverser les autels, brûler les croix, fouetter les prêtres, emprisonner les moines et les contraindre à prendre femme et à se marier par les menaces et les tourments. » Pierre de Brueys, ayant prêché pendant près de vingt ans, fut enfin brûlé vif par les habitants de la petite ville de Saint-Gilles où il s'était retiré avec Henri, en 1147, et cela pour le punir des croix quHls avaient brûlées. Le plaisir de ces deux anciens moines était d'abattre toutes les croix qu'ils trouvaient, et, les réunissant en un monceau, d'y mettre le feu. Quelle démence ! et à combien d'excès le fanatisme religieux et l'intolérance systématique n'ont-ils pas conduit les hommes à qui le pouvoir se trouvait parfois dévolu par un caprice des populations. Pour terminer avec ces deux fanatiques, disons qu'un jour de Vendredi- Saint, et par une dérision inouïe, ils imaginèrent de se servir d'un de ces bûchers faits avec des croix, pour faire cuire de la viande dont ils mangèrent publiquement, en exhortant les habitants à suivre leur exemple.

L'on comprend combien de tels excès durent alarmer les évêques et le pape. Cette hérésie faisait toujours de grands progrès, et la ville d'Albi, capitale du Languedoc, embrassa la nouvelle doctrine. Ces sectaires niaient le baptême et les formes du culte quant à la matière, n'adoraient pas la croix comme étant de l'idolâtrie, et ne reconnaissaient pas la messe ni les prières des morts en la

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forme catholique. Ils prirent après la mort de leurs chefs le nom d'Henriciens.

Kn I 147, le pape Eui^ène III vint en France pour prêcher la croisade en Terre-Sainte, et éprouvant les craintes les plus vives pour Tétat de la religion dans le Midi de la PYance, envoya à Toulouse le cardinal, évèque d'Ostie, en qualité de légat, accompagné de (leoÇroy, évèque de Chartres, de quelques autres évéques et de saint Bernard, abbé de Clairvaux, pour aller prêcher et reconquérir à la foi catholique ce pays oià les églises étaient sans fidèles, les peuples sans prêtres et les prêtres sans ministère.

Les évêques et saint Bernard obtinrent quelques conversions, et les seigneurs et les chevaliers du pays s'engagèrent par promesse à châtier les Henriciens. Le légat croyant porter le dernier coup à ces hérétiques les excommunia, et ils continuèrent leurs exhortations et leurs prédications avec plus ou moins de succès sur ces hérétiques obstinés; Henri, leur chef, redoutant quelque embûche, refusa d'avoir une entrevue avec saint Bernard, et à mesure que celui-ci s'avançait, Henri se reti, rait. Quoique cela quelques mois après le départ du saint, Henri, livré à Tévêque de Toulouse, fut conduit à Reims devant le concile tenu, en 1 148, par Eugène III, pape. Il eut la vie sauve, mais condamné à une prison perpétuelle; il mourut peu de temps après sa condamnation. Les conciles de Toulouse, de Tours, de Lombers et de Gharroux, eurent peu de résultats, et tout en con- . damnant ces doctrines ne purent extirper cette religion nouvelle.

A Lombers, en i i65, au concile convoqué par Guillaume , évêque d'Alby, auquel assistèrent un grand

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nombre d'évêques et d'abbés, de seigneurs, et même Louis VII, roi de France, les Henriciens déclarèrent n'adopter que le Nouveau Testament , et refusèrent d'entrer en explication sur les points de la doctrine catholique qu'ils rejetaient. Toutefois sortant d'une certaine réserve, ils s'élevèrent avec force contre l'immoralité du clergé : « Nous refusons^ dirent-ils, d'obéir à des évêques qui n'ont aucune des qualités prescrites par l'apôtre saint Paul ; qui sont des loups ravissants, des hypocrites, des séducteurs , des mercenaires parés d'habits blancs et d'anneaux d'or, et qui en tout ressemblent aux faux prêtres qui livrèrent Jésus-Christ à ses bourreaux. » Après les débats et les interpellations, les sectaires furent condamnés, et tous les évêques et les membres du concile approuvèrent cet acte et y mirent leur sceau.

En l'année 1 179, le concile de Latran excommunie les hérétiques. Les menaces et les mesures de rigueur y sont aussi mises en usage-, ainsi il y fut décidé que les hérétiques n'auraient pas la sépulture parmi les chrétiens, on lit ceci dans le préambule de ce concile : « Bien que l'Église rejette les exécutions sanglantes, elle ne laisse pas d'être aidée par les lois des princes chrétiens, la crainte du supplice fait quelquefois recourir au remède spirituel. » Les hérétiques portèrent plusieurs noms, suivant leur pays^ mais vers l'année 1208, toutes ces dénominations diverses s'étaient fondues en celles de Vaudois, et généralement d'Albigeois.

La contagion était devenue telle à cette époque, que les barons du pays favorisaient les hérétiques et leur donnaient asile \ mais aussi un adversaire redoutable allait se trouver face à face avec cette hérésie et l'étoufter momentanément et par place, dans des flots de sang,

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dans la fa mec des incendies et des flammes des bûchers inquisitoriaux. Cel adversaire c'était le pape Innocent III, dont la volonté implacable s'attachait à ce qu'elle poursuivait, comme le feu qui dévore.

Il institua tour à tour des moines pour ses légats et les éleva au-dessus des évêques de ces pays. Ces légats avaient du pape des pouvoirs illimités, et pouvaient à leur gré déposer ou suspendre les archevêques et les évêques tièdes en leur foi, et exiger d'eux une obéissance absolue telle qu'ils la devaient au pape lui-même, excommunier les princes et les seigneurs récalcitrants, confisquer leurs terres, soulever les peuples pour la défense de l'Eglise, et enfin promettre à ceux qui s'enrôleraient sous sa bannière les mêmes indulgences que pour les croisades de la Palestine. Cet appareil de terreur effraya les esprits, mais fut loin de les convaincre.

Le pape écrivit à Raymond VI, comte de Toulouse : « Sachez que nous enjoindrons à tous les princes voisins de s'élever contre vous, comme contre un ennemi de Jésus-Christ, et que nous autoriserons chacun d'eux à retenir toutes les terres dont il pourra s'emparer sur lui, afin que le pays ne soit plus infecté d'hérésie sous votre domination. » Et de fait, le comte de Toulouse, le comte de Foix et le vicomte de Béziers furent les soutiens les plus exaltés des Albigeois; exaltation que la perfidie et la cruauté des seigneurs croisés contribuèrent à pousser au plus haut degré ^

Peu de temps après les lettres du pape au comte de Toulouse, le légat Pierre de Castelnau fut assassiné le 1 5 janvier 1 208 sur les bords du Rhône, auprès de la petite

I. Histoire des villes de France, par iVI. Aristide Guilbert, articles des villes de Toulouse, Béziers, Foix, Garcassonne, etc.

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ville de Saint-Gilles. Cette mort lit plus que toutes les prédications pour soulever la France catholique. Une croisade fut résolue et. le rendez-vous fixé à Lyon. Près de cinq cent mille hommes s y réunirent , et parmi ■ les chefs se trouvaient Eudes de Bourgogne, commandant l'armée en chef; Hervé, comte de Nevers ; le comte de Saint-Pol ; Guy de Beaujeu, comte de Bar-sur- Seine; Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou ; Gaucher de Joigny, Pierre Mauvoisin; Guy de Lévis; Bouchard et Mathieu de Marly; Simon de Montfort, comte deLeycester; les archevêques de Rouen, Sens et Reims; les évêques de Paris, Bayeux, Lisieux, Chartres, Clermont, Nevers, Autun, du Puy, et le comte Guy d'Auvergne , commandant deux corps d'armée venus de l'Agenais et du Velay. Les seigneurs Bertrand de Cardailhac; de Castelnau; de Montratier; le vicomte de Turenne; Tarchevêque de Bordeaux; les évêques de Bazas, de Limoges, de Cahors et d'Agen rejoignirent l'armée des croisés, en 120g. Plus tard, des bandes flamandes, lorraines, de Lombards, d'Allemands, de Bretons rejoignirent les bandes de Français, de Normands, de Bourguignons, d'Auvergnats et d'Aquitams parties les premières à la croisade. Les croisés portaient une croix sur la poitrine, tandis que ceux de la Terre-Sainte la portaient sur l'épaule, et la guerre des Albigeois, contrairement aux règles de Tart militaire, commença par des sièges et finit par des batailles ^

1. Les abbis de CLfteaux et des \'aux-de-Cernay, et saint Dominique, de l'illusire maison de Guzman, assistaient aussi à celte expédition, et se tirent remarquer soit par leur fanatisme et leur cruauté, soit par la bonté du saint, éclatant contraste des ditVérents effets de la religion !

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Jamais, au dire de Mathieu Paris, Ton n'avait vu une aussi i^rande armée, cela est concevable .pourtant, en réfléchissant que cette izuerre était une sorte de pèlerinage pour remettre les péchés de ceux qui Tentreprenaient, qui n'étaient tenus de n'y rester que quarante jours, et pour comble d'avantage sans passer les mers, comme pour la croisade en Terre-Sainte. Les mêmes indulgences étaient attachées à cette expédition, voilà sans doute ce qui accrut si fort la foule des pèlerins et des guerriers. La religion et Fanlagonisme du Nord contre le iMidi, Tespoir du lucre et du butin, le fanatisme et peut-être aussi l'amour de guerroyer entraînaient sous ces divers aspects un demi-million d'hommes à la ruine et à la dévastation des plus beaux et des plus féconds pays de notre F>ance.

A présent que nous savons pourquoi et par quelle suite d'événements cette guerre fut allumée, et laissant de côté les événements de cette croisade où les seigneurs de Marlv n'ont pas figuré, et que nous engageons nos lecteurs à lire dans les auteurs qui ont écrit au long cette histoire, nous nous attacherons principalement aux faits où les Montmorency se trouvent mêlés avec la bravoure attachée à leur nom *.

Bouchard de Marly n'assista pas aux sièges de Béziers, Carcassorine et Toulouse; fait prisonnier au début de cette guerre, en poursuivant les hérétiques devant la ville de Cabaret, il resta seize mois enfermé dans la forteresse de- cette ville.

Le 22 juillet 1210, Mathilde de Garlande se trouvait

I. \'oyez Guillaume de Puviaurens. Doin Vaissette, Histoire du Languedoc, la Chronique de Pierre, abbi de Cernay, la Chronique des Albigeois, etc. .^

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avec les croisés à Minerve qui venait d^être prise d'assaut. Il y avait dans cette malheureuse ville beaucoup d'hérétiques opiniâtres, et environ cent quarante d'entre eux, condamnés à être brûlés vifs, avaient été renfermés dans deux maisons : Tune occupée par les hommes et l'autre par les femmes. Guy, abbé des Vaux-de-Cernay , les ayant inutilement exhortés à se convertir, Simon de Montfort les condamna à mourir par le feu. Cette sentence fut immédiatement exécutée, Ton construisit un immense bûcher sur lequel les malheureuses victimes vinrent se jeter d'elles-mêmes avec un courage et un enthousiasme indescriptibles. ^ Toutes périrent à l'exception de trois femmes que Mathilde de Garlande, émue de compassion, sauva et s'empressa de réconcilier avec l'Eglise.

Bouchard, à peine délivré, alla retrouver à Gastelnau le comte de Montfort, celui-ci le prévenait que son château de Saint-Martin avait été occupé par le comte de Foix et le mandait en toute hâte. Le sire de Marly fit diligence, et passant par Lavaur et Saissac, il arriva bientôt à Gastelnau où Simon l'attendait, et se joignit à lui pour faire le siège de la ville de Lavaur *. Gette place, quoique vaillamment défendue , ne put longtemps tenir contre la valeur militaire des assiégeants. Ceux-ci entrèrent en vainqueurs dès que la brèche fut praticable. Ils y prirent quatre-vingts chevaliers toulousains qu'ils y trouvèrent, parmi lesquels était Amaury de Montréal, et le noble comte (Montfort) arrêta de les pendre tous à un gibet. Mais quand Amaury, le plus considérable d'entre eux, fut pendu, les fourches patibulaires qui par la trop

I. Chronique de Pierre de Vcuix-de-Cer)iay. \oyez l'Histoire de France dQ MM.. Henri Bordier et Edouard Charron, t. I, p. ?io.

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grande hâte n'avaient pas été bien plantées en terre étant venues à tomber, le comte, voyant le grand délai qui s'ensuivait, ordonna qu'on égorgeât les autres.

Sans plus de retard, les pèlerins s'en saisirent donc très avidement et les occirent bien \ite sur la place ; de plus, il fit accabler de pierres la dame du château, sœur d'Amaury, et très méchante hérétique, laquelle fut jetée dans un puits que Ton combla de pierres *. Finalement nos croisés , avec une grande allégresse, brillèrent des hérétiques sans nombre.

Cette prise de.Lavaur eut lieu vers le 3 mai 121 r, et Bouchard de Marly eut le commandement de cette ville pour Simon de Montfort.

Le sire de Marly assista ensuite au siège de la ville de Cahors, et par une charte donnée par Tévêque de ce lieu, le 20 juin 121 I, en présence de l'évêque d'Uzès, et d'autres prélats, de Ferry d'Yssy, de Thibaud de Neuville, de Rotrou de Montfort, de Thibaud de Rochefort et d'autres chevaliers; Bouchard de Marly obtint le titre de comte de Cahors. Simon de Monttort , parent de Bouchard, avait une ent^ière confiance en lui, et l'admettait même dans son conseil; car la même année, dès le 2 5 mars il est dit que par l'avis et le conseil des grands seigneurs de la cour de Simon de Montfort, savoir : Robert Mauvoisin -, Guy de Lévis, Bouchard de Marly,

1. La Chronique de Pierre de Vaux-de-Cernay, qui s'exprime ainsi, ne dit pas queGuiraude de Lavaur, sœur d'Amaury, commandant de Lavaur, était enceinte, et que, par conséquent, ce fait est un acte de barbarie plus cruel encore que le genre de mort que souffrit cette malheureuse dame.

2. Cest ce même Robert Mauvoisin qui, en 1210, dans la capitulation du château de Minerve, entendant parler que les hérétiques auraient la vie sauve s'ils abjuraient leurs erreurs, s'écria avec colère.

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Ferry dTssy et Jean de Monceaux *, les châteaux de Pézénas et de Termes seront donnés à Raymond de Cahors et à ses hoirs et successeurs *.

Au mois d'août 1211, Simon de Montfort, assiégé dans Casteinaudary et se voyant entouré par les armées des comtes de Toulouse, de Foix et de Comminges, du vicomte de Béarn et de Savary de Mauléon, qui tous avaient amené tous leurs hommes pour tenter un suprême effort, envoya Guy de Lévis, maréchal de Mirepoix, et de l'armée de la Foi, et Mathieu de Marly, dans les diocèses de Béziers et de Garcassone, tant pour y chercher des vivres que pour rassembler les milices et les armer à son secours ; mais ces deux chevaliers, malgré leur menaces et leurs promesses, échouèrent complètement et ne purent amener de secours. Simon n'eut d'autres renforts que deux cent vingt hommes de la garnison de Lavaur, qu'Alix de Montmorency, sa femme, lui envoya sous la conduite de Bouchard de Marly et de Martin d'Alguais, auxquels se réunirent, avec quelce qu'on était venu pour exterminer les hérétiques et non leur taire grâce. » L'abbé de Cîteaux lui ferma la bouche par cette réplique : « Rassurez- vous, vous n'avez rien à craindre^ parce que peu se convertiront. » (Aristide Gitilbert.)

I. Simon de Montfort était devenu, dès le commencement de cette croisade, l'àme et le chef de cette innombrable armée après la retraite du duc de Bourgogne, des comtes de Nevers et de Saint-Pol, et grâce à son courBge et à son habileté il devint le chef de cttte entreprise. Lorsque les comtes de Nevers et de Saint-Pol, à qui le pape avait offert les domaines du vicomte de Béziers et de Carcassonne, les eurent refusés en répondant aux instances du pape qu'ils avaient assez de terres en France où étaient nés leurs pères, et qu'ils n'avaient aucune envie de la terre d'autrui ; « dans toute l'armée, ajoutaient-ils, il n'y a pas un baron qui ne se tienne traître s'il accepte un tel bien. )>. Simon de Montfort l'accepta, ce bien, et les sires de Marly et de Lévis imitèrent son exemple et prirent leur part des domaines conquis et des seigneuries privées de leurs seigneurs naturels. ,

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ques troupes, l'cvcque de Gahors et Tabbc de Castres. Le comte de Montfort détacha quarante chev^aliers pour aller au-devant de ce renfort, et ne garda avec lui que soixante chevaliers ou écuyers et son infanterie pour la défense de la place.

Le comte de Foix, informé de la marche de ces troupes, se mit en embuscade avec une partie de Tarmée du comte de Toulouse , les attaqua à Timproviste à une lieue de Castelnaudary et les pressa très vivement. Simon de Montfort, voyant ce combat de la porte du château, ne laissa pour la garde de la ville et du château que cinq chevaliers et son infanterie, et s'avança avec cinquante-cinq chevaliers au-devant du comte de Fûix^ Guy de Lévis, Bouchard de Marly et tous les autres chevaliers qui, pris à Timproviste, avaient dès l'abord battu en retraite et pris la fuite, voyant que Ton venait à leur secours se rallièrent et revinrent à la charge avec un nouvel acharnement. Le comte de Foix les reçut avec vigueur et les mit une seconde fois en déroute; mais ses gens, au lieu de profiter de leur avantage, se mirent à dépouiller les morts et à piller les bagages. Bouchard de Marly, étant parvenu à rallier de nouveau les fuyards, fondit sur Tennemi avec tant d'impétuosité qu'il en fit un horrible carnage. Le comte de Foix, au désespoir de se voir ainsi enlever la victoire, tit de vains elYorts pour rétablir le combat; il tua de sa main trois lils du châtelain de Lavaur et rompit son épée à force de frapper. Roger- Bernard, son lils ; Sicard de Puylaurens et plusieurs autres chevaliers accoiuaircnt et firent de nouveau reculer les croisés; mais ceux-ci, ayant ranimé leur courage et fait un suprême elfort, mirent en fuite la cavalerie du comte, firent main basse sur son

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infanterie et Tobligèrent à prendre la fuite malgré la supériorité du nombre de son armée *.

D'autres historiens ont écrit que dans cette affaire, Simon de Montfort arriva lorsque les Toulousains étaient déjà en déroute* que Roger-Bernard tua de sa main le tils aîné de Bouchard, qu'il immola à sa rage trois fils du châtelain de Lavaur et brisa son épée à force de frapper. Nous croyons qu'il y a eu confusion dans les rapports de ces auteurs, et que Ton peut s'en rapporter au récit précédent. Que la victoire ait été décidée par Simon de Montfort se jetant dans la mêlée au cri de Montfort ! Montfort ! ou qu'il fût arrivé pour assister à la déroute de ses ennemis; Ton voit que de toutes les façons, l'honneur de ce combat revint au sire de Marly.

A peine rentré dans Gastelnaudary, Simon de Montort se déchaussa devant la porte du château et pieds nus se dirigea vers l'église où il fit chanter le Te Deiim, en reconnaissance de la victoire qu'il venait de remporter.

Bouchard de Marly finit son pèlerinage par ce dernier trait de bravoure, car il n'est plus parlé de lui après ce fait d'armes qui eut lieu vers la fin de septembre 1 2 [ i , que vers 1 2 1 5 où il revint en Albigeois.

Bouchard paraît avoir été de retour de la croisade vers l'année 12 12. En cette année, Jean, abbé de Saint-Germain des Prés, à Paris, à la prière de Bouchard, seigneur de Marly, ordonne à son maire du Chesnay (près de Versailles), de recevoir pour ce sei-

I. Bouchard de Marly et Guy de Lévis, avant ce combat, voulurent entendre la messe, et s'ctant confessés, ils communièrent, comme s'il leur fallait mourir. (Dom Vaissette \ Histoire générale du Languedoc,

l. III, p. 377 et suivantes.)

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gneur des voituricrs passant par le Clicsnay, le droit de coutume qui lui appartenait et de le conserver pour le lui rendre à lui, Bouchard, ou à son sergent *.

En Tannée 12 14, Bouchard de Marly fut employé par Philippe-Auguste, roi de France, pour traiter des trêves accordées entre celui-ci et Jean-Sans -Terre, roi d'Angleterre. Depuis que Philippe-Auguste avait été obligé par le pape de conclure une trêve avec le roi d'Angleterre, et de renoncer à ses projets d'invasion non seulement en Normandie, mais encore en Angleterre, où le roi de France voulait faire une descente; Jean, sijr de l'appui du pape ne cessait de son côté de soulever les puissances voisines contre la France, et de son côté aussi le roi de France convoitait toujours les Etats de son ennemi. Bouchard fut donc présent aux conseils et délibérations qui précédèrent ce traité, et en jura l'observation des articles, avec Ursion, chambellan de France; Gaucher de Châtillon , comte de Saint- Pol ; Robert, comte d'Alençon; Guy seigneur de Dampierre ; Guillaume des Barres ; Guillaume de Chauvigny; Thibaud de Blason; Juhel de Mayenne; Hugues de Beaucey, et autres nobles chevaliers.

Bouchard de Marly avait un grand désir de retourner faire la guerre en Languedoc, car malgré le retrait des indulgences accordées aux croisés, cette croisade, qui était devenue une guerre d'exterminatioji et de conquête, était loin d'être terminée, et dura encore quelques années.

I. Nous sommes portes à croire, et plusieurs documents l'établissent, que les seigneurs de Marly étaient sinon seigneurs suzerains, du moins avaient une suprématie et des'droits acquis sur les seigneuries environnantes de Marly.

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En la même année 1214), Bouchard, sire de Marl\\ fit ériger définitivement en abbaye le prieuré de Port- Royal des Champs. Il avait sollicité cette érection auprès de l'évêque de Paris, et demanda pour les religieuses de ce monastère la permission d'élire leur abbesse parmi elles ; ce qui lui fut accordé; il fit ensuite la même sollicitation auprès des abbés de Savigny et des Vaux-de- Cernay qui y consentirent conjointement avec l'abbé de Citeaux. A cette occasion, Bouchard donna à cette nouvelle abbaye la terre de Chaignev et une rente sur le moulin de Noisy et sur Meulan. L'on sait que le prieuré de Port-Royal des Champs avait été fondé parMathilde de Garlande, en 1204*, de là, la prédilection des sires de xMarly pour ce monastère qu'ils comblèrent de donations, et dans lequel quelques-uns des seigneurs de cette maison avaient élu leur sépulture.

Bouchard, après ces divers actes, retourna au service de rÉglise, en Languedoc et se trouvait à Montauban, le 8 juin 121 5, avec Guy de Montfort ; Guillaume de Marigny ; Thibaud de Neuville; Gauthier Gasteblé; Bernard de l'Ile-Jourdain ; Eudes de Montault; Eudes de Pardaillan ; et Giraud de Casaubon ; lorsque Giraud, comte d'Armagnac et de Fezensac, reprit en fief et hommage de Simon de Montfort, les comtés d'Armagnac et de Fezensac et tout ce qui lui appartenait à Magnoac, excepté ce qu'il tenait en alleu dans la ville d'Auch.

En 12 16, Mathilde de Garlande, mère de Bouchard, donna une charte en faveur de Tabbaye des A'aux-de- Cernay que Ton peut traduire ainsi : Charte de dame Mathilde de Marly, de la dîme d'Orfin :

Mathilde, dame de .ALirlv, à tous ceux qui ce présent

BOliCllAUl) I" Dl'! MAULV. 141

écrit verront, salut dans le vrai salut. Sachent tous que j'ai consenti à ce que les moines des Vaux-de-Cernay possèdent à toujours la dîme qui leur a été vendue par Ernaud du Bois, chevalier. Cette dîme faisait partie de la terre qu'il avait achetée -à Alexandre de Longchêne et à Isat)elle, sa femme, et qui est mouvante du fief qui compose ma dot. Pour donner à- ce consentement la force requise j'ai apposé mon sceau à cet écrit, fait Tan de grâce 12 i G *.

U ne charte de Bouchard, donnée la même année (1216), approuva la donation précédente, et Tannée suivante (12 17) une autre charte du même seigneur conlirma ladite donation en faveur des moines des Vaux-de- Cernay '^.

Une autre charte de Bouchard de Marly confirma la vente de lajdîme de Boienville que Philippe de la Baaste et Alix, sa femme, avaient vendue aux moines des Vaux- . de-Cernav. Cette dîme était mouvante en tiefdeBouchard, qui donna la charte relative à cette vente aussi en 1217.

Vers Tannée 1218, Bouchard fit une donation en faveur du prieuré ou monastère de Chevaudos, près

1. Cartulaire des Vaux-de-Cernay, t. I, p. 204, Charte CCII. C'était la dot que Mathilde de Garlande avait reçue de son premier

mariage avec Hugues de Galardon. En vertu du même titre, cette dame et ses descendants possédèrent un autre fief assis à Galardon, nommé le fief de Marlv, Bouchard et Mathieu de Marly le déclarent eux-mêmes dans une charte de l'année 1212. (Extrait d'un registre de la Chambre des comptes du Chapitre de Chartres.)

Les seigneurs de Marly avaient un bailli à Galardon, et le sceau de ce bailliage était à la croix freitée et aux quatre alérions de Montmorency-Marly.

Une rue de Galardon doit encore porter le nom de rue de Marlv.

Voyez la note n. g: Fiel de Galardon.

2. Cartulaire des Vaux-de-Cernay, t. f, p. 2o3 et suivantes, pour la charte de Boienville,

l'Étang-la-Ville, dans la forêt de Cruye. Ce petit prieuré avait été édifié au temps de Charlemagne et avait été donné à Tabbaye de Saint-Germain des Prés. Voici ce que l'on trouve à ce sujet dans Thistoire de cette abbaye :

Bouchard de Marly donna à la chapelle de Saint- Michel de Ghevaudôs, en différents temps, une partie de la forêt de Cruye, deux setiers de blé méteil, et dix sols de rentes. D^autres ont écrit cette donation en ces termes : Bouchard de Marly fit donation au prieuré de Chevaudos d'un petit bois détaché de la forêt de Marly (de Cruye; avec du grain à prendre sur le minage de Marly; ce qui se rapporte assez bien avec ce que Thistoire de Tabbaye de Saint-Germain des Prés, nous fait savoir à ce sujet*.

La même année (121 8), Bouchard de Marly, donna à Tabbaye de Port-Royal, cent sols sur ses cens de Marly à percevoir chaque année à la Saint-Denis et toute sa vigne de Pruney (Pruneio) du conseil et de Tassentiment de Tabbé desVaux-de-Cernay^. Par une charte donnée à Mantes, en mars 1221, le roi Philippe- Auguste confirme la charte par laquelle Bouchard de xMarly avait affermé sa terre de Meulan, aux hommes de la commune de Meulan^.

Le 16 mars 1228, Mathilde de Garlande, mère de Bouchard de Marly, mourut. Nous ignorons le lieu de sa sépulture, qui fut probablement en Fabbaye de Port- Royal dont elle était fondatrice.

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