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LES MAISONS HISTORIQUES DE MARLY

Dans ces derniers temps, on a procédé à un nouveau numérotage des maisons, et l'on a remplacé les anciennes plaques des rues par des plaques indicatrices en fonte peinte, qui portent en grand nombre les noms des personnages célèbres qui ont habité

I. Archives de Seine-ct-Oise. Inventaire dos actes de vente des domaines nationaux. District de Versailles.

Marly ou l'ont illustre. La date de la naissance et de la mort de ces personnages accompagne leurs noms. D'autres noms de rues rappellent différents souvenirs historiques. Nous complétons ici ces indications :

La rue du Chenil conduit à la place de ce nom, sur laquelle se trouve l'ancienne vénerie ou chenil du roi Louis XIV. C'était là que demeuraient les veneurs, piqueurs et valets de chasse, et que la meute des Sans- Pitié, ainsi qu'on l'avait surnommée, était renfermée. Dans le potager de cette propriété, qui longe la rue du Chenil, vis-à-vis la rue Bazin, se trouvait autrefois l'église de Saint-Etienne de Marly-le-Bourg, entourée du monastère des religieux de Coulombs et du cimetière. Dans les communs du château du Chenil se voient d'énormes colonnes de pierre qui doivent provenir de cette église^ et une inscription en marbre blanc, scellée dans le mur extérieur des écuries. Cette plaque de marbre a o^.gS de largeur sur o'".f>5 de hauteur. Elle fut trouvée en creusant le sol de l'ancienne orangerie. A première vue, elle semblait toute lisse; mais, lorsqu'on la retourna, une inscription en mauvaise gothique du xv^ siècle, accompagnée de blasons, excita de suite une grande curiosité. Cette inscription a beaucoup exercé l'érudition des savants, et nous n'en connaissons nulle traduction bien complète, la fin, composée de mots en abréviation, étant fort difficile à expliquer. Pour nous, ce serait une sorte d'ex-voto rappelant une date et un nom, que l'on peut traduire ainsi : Christus millesimo quarto centessimo quinquagesimo tertio die septimo decembris tempore consulatus domini Lancelotte daparma; c'est-à-dire l'an du Christ, mil quatre cent cinquante-trois, au temps du consulat du seigneur Lancelot (d'auprès iMarly?) Un écusson en bannière est chargé d'une croix; l'autre, qui lui est accolé, est rond, échancré à dextre, et parti au premier de meubles qui semblent être trois broyés; au second de trois fasces, dont deux bretessées contre bretessées, celle en pointe crénelée seulement^ et surmontée, au flanc senestre, d'une branche d'olivier. Ces armoiries et cette inscription sont gravées en creux au trait. Le dessin que nous donnons ici complétera cette description.

Une cloche du xv^ siècle, à en juger par l'inscription en minuscules gothiques qui s'y trouve, servait pour annoncer et demander l'entrée de la grille de la rue du Chenil. Scellée dans un pilastre et garnie de son mouton, elle nous fut signalée, puis descellée et mise à l'abri de l'injure du temps. Elle mesure o™.26 de hauteur et o"'.29 de diamètre; l'épaisseur du bord de la lèvre

est de o'".o3. Autour de cette cloche se voient : Une fleur de lys héraldique, séparée par deux points en losanges, puis un saint Michel terrassant le dragon, dans la gueule duquel il enfonce une longue lance; il tient un bouclier de l'autre main. Cette figure est placée sous une arcade assez bizarre et qui semble deux ogives surbaissées séparées par un pinacle surmonté d'un trèfle. ' Une croisette pattée, entourée d'une couronne d'épines, vient à la suite, précédant l'inscription suivante : Ave Maria; puis une figure du Christ en croix, sous une arcade de même que la précédente, et accompagnée de deux saints qui semblent placés derrière une balustrade et qui ne sont vus qu'à mi -corps. L'inscription se termine par une série de lettres ou abréviations séparées par des points et fort difficiles à expliquer; ce sont les lettres: q.f.u. ou v, t.t.a.i.t. l'an I.XXIII; une figure de la Vierge, portant dans ses bras l'enfant Jésus, sous une arcade de même que celle que nous avons décrite, complète rornemeiita' tion assez grossière de cette cloche.

Un petit lion de pierre assez fruste, et quelques claveaux bien intacts, sont aussi conservés au Chenil, comme des monuments provenant sans aucun doute du prieuré de Saint-Etienne.

Le château du Chenil est, pour l'aspect extérieur, ce qu'il était ava^t la Révolution,

Devenu la propriété du baron Dupuytren. chirurgien du roi Louis XVIII, il appartient aujourd'hui à M'"e la comtesse de la Boninière de Beaumont, née Dupuytren.

A l'angle de la place du Chenil se voit l'hôtel de la Mairie, fort remarquable. Devant la mairie se trouve la rue Mansard, qui rappelle la mémoire de l'illustre architecte auquel on doit tant de merveilleux monuments, qui bâtit le château de Versailles et celui de Marly, et qui, dans un ordre plus modeste, fit construire le premier ces combles qui ont pris son nom et que l'on appelle toujours mansardes. Nous savons que Mansard termina sa vie à Marly en 1708. Cette rue portait autrefois le nom de rue du Four. Comme elle était fort obscure, l'on aurait pu croire que de là était venu son nom, qui se rapportait au four banal du seigneur de Marly, se trouvant dans cette rue, et où chacun était tenu de cuire son pain, en payant un droit, cela sous peine d'amende pour celui qui aurait porté son pain ailleurs.

De l'autre côté de la mairie se trouve la rue de Champflour, que M. Saintine a poétisée en l'appelant rue du Champs des Flours, ce qui pourrait être sa véritable étymologie, si ce nom ne s'appliquait à une ancienne famille de robe de Marly (originaire

d'Auvcri^nc, il est vi-ai) dont disaient partie : Claude de ChampfloLir, curé de Saint-Etienne de Marly en iGGS, puis ensuite de Saint-Vigor, dccédc en 1680; et Kmmanuel Champflour, ancien officier de la reine et procureur du roi, mort à Marly en 1698.

Dans le Bas-Marly se trouvent la rue et la pince de la Vierge. Cette place est décorée d'un berceau de tilleuls qui abrite une statuette de la Vierge, fort ancienne, que protège une petite balustrade en fer sur laquelle se lit AVE MARIA. Quelques personnes pieuses prennent soin de cette image de la Vierge et entretiennent ce berceau en bon état.

La maison du prieur de Saint-Etienne, suivant une tradition locale, serait à l'angle de cette place et de la rue Rachel. Cette rue évoque le souvenir de la célèbre tragédienne Rachel, enlevée à la fleur de son âge et dans la force de son talent extraordinaire, et qui habita une maison voisine, où la comtesse de Fitz-James, née de Poilly, qui l'avait acquise, trouva une mort si cruelle, ayant été brûlée par accident, laissant à Marly le souvenir d'une charité inépuisable, d'un cœur bon et compatissant à toutes les misères, au point que les malheureux ne l'appelaient plus que la bonne dame.

L'avenue de Fitz-James rappelle sa mémoire, qui vivra éternellement à Marly. Les hommes passent, mais le souvenir du bien ou du mal qu'ils ont fait se perpétue parmi les générations.

En remontant la belle avenue de Fitz-James se voient, à gauche, les portes d'entrée du parc de Marly. En face la première, que la vétusté atteint déjà profondément, étaient autrefois les magasins et la blanchisserie du château.

Dans la Grande-Rue se trouve la rue de Madame, qui doit tout simplement son surnom à Madame, belle-sœur de Louis XIV.

L'ancienne rue des Bernouilli est aujourd'hui la rue Bontemps. Alexandre Bontemps était conseiller du roi et son premier valet de chambre,. en 1694; Claude Bontemps, son fils, avait les mêmes titres, de plus il était intendant des parcs et châteaux de Versailles et de Marly en 1696. Le roi n'appelait jamais Alexandre Bontemps autrement que le bonhomme Bontemps^ et il se plaisait à dire qu'il ne lui avait jamais dit de mal de personne. Cet éloge, qui en vaut bien un autre, méritait à juste titre de passer à la postérité. Une rue de Marly, en rappelant cette famille, perpétuera de même l'horreur pour le mépris et la calomnie que professait le bonhomme Bontemps.

Dans la Grande-Rue se trouvent encore plusieurs maisons fort anciennes, parmi lesquelles celle des Bains, l'hôtel de Gesvres,

no 27, qui avait son entrée principale rue du Four, et autres qu'à leurs balcons de fer forgé, aux baies en cintre surbaissé des fenêtres et autres détails, on reconnaît facilement l. Dans le haut de la Grande-Rue se trouve la rue Sémonin. Un ancien magistrat de ce nom fit don à la commune des plaques peintes des noms de rues. De l'autre côté se trouve la rue Pellerin, qui a pris son nom d'une ancienne famille de Marly, ayant donné à la science Joseph Pellerin, né en ce lieu en 1684, qui fut un célèbre antiquaire et numismate, et remplit les fonctions de commissaire général, puis de premier commis de la marine. Il forma un médaillier contenant 32,5oo pièces et le vendit 3oo, 000 francs au roi Louis XVI. Il le fit graver et publier, et fut le premier qui introduisit la méthode historique dans la classification des médailles.

Au sommet de la Grande-Rue, et lui faisant suite, se voit la rue des Vaulx. L'abbaye des Vaux-de-Cernay y avait une maison et de grands biens, qui se trouvaient situés dans cette rue depuis l'impasse Mondétour jusqu'au bas du vallon, ou des Vaux-de- Cruye. Ces biens furent la puopriété de M™^ de Belzunce et de Tabbé Siéyès; ils appartiennent aujourd'hui à M"»^ Guérin.

Au bas de la rue des Vaux se trouve la rue Thibaud, qui a pris son nom de saint Thibaud de Marly. Un lavoir, situé dans cette rue et restauré sous la Révolution, n'en porte pas moins le nom de ce saint gravé dans la pierre, avec la date de la reconstruction de ce lavoir, appelé souvent par corruption mare Thibout.

A peu de distance se trouve le champ des Oiseaux, où se voient quelques charmantes villas, parmi lesquelles la plus remarquable est celle qu'a habitée Xavier-Boniface Saintine, l'aimable et spirituel conteur, l'auteur des Récits dans la tourelle^ de Picciola et autres nouvelles que l'on aime à lire, tant ils reflètent sa bonté d'âme et sa foi profonde. Ses cendres reposent au cimetière de Marly, sous un splendide mausolée élevé par la piété filiale.

En remontant la rue des Vaux, vers le milieu, se trouve la villa Mélesville, du nom de l'auteur de tant de plaisants vaudevilles, Anne-Honoré-Joseph, baron Duveyrier, dit Mélesville, né le i3 novembre 1788, à Paris, où il mourut en novembre i865.

Soit seul, soit en collaboration avec Scribe, Bayard et d'autres écrivains, il a composé plus de trois cents pièces de théâtre. Fagon, premier médecin de Louis XIV, a habité cette maison.

L'ancienne rue des Morts, ainsi nommée parce qu'elle abou-

I. Parmi ces maisons se trouvait l'hôtel du marquis de Crillon, contigu à riiôtel de Gesvres,

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tissait au cimetière de Saint-Vigor, qu'elle longesùt, a pris le nom beaucoup moins lugubre de Mclcsville. Dans la rue de l'Eglise, autrefois rue de la Princesse, se trouvent les maisons de la geôle et de la grange dîmeresse du prieur de Marly.

Le jardin du presbytère s'étendait jusque-là et y était attenant. Ladite maison de geôle ou prison seigneuriale appartenait au domaine du seigneur et plus tard du roi, lorsque Louis XIV eut acquis la seigneurie de Marly.

Charles Gaudet, officier de feu M™® la Dauphinc, occupait cette maison en 1745, moyennant 90 livres par an, payables au 3o juillet et non rachetables. Il devait laisser droit de passage au prieur pour aller à sa grange, et ne pas lui en embarrasser le chemin, et de plus entretenir la porte charretière en bon état. Ces maisons portent le n° 3 et sont habitées par Mme Tisserne, propriétaire de l'ancienne geôle, et par Mme Perceval, qui a transformé la maison sur l'emplacement de laquelle était l'ancienne grange du prieur.

NOTE No VI

DONATIONS DE THlB\Un DE MONTMORENCY

Vers l'an 1040, Thibaud de Montmorency souscrivit, avec le roi Henri I^', la donation faite à l'abbaye de Marmoutiers, par Guilon, seigneur châtelain de Montigny et trésorier de Saint- Martin, de l'église de Saint-Hilaire, située près du château de Montigny, avec la dîme en dépendant et un alleu de douze cens charruées de terre, avec la rivière d'Yères. (Dom. Villevieille. Archives de l'abbaye de Marmoutiers. Prieuré de Saint-Hilaire sur Yères. Bibl. Nat.)

Le même Thibaud fut témoin de la charte donnée par le roi Philippe I'"" en l'église de Saint- Pierre de Corbie, l'an io65, par aquelle il confirma les concessions et donations faites du temps de l'empereur Charles le Chauve à l'abbaye de Saint- Pierre d'Hasnon par homme illustre, Jean, Eulalie, sa sœur, la reine Ermentrude, et Ermentrude, sa fille.

(Dom Villevieille, Archives de l'abbaye de Saint-Pierre d'Hasnon, Bibl. Nat.)

25o APPENDICE.

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