‹ Les seins dans l'histoireChapitre 32 sur 67 · I. RS S R INS. DANS R III ST 01 11 R · texte numérisé non relu

I. RS S R INS. DANS R III ST 01 11 R

Fig. 67. — D’après le Dominiquin.

Fig. 68.

D’après Rubens (Amsterdam).

FAITS LÉGENDAIRES ET HISTORIQUES

lievue de l'Art , qui a donné un fac-similé de ce frontispice, ne sait à quels faits il se rapporte : « La troisième scène, dans le bas

Fig. 00. — Composition illustrant le titre de Caroli Molinœi francise et germanise

celeberrimi jurisconsulli (1612).

et à droite, dit le rédacteur de l’article, doit représenter Boëce en prison; mais la quatrième échappe à notre érudition ». Souvent,

\j E S S E I>JVS DANS I- HISTOIRE

en effet, on a peint « le prince tic l’éloquence » dans sa prison ; mais il se contente de bénir ses enfants, à travers les barreaux de son cachot, avant de subir son supplice.

Jules Simon et Louis Blanc semblent aussi ignorer et le nom et

la nationalité de cette héroïne romaine. Le premier raconte (1 ) que Louis Blanc, arrêté à Gand, en 1848, est conduit à la prison politique de YAmigo, dans le cabinet du bourgmestre, où il remarque une gravure suspendue au mur : « C’est l’histoire de cette femme, écrit le philosophe, qui nourrit de son lait son père, condamné à mourir de faim. Il se rappelle, en effet, que la légende place cette sinistre aventure dans la ville de Gand. On mourait de faim ici ! ».

Mentionnons encore, sans espoir de donner une liste complète :

Gérard Van Honthorst (Munich), qui fait tenir, ù la femme, une chandelle de la main gauche et son sein de la droite ; le Domimquin ffig. 67) ; Gherardo dclle Notti (Munich) ; Guido Reni (Gènes) ; P.-P.' Rubens (fig. 68) ; Charles Loth (Gènes) ; Dominique Piola, palais Spinola, (Gênes) ; Migliori Francesco (Dresde) Lebel (Angers) ; Dominique Feti (Angers); Alexis Jegonell, exposition e

(l) Premières années , p. 415.

faits légendaires

Rome, fin du xvm9 siècle. Notons enfin une peinture à peu près fruste de la maison de Marcus Lucretius Frotonis, reproduite par Gusman dans les Dernières fouilles découvertes à Pompe) (fig. Gu bis), elle a dû servir de modèle au tableau du Musée de Naples (fig. Go) ; et après cette longue nomenclature, nous pouvons nous écrier avec Don Ruy Gomez de Silva : « J’en passe et des

meilleurs ! ».

Fig. 72.

Des scènes analogues ont été traitées par les artistes : rappelons cette « dame Anconitaine » qui, en 1774, au siège d’Ancone, par Barberousse, offre son lait à un soldat mourant de faim (1) ; l’épisode d’une Américaine (fig. 37) et le trait de dévouement de cette jeune indienne, qui sauva la vie défaillante de don Barthélcmi de Las Casas, évêque de Cbiapa, en lui donnant le sein. Nous connaissons le tableau consacré par Hersent à ce fait historique (2) ; le sculpteur Blanco s’en est aussi inspiré dans un groupe en terre cuite du plus gracieux effet (fig. 71). Donnons enfin le fac-similé de la gravure japonaise, en couleur, de Kuniyoshi

(1) Page 52.

(2) Anecil. hist., p. 60, fig. 33.

Une gravure d’Augustin Le Grand (fig. 73) eut un succès immense, durant l’épidémie de lactomanie qui sévit, en France, au xviii0 siècle : c’était l’époque de J. -J. Rousseau. Le philosophe de Genève offre une rose à la mère qui accomplit sa mission. Au bas de l’estampe, on lit cette légende : « Jean-Jacques Rous-

(fig. 72), rime des 24 planches de la suite de l’histoire de Mme Tovv « allaitant sa belle-mère qui ne peut plus manger ni viande ni légumes ; elle partage son lait avec son bébé », dit l’inscription placée dans un coin de la composition.

Fig. 73.

FAITS LÉGENDAIRES ET HISTORIQUES

seau ou l’homme de la Nature. Il rendit les mères à leurs devoirs et les enfants au bonheur. » Touchants exemples qui seront bientôt oubliés. Le motif principal du tombeau de Jean-Jacques a Ermenonville (fig. 74), représente une Charité , avec un enfant a la mamelle, et les mères reconnaissantes venant offrir des présents à une Diane d'Ephèse ou une Nature multimammée ; le sacré et le profane réunis sous les auspices de « l’homme de la Nature ». De

Fig. 74.

môme à Sparte, les nourrices portaient leurs enfants au temple de Diane Corythallis. XJ Amusement de l'enfance (fig. 7b) appartient encore au groupe des estampes inspirées par la campagne en faveur de l’allaitement maternel.

Bien avant la propagande de Rousseau, Picart, dès 1717, préconisa, par l’image, l’allaitement maternel : il composa un tableau sensationnel, dont la gravure, due à Duflos, fut répandue à profusion. Les tirages successifs de cette excellente « leçon de choses » offrent des variantes dans le dessin et les quatrains explicatifs (fig. 76). L’une de ces planches est accompagnée de celte versification mirlitonnesque, à la portée des âmes sensibles et naïves :

Si vous voulez que l’on vous aime Et qu’on vous estime en tous temps;

Mères, prenez un soin extrême

D’élever et nourrir vous-mêmes vosenfans.

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La Nourrice qui ramène /’ enfant, de Bénard, appartient à la môme école sentimentale et nourricière. La gravure de ce tableau,

Fig. 75. — Dédiée à la marquise de Marinville. Motes del., Louvet sculp.

par Duflos, est agrémentée de l’apostrophe versifiée, de rigueur, aux mauvaises mères :

De votre indifférence, Eglé, voilà le fruit : Plus docile que vous au cri de la Nature, C’est pour suivre ses lois et venger son injure Que cet enfant vous fuit.

FAITS

légendaires et historiques

Sans effort, sans biscuit, il vole à sa nourrice.

Si l’habitude enfin vous le ramène,» un jour,

Ne rougirez-vous pas d’avoir, par artifice,

Ce qu’elle a par Amour.

Il n’est que trop naturel de rencontrer dans le bataillon des apôtres de l’allaitement, le créateur de la peinture morale en

Belles qui desire\ des fruis de votre amour ;

Apreneq de cette peinture

Üiama paris 1717 Ou après les avoir mis au jour Auec privilège du Roy

Rue des Boucheris Vous leur deve^ la nourriture. faubour St germain

Fig. 76.

France, J. -B. Greuze, avec la Privation sensible ou le Départ de la barcelonnette et le Retour de nourrice, aimables leçons de choses qui rappellent à leurs devoirs les femmes oublieuses; n’est-ce pas Diderot qui a dit de lui : « il prêche la population ? » Liezenmayer a raconté sur la toile un épisode qui met à jour l’âme charitable de Marie-Thérèse d’Autriche, émule de sainte Elisabeth de Hongrie. L’artiste représente la reine au moment où, dans une promenade, elle se dispose à donner le sein à l’enfant d’une pauvre malade. Le véritable bienfaiteur, en la circonstance, est le fils de la souveraine qui cède son tour au petit miséreux

m:s seins dans i/histoihe

(fig’- "")• Ce tableau, qui figurait à l’Exposition de Paris de 1807. est retourné au Musée de Vienne.

Une certaine mode, en Angleterre, a été ridiculisée par la plume et le crayon ; mais elle a, comme toujours, résisté aux attaques les plus violentes. Dans une caricature (fig. 78), dont nos Curiosités (1)

(1) Page 107.

I, K fi E N n A I R E S E T H T S T 0 R I Q U E S

n’ont donné qu’un croquis — The fcùshionable mamma <>/ fhe

Fig. 78.

conveniénce of modem dress (la maman fashionable ou les avantages de la robe moderne) (1796) — Gillcray raille la grande dame

qui, avant de sortir, se résigne à offrir la mamelle à son enfant, mais, sans daigner le prendre des mains de la gouvernante, comme

une nourrice royale: et, pour n’avoir pas à se dégrader, elle porte la robe fendue au niveau des seins, à la façon des madones moyenâgeuses : c’est plus expéditif et moins schoking.

A travers la fenêtre, on aperçoit le cocher sur son siège, attendant impatiemment que Madame ait terminé sa corvée. Par contraste, l’artiste a accroché au mur un tableau représentant le véritable amour maternel — Maternai Love — où la mère, tout à son devoir, tient son enfant sur ses genoux et découvre entièrement sa poitrine.

Eugène Delacroix, en 1824, exécuta son Massacre de Sciq , comme une protestation généreuse et vibrante contre les exactions des Turcs, qui opprimaient et ensanglantaient la Grèce.

Nous ne tirerons de cette horrible et admirable page d’histoire que le groupe d une mère, frappée à mort, tandis qu’elle allaitait son enfant (fig. 7 9). En arrière de ce cadavre, un Sciote traîne ù la queue de sa monture une jeune grecque nue. « Elle se lord et se renverse en

faits légendaires et historiques

proie aux convulsions de la pudeur torturée, dit un écrivain qui excelle aux descriptions héroïques, Paul de Saint-\ictor ; son torse virginal a la pureté du marbre incarné ; le désespoir lui imprime les mouvements delà volupté. Belle comme une Niobide mourante, touchante comme une martyre chrétienne, elle prend, au milieu de ces sènes d’horreur, la divinité d’une allégorie. C’est la Grèce dépouillée et violée se débattant contre l’oppresseur. »

Fig. SO. — Empruntée au Correspondant médical.

Une m'ere mourante, de Philippe de Champaigne (Musée de Vienne), porte une blessure mortelle au niveau du sein droit : elle n’a plus la force de soutenir son enfant suspendu à son sein. Nous pouvons rapprocher de ces scènes tragiques celle que rappelle Pline à propos d’un peintre thébain, Aristidês : « 11 a représenté, lors de la prise d’une ville, un enfant qui rampe vers le sein de sa mère, mourante d’une blessure, et il laisse voir que la mère sent et craint que son enfant, à la place du lait tari, ne suce du sang ».

A côté de la guerre, un fléau non moins terrible, la peste, nous fournira d’autres documents. Dans une composition de Raphaël (fig. 80), un fossoyeur écarte l’enfant vivant du cadavre de sa

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