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Ce tableau, comme les précédents, est surtout curieux par la ténacité avec laquelle la différence s’affiche. Nous la trouvons dans les toutes petites séries comme dans celles plus fortes. L’indice des interdépartementaux est inférieur à la moyenne de ceux des deux départements d’origine dans dix groupes, supérieur dans un seul. Ce groupe exceptionnel est Pyrénées- Orientales — Aude, un seul individu, 79.9 au lieu de 79.8, moyenne calculée des départements. Je me réfère à ce que j ai dit de l’indice attribué par M. Collignon aux Pyrénées-Orientales. Il se trouve dans la série Gard-IJérault que sur 14 individus, 7, dont l’indice moyen est 83.3, sont originaires par un de leurs parents des arrondissements montagneux d’Aluis — le Yigan. L’indice des 7 autres est 81.

Une série de plusieurs centaines d’interdépartementaux mesurée à Rennes permet d’affirmer que le phénomène étudié n’est pas propre à la France méridionale. Il se retrouve exactement avec les mêmes allures en Bretagne et dans les provinces voisines.

Ainsi, non seulement la moyenne morphologique des individus qui ont fait acte de migration, en se transportant outre

grés. Ammon est arrivé eu Allemagne à des résultats analogues. Il ne faudrait cependant pas croire à la généralité absolue de la loi. Elle suppose la coexistence de dolichocéphales blonds et de fortes masses de brachycéphales. Dans les pays où les brachycéphales sont rares et d’importation étrangère, il ne faut pas s’attendre aux mêmes résultats. C’est pourquoi Don F. Oloriz a trouvé sur les conscrits de Grenade un indice de 77.92 pour la catégorie qui répond à mes cantonaux, et 78.45 poulies sujets d’origine partiellement ou totalement étrangère à la province ou à l’Espagne. Je pense que dans la région de Lugo et sur quelques autres points des montagnes du Nord, où il existe un certain fonds brachycéphale, il aurait trouvé l’élément cantonal plus brachy, comme en France et en Allemagne. Il est probable que l’Italie du N. donnera les mêmes résultats que lu France, et l’Italie du Sud, les Iles-Britanniques, des résultats nuis ou invertis.

mer ou môme dans un pays voisin n’est pas celie de leurs compatriotes sédentaires, mais le fait si secondaire d’avoir quitté, avant ou à l’occasion du mariage, sa localité d’origine, suffit pour déterminer un classement des individus en stables et migrateurs, qui s’accuse chez leur postérité par une différence d’indice céphalique. La céphalométrie nous apparaît comme un moyen d’analyse ethnique d’une merveilleuse précision, et nous comprenons parfaitement les mécomptes d’anthropologistes qui se sont servis grossièrement d’un instrument aussi délicat.

Dissociation par déplacement. — D’une manière brutale, c’est H. Européens qui est migrateur, H. Alpinus qui est stable. Les métis sont d’autant plus migrateurs que le sang Européens est plus abondant chez eux, et cette tendance ethnique au déplacement s’accompagne de manifestations physiques de la môme hérédité : haute taille, traces de coloration claire, dolichocéphalie plus ou moins marquée, ces caractères pouvant être dissociés ou réunis chez les individus.

Les migrations intérieures de plus en plus intenses sont par suite un phénomène de dissociation par déplacement. Des deux éléments principaux de la nation française, l’un reste, l’autre s’en va, délaissant au premier toutes les régions qu’il dédaigne. C’est ainsi que la brachycéphalie fait tache d’huile, les dolichoïdes se concentrant dans les régions riches. Les quatre millions de Français qui habitent hors de leur département d’origine renferment certainement les neuf dixièmes de la richesse nationale en intelligence et en énergie.

Dès 1887 j’ai signalé les conséquences de cette dissociation dans mon mémoire sur La dépopulation de la France (p. 73). M. Dumont {Dépopulation et civilisation, Paris, Lecrosnier,

1 890) est arrivé aux môines conclusions, mais il ne parait pas

SÉLECTION ÉCONOMIQUE

avoir compris le caractère fondamental du phénomène : « Si les blonds dolichocéphales sont éliminés graduellement, il faut se hâter de dire que c’est uniquement à raison de leur situation géographique et sociale, non à raison de leur race ». Ce qui détermine les migrations intérieures, c’est précisément la race, l’étude des populations en voie de détachement vient de l’établir. C’est en raison de leur race, de leurs tendances innées, héréditaires, ethniques, que les dolichoïdes vont se concentrer, et cela depuis des siècles, dans les régions consommatrices. Nous les retrouverons tout à l’heure au terme dernier de leur déplacement, dans les villes où ils affluent comme l’huile dans le bec d’une lampe, par l’effet de la capillarité sociale.

Influence sur le relèvement de l’indice. — La dissociation par déplacement est, à mon avis, la cause principale de l’élévation générale de l’indice céphalique. Celui-ci se trouve relevé dans les régions dolichocéphales par l’afflux des individus qui viennent des régions brachycéphales; dans ces dernières, l’indice monte également sans cesse, la production des générations nouvelles étant l’œuvre de ce qui reste, c’est-à-dire des brachycéphales les plus purs de type et les plus stables de caractère.

Il n’est pas impossible d’arriver à évaluer la rapidité avec laquelle s’élèvera la brachycéphalie dans les régions où elle est encore au-dessous du maximum de Y Acrogonus, type vers lequel la réversion s’opère, et qui s’est reconstitué jusqu’ici dans quelques cantons seulement.

M. 1 urquan a donne dans ses Résultats statistiques du dénombrement de 1891 publies par l’Office du travail un énorme tableau qui fournit pour chaque département le nombre d’individus de chacun des autres départements recensés sur son

territoire. L’examen de ce tableau prouve qu’à de rares exceptions près, il y a dans chaque département des individus de tous les autres. Ce bilan du déplacement permet de constater que chaque département fournil spécialement certains autres, et en sens inverse, que chaque département recrute dans tels et tels autres la presque totalité de ses immigrants. Avec ce tableau et la statistique de l’indice céphalique de Collignon, on arrive déjà à une notion générale des transformations qui sont en voie de s’opérer.

Voici pour l’Hérault, département dont l’indice est 81.3 ou 82.5, l’indication des départements qui lui fournissent plus de 1000 immigrants, avec l’indice moyen du département et le nombre d’individus recensés dans l’Hérault.

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