MOUVEMENT DES YEUX
îaire, On y rencontre en outre des nerfs, des muscles et des vaisseaux sanguins. Nous voyons sur la figure le nerf optique n passer par le trou osseux o, mais, avant son passage, nous remarquons en m l'entrecroisement des deux nerfs optiques qu'on nomme le chiasma. Les muscles destinés aux mouvements de l'œil sont attachés à cet organe à peu près comme
Fig. 33. — m, chiasma. — n. nerf optique. ^- o, trou orbitaire. — a, un des muscles droits, — t, muscle oblique supérieur. — u, anneau de l'oblique supérieur.
des rênes à la tète d'un cheval. Ils prennent presque tous naissance sur les parois osseuses qui entourent le trou optique et se rapprochent du globe oculaire en traversant la longueur de la cavité orbitaire. On distingue quatre muscles droits, l'un s'insérant à la partie supérieure, l'autre à la partie inférieure, le troisième au côté interne, le quatrième enfin au côté externe du globe oculaire.
Il est évident que le muscle supérieur dirige le regard en haut (en faisant tourner le globe oculaire sur l'axe D), que
le muscle intérieur dirige le regard en bas, que l'interne le dirige en dedans et l'externe en dehors. Puisque dans la vision ordinaire nous visons toujours le même point avec les deux yeux, il est évident que nous faisons mouvoir simultanément les deux yeux d'après des lois précises. Lorsque nous regardons en haut ou en bas avec les deux yeux, ce sont les muscles de même nom qui se mettent en action. Lorsqu'au contraire nous regardons à droite avec les deux yeux, c'est le muscle externe de l'œil droit et le muscle interne de l'œil gauche qui agissent, et le contraire arrive lorsque nous dirigeons les yeux à gauche. Mais quand nous dirigeons nos yeux sur un objet rapproché et situé au côté interne des yeux, ce sont les muscles symétriquement situés au côté interne des globes oculaires qui se contractent ; et si nous fixons un objet éloigné, c'est par la contraction des deux muscles externes que les yeux sont ramenés au parallélisme. Il nous est absolument impossible de dépasser le parallélisme et de faire diverger nos yeux du côté externe.
Nous voyons ainsi, que les contractions des muscles de l'œil se combinent entre eux d'une manière très-variée. Quelquefois ce sont les muscles symétriquement situés qui se contractent ensemble, d'autres fois ce sont au contraire les muscles opposés qui se contractent simultanément. Mais toutes ces combinaisons ont toujours pour but de diriger les yeux sur le même point, de façon que les axes oculaires, qui partent de la tache jaune pour traverser le milieu de la pupille, se coupent au point visé par les deux yeux. Nous ne pouvons en aucune façon diriger nos yeux de façon que leurs axes ne se rencontrent point : nous ne pouvons pas, par exemple, regarder avec un œil en haut et avec l'autre en bas, ou avec un œil à droite et avec l'autre à gauche.
Outre les quatre muscles droits dont nous venons de parler, l'œil est encore muni de deux muscles obliques qui font mouvoir l'œil dans une direction transversale. Le premier de ces muscles est situé du côté supérieur et interne (t) et a un parcours très-remarquable. Il prend aussi son origine en arrière
VISION AVEC LES DEUX YEUX i09
près du trou optique et se dirij^e en avant, non directement vers l'œil, mais à travers une espèce d'anneau, m, comme une ficelle sur une poulie, se recourbe en cet endroit et s'insère transversalement à la face supérieure du globe oculaire. Le second muscle oblique est situé au côté inférieur du globe oculaire ; il est caché sur la figure. Il a son origine sur la paroi interne et antérieure de la cavité orbitaire, se dirige en dehors sous le globe oculaire et s'y insère du côté opposé à l'insertion de l'oblique supérieur (en v). Ces deux muscles obliques permettent à l'œil de faire des mouvements plus nombreux et plus variés que ceux qu'il peut exécuter par les muscles droits. On aperçoit facilement sur la figure que ces muscles obliques font tourner le globe oculaire autour d'un axe se rapprochant de l'axe du globe et que les deux muscles agissent en sens contraire.
Les mouvements de nos yeux, qui sont produits par l'action combinée des muscles dont nous venons de parler, s'exécutent dans des directions très-diverses et avec une très-grande précision. Ils ne servent point seulement à diriger les images du monde extérieur sur des points déterminés de la rétine, ils donnent encore de l'expression et de la vie à notre physionomie. Ce sont les yeux qui expriment principalement sur notre face, l'état de nos sentiments et de nos pensées, et cette expression est due surtout à la position et aux mouvements du globe oculaire auxquels s'adjoignent, il est vrai, les mouvements musculaires de la face, ceux des paupières et les changements dans l'accommodation des yeux. La tristesse dirige les yeux en bas, l'exaltation les soulève vers le ciel, et l'âme, qui reçoit par l'œil une nourriture spirituelle, traduit à l'extérieur, par le même organe, ses impressions intimes.
La vue par un seul œil est une vue imparfaite. Tout le champ visuel est représenté sur la rétine, comme un tableau, par une surface qui ne nous donne point de signes directs de l'éloignement des objets. Ce que nous regardons d'un seul œil, n'est en effet qu'une surface claire présentant des lumières, des ombres et des couleurs diverses et sur laquelle nous apercevons tous
les objets sur un seul plan. Mais par l'expérience nous avons appris à connaître des signes indirects qui nous indiquent que les objets sont proches ou éloignés. Les objets dont nous connaissons la grandeur, nous sembleront éloignés lorsqu'ils paraissent petits et nous sembleront rapprochés lorsqu'ils paraissent grands. Nous appliquons par conséquent à la vision unioculaire les mômes règles de perspective qui, appliquées à un tableau, nous le font prendre pour un espace réel. Nous sommes obligés en outre d'accommoder plus fortement nos yeux pour voir exactement les objets rapprochés et nous pouvons conclure de là à la distance des objets. Mais en réalité nous ne voyons avec un seul œil qu'un plan et non les dimensions de la profondeur, et c'est l'expérience journalière qui nous persuade seule que nous avons devant nous un espace à trois dimensions. Lorsque cette expérience nous manque, nous tombons souvent dans des erreurs singulières par la vision unioculaire. Il arrive par exemple, quand nous regardons le ciel d'un seul œil et qu'un petit insecte vole au-devant de lui, qu'on croit voir voler un grand oiseau dans le lointain. On peut facilement faire l'essai suivant. Faites tenir par une personne à quelque distance de vous un anneau suspendu par un fil, et fermez un œil de manière à ne voir l'anneau que par son bord étroit. Essayez alors d'enfiler l'anneau avec une petite baguette et vous verrez combien il vous sera difîicile de l'atteindre exactement : mais dès que vous aurez ouvert l'autre œil vous y parviendrez facilement.
La Vision au moyen des deux yeux fait connaître à notre entendement là troisième dimension do l'espace et le laisse voir dans les profondeurs du monde extérieur. Nous pourrions sans doilte, par lé moyen du toucher et par l'observation du mouve-^ nient dans l'espace , acquérir l'idée de la profondeur avec la vision unioculaire, mais nous serions toujours privés d'une perception immédiate et claire du monde extérieur.
Nous allons maintenant considérer la vision binoculaire sous ses raxjports les plus simples. Lorsque nous regardons un point déterminé, par exemple l'angle d'une table dirigé de notre côtéi
VUE SIMPLE ET VUE DOUBLE Ht
cet angle formera son image sur la tache jaune de chacun des deux yeux et les axes oculaires prolongés iront se couper sur l'angle. Quoique nous ayons alors une image particulière du même point dans chaque œil, nous percevons cependant un seul point et non deux points. C'est là le premier problème que nous rencontrons dans cet examen. — Pourquoi apercevonsnous une image simple lorsque nous regardons des deux yeux, et non point une image double ?
Nous ne pouvons pas encore donner de réponse catégorique, à cette question, mais nous pouvons assurer que la combinaison des deux images en une seule est produite par une action cérébrale. On a voulu relier le chiasma à la vision simple par les deux yeux, et l'on avait admis que les fibres nerveuses des deux nerfs optiques communiquaient ensemble en ce point. Mais cette communication n'existe point et nous sommes obligés de nous restreindre à l'idée que le cerveau est capable, dans de certaines conditions, de combiner l'irritation des deux nerfs en une seule, parce qu'il en projette les causes au dehoi^, au même point.
Lorsque par conséquent nous visons, à une certaine distance, l'angle de la table, les deux axes oculaires se coupent en ce point et forment entre eux un angle qu'on a appelé l'angle de convergence. Si nous laissons maintenant promener notre vue de l'angle le long du bord de la table, l'angle de convergence deviendra de plus en plus petit. Nous ne pouvons sans doute connaître la grandeur de cet angle que par mesure scieiitificfue , mais nous possédons un sentiment délicat dirigeant la position de nos yeux au moyen des muscles qui les font rouler à droite ou à gauche, et ce sentiment nous indique à quelle distance se trouve le point que nous examinons. Nous appelons ce sentiment, le sentiment rausculsiire : il est plus Ou nloins développé dans tous nos membres, il mesure tous ilQs mouvements, nous conserve l'équilibre dans la marche et dans la station et nous rend aptes à acquérir diverses dextérités et divers talents.
C'est parce que nous laissdns ainsi voyager à travers l'espace
Ml LE SENS DE LA VUE
le point d'entrecroisement des axes oculaires, que nous acquérons une connaissance de son étendue et des profondeurs qu'il renferme. Mais ceci seul ne constitue point tout l'avantage que nous retirons de la vision binoculaire. Jusqu'ici nous n'avons en effet parlé que de la perception du point examiné, qui forme son image sur la tache jaune de la rétine. Mais la rétine entière prend part à l'acte de la vision, la netteté décroît cependant vers les bords. Par ce motif les images totales de la rétine se combinent entre elles d'une façon toute spéciale et produisent une image en relief des corps. Si les points de visée étaient seuls sensibles dans les deux yeux, nous pourrions, il est vrai, acquérir la connaissance d'un corps en laissant promener les points de visée sur toute la superficie du corps, ce qui pourrait se faire avec une certaine rapidité. Mais malgré cela la forme immédiate du corps, qui nous saute pour ainsi dire aux yeux, nous ferait complètement défaut. Car lorsque nous visons l'angle de la table nous percevons en même temps une image corporelle puisque nous voyons l'image de la table entière.
Avant de pénétrer plus profondément dans l'acte de la vision en relief, examinons d'abord une propriété des deux rétines que nous avons constatée jusqu'ici pour la tache jaune seulement. Lorsqu'un point quelconque du champ visuel tombe sur la tache jaune des deux yeux, nous en percevons une image simple. Mais cette propriété de réunir les images s'étend sur toute la rétine, car dans la vision habituelle tout le champ visuel nous apparaît simple et non double.
On appelle les points des deux rétines capables de réunir en une seule les deux images, des looints identiques ou correspondants. Il est facile de s'assurer quelle position ces points occupent les uns par rapport aux autres. Supposons un point situé à droite dans le champ visuel, ce point formera son image sur la moitié interne de la rétine droite et au contraire sur la moitié externe de la rétine gauche. S'il est par conséquent possible de voir ce point simple et non double, il faut que la moi- • tic externe de la rétine gauche et la moitié interne de la rétine droite possèdent des points correspondants. On comprend que