‹ Les sensations internesChapitre 10 sur 145 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Je comprends sous le nom de sensations internes toutes les sensations qui arrivent à la conscience par une autre voie que par les sens spéciaux, vue, ouïe, odorat, goût, toucher. Ce sont, en somme, les sensations qui ont été appelées souvent du nom de sensibilité générale (Gemeingefùhle), sensations générales, sensations systémiçues, sensations organiques, etc.

Elles se distinguent des sensations externes parce qu'elles ont pour point de départ ordinaire les organes internes, parce qu'elles sont rapportées au moi sentant et non aux objets extérieurs, enfin parce qu'elles ont en général un caractère de vague et d'indétermination qui n'existe pas dans les sensations externes. Mais aucun de ces caractères n'est absolu. La sensation cle douleur, par exemple, peut avoir pour point de départ la surface de la' peau, le sens musculaire nous donne la notion de la résistance des objets extérieurs et certaines douleurs ont un caractère parfaitement déterminé et se localisent avec la plus grande précision.

■ En outre, il est bien difficile de dire, pour la sensation tactile en particulier, où commence la sensation interne, où finit la sensation externe. La sensibilité tactile de l'estomac ou de l'œsophage peut bien, sans difficulté, être rangée dans la catégorie des sensations internes ; mais où placera-t-on celle du pharynx, celle de la bouche, celle de la langue ? Si l'on prend comme limite la limite anatomique, c'est-à-dire l'orifice buccal, on range dans les sensations internes les sensations tactiles de la pointe de la langue qui sont précisément les plus parlaites de toutes. La limite anatomique entre les sensations

Beaunis. .

externes et les sensations internes, pour ce qui concerne la sensibilité tactile, sera donc tout à fait artificielle, et d'ailleurs les organes des sensations spéciales du goût et de l'odorat ne sontils pas situés profondément dans la cavité buccale et dans les fosses nasales ?

Il n'y a donc pas lieu de chercher une limite précise, rigoureuse, et la sensibilité tactile établit, à ce point de vue, la transition entre les sensations externes et les sensations internes.

Les sensations internes doivent être aussi distinguées des émotions, des passions, en un mot de tous les états affectifs d'origine centrale. Il faut remarquer pourtant que les besoins, qui sont incontestablement des' sensations internes, ont de môme une origine centrale. Nous verrons du reste que les sensations internes jouent aussi un rôle important dans les émotions et en constituent un des éléments.

Dans cette étude des sensations internes, j'adopterai la classification suivante :

Je place dans un premier groupe, sous le nom de sensibilité organique, les sensations qui dérivent des organes et des tissus pris individuellement à l'exclusion des organes des sens spéciaux, sensations qui peuvent du reste être spontanées ou provoquées.

Le second groupe comprend les besoins, divisés en besoins d'activité et besoins d'inaction.

Le troisième groupe contient les sensations fonctionnelles, correspondant à l'exercice des diverses fonctions. La plus grande partie de cette division du livre est consacrée aux sensations musculaires.

Le quatrième groupe renferme l'ensemble sensitif désigné en général sous le nom de cénesthésie ou sentiment de l'existence.

Le cinquième groupe comprend les sensations émotionnelles, c'est-à-dire les sensations qui accompagnent les émotions.

Dans le sixième groupe se trouvent un certain nombre de sensations d'un caractère spécial et de nature encore indéterminée, comme le sens de l'orientation.

Le septième groupe renferme les sensations douloureuses.

Le huitième groupe contient les sensations de plaisir.

Le tableau suivant donne la liste et le classement des différentes sensations étudiées dans ce livre.

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