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CHAPITRE V

BESOIN SEXUEL

Le besoin sexuel est un des plus impérieux de l'organisme. Tout le monde sait les modifications profondes qui se produisent dans l'individu à l'époque de la puberté, c'est-à-dire quand ce besoin sexuel fait son apparition avec le développement des organes génitaux. Jusque-là toutes les fonctions s'accomplissaient régulièrement, sans secousses; l'accroissement de l'individu, celui de tous ses organes se faisaient peuàpeu, par gradation et aucune sensation particulière ne pouvait correspondre à cet accroissement lent et graduel. Brusquement, la scène change ; la crise éclate; la sexualité apparaît , tout l'organisme en reçoit le contre-coup et l'évolution de tous les organes subit comme une poussée sous l'influence du développement de l'appareil génital. Cette modification profonde des caractères physiques de l'individu ne va pas sans une modification correspondante des caractères physiologiques et moraux. C'est comme une seconde naissance, moins rapide et moins violente que la première ; mais qui au lieu de surprendre un organisme dans un état encore apathique, à peine conscient, comme celui du fœtus, surprend un être intelligent, sensible, impressionnable et sachant jusqu'à un certain point s'observer et analyser ce qu'il éprouve.

Les organes de la génération et leurs annexes, brusquement développés, deviennent le point de départ de sensations absolument nouvelles, sensations inconnues jusque-là, qui retentissent sur tout le système nerveux et modifient profondément l'intelligence, les sentiments, leshabitudes,le caractère. Les sensalions déjà connues et expérimentées qui parlent de tout le reste de l'organisme acquièrent elles-mêmes une intènsité el une acuité plus grandes. C'est une vie nouvelle qui commence, ^ ie nouvelle dont rien jusqu'ici ne vous donnait line idée et dans laquelle onentre avec toute l'appréhension de l'inconnu.

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Chez la jeune fille ces changements sont plus marqués que chez l'adolescent et leur empreinte est plus forte. Sans parler des changements physiques et fonctionnels qui se produisent en elle du coté des différents appareils de l'organisme, tout, dans son habitude extérieure, révèle la profonde modification de tout son être.

Les yeux, un peu fatigués et un peu cernés de brun, sont tantôt rêveurs et voilés, tantôt brillants d'un éclat presque fébrile ; le regard clair, assuré, ingénu, presque animal de l'enfance a fait place à un regard expressif qui réflète et qui peut rendre toutes les nuances du sentiment; des rougeurs subites, des bouffées de chaleur lui montent au visage pour la moindre émotion et tout chez elle est prétexte à émotion; la voix, une fois la mue terminée, devient chaude, musicale, mieux timbrée et peut s'accommoder à toutes les inflexions de la passion ; les mouvements brusques, bruyants, désordonnés, deviennentplus doux, gracieux, ralentis; l'attitude a plus d'abandon, la démarche plus de langueur et de mollesse. Le sommeil est moins calme et moins pur; ilesttroublé souvent par des rêves qui l'agitent et qui l'inquiètent. Les jeux qui lui plaisaient la laissent indifférente. Par moments des échappées de vie expansive, de rires, de mouvement viennent rappeler pour quelque temps l'enfant d'autrefois ; mais ces retours durent peu et elle retombe bientôt clans l'état de langueur et de rêverie.

Tout ce flot de sensations nouvelles qui l'envahit incessamment la trouble et l'émeut. Elle désire et ne sait ce qu'elle désire; elle craint et ne sait ce qu'elle redoute; elle oscille ainsi d'un sentiment à un sentiment contraire sans pouvoir se rendre compte de ce qu'elle éprouve. Elle est nerveuse, agitée ; elle a des envies de pleurer sans savoir pourquoi ; elle recherche la solitude, elle voudrait cacher à tous le trouble qu'elle ressent et dont elle est toute bonteuse. Son humeur change et varie d'un moment à l'autre, tantôt elle est plus tendre, plus expansive avec ceux qui l'entourent, puis un moment après elle se replie sur elle-même avec une sorte de pudeur farouche.

La vue des hommes l'attire et lui plaît ; mais cet attrait est combattu par une sorte de crainte et de réserve instinctives ; ces regards, ces serrements de mains, ces familiarités, qui, récemment encore, dans ses jeux avec les garçons de son âge, passaient parfaitement inaperçus, lui procurent maintenant des sensations étranges, des tressaillements vagues, et suscitent en elle tout un monde d'idées et d'aspirations indécises, à peine formulées, dans

lesquelles elle se complaît sans oser pourtant les approfondir.

L'intelligence se développe et s'agrandit; sa curiosité s'éveille ; son esprit s'ouvre à une foule d'idées auxquelles elle ne faisait auparavant aucune attention ou qu'elle ne soupçonnait môme pas.

Toute cette période de l'existence de la jeune fille, sorte d'éclosion de la chrysalide devenant papillon, ce mélange de sensations dénature si différente, de vivacité et de langueur, de naïveté et de désirs, d'ignorance et d'intuitions constitue un ensemble délicieux et plein de charme, état mixte qui a bien souvent inspiré les artistes et les poètes et qu'ils ont fixé plus d'une fois dans des types immortels.

Puis peu à peu tous ces sentiments, ces aspirations, ces désirs vagues se déterminent et se précisent; la jeune fille sait, confusément encore, mais elle sait ce qu'elle désire ; bientôt elle va donner un corps à ses rêves, un but à ses désirs. Tantôt, et le plus souvent, ce sera un homme, idéal ou réel, et que, dans ce dernier cas, elle parera de toutes les qualités qu'il n'a pas et qu'elle lui suppose ; tantôt ce besoin d'amour se transformera en un besoin de dévouement, de sacrifice à une idée, à une grande cause ; tantôt enfin, c'est l'amour divin, qui vient sous la forme de l'amant mystique, donner un corps à ses aspirations et à ses désirs.

Les différences de nature, de milieu, d'éducation impriment évidemment un caractère différent aux manifestations de ce besoin sexuel qui se déclare à la puberté. Avec notre genre de vie les Agnès sont rares et le besoin sexuel est la plupart du temps moins vague et plus précis. Les fillettes de la campagne et de la classe ouvrière savent presque toujours à quoi s'en tenu" et esquivent volontiers cette période de vague et d'indécision qui trouble tant certaines natures.

Chez l'homme, les phénomènes de la puberté sont du même genre, mais ordinairement avec moins d'intensité. L'homme, sauf de très rares exceptions, connaît mieux les conditions physiologiques dans lesquelles il se trouve à cette époque et s'en rend plus facilement compte. Néanmoins, chez certains sujets, cette crise de la puberté s'accompagne de troubles correspondants à ceux qui existent si fréquemment chez la jeune fille.

Après la puberté, une fois la sexualité bien établie et l'organisme rentré dans son fonctionnement régulier le besoin sexuel ne s'accompagne plus des mêmes phénomènes. L'individu sait alors ce que c'est que ce besoin, ce à quoi il tend et ce qui peut le satisfaire. Mais il n'en est pas moins impérieux pour cela, au contraire.

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Ce besoin sexuel est un des ressorts les plus puissants de la vie humaine, en bien comme en mal. Dans l'espèce humaine, il s'y môle presque toujours un élément psychique qui va depuis les degrés infimes du caprice jusqu'aux degrés les plus élevés de l'amour et qui a pour hase la beauté féminine sous toutes ses formes et l'attrait qu'exerce sur nous cette beauté. Cet élément psychique de l'amour, qui s'ajoute au pur désir sexuel, l'épure et l'anoblit, mais ne fait qu'en augmenter la violence et l'intensité.

Le besoin sexuel disparaît avec les progrès de l'âge. Chez la femme c'est à l'âge de retour, quand les ovaires cessent de fonctionner et que les ovules n'arrivent plus à maturité. Chez l'homme c'est beaucoup plus tard à cause de l'existence des éléments séminaux jusque dans mi âge avancé.

Il peut y avoir cependant dans quelques cas exceptionnels des sexualités précoces et des sexualités tardives. On cite dans la science des exemples d'apparition de l'instinct génital chez l'enfant ; un enfant de Caliors, âgé de quatre ans, présentait tous les signes de la puberté et recherchait les femmes; Parent-Duchàtelet mentionne un fait analogue chez une fillette de quatre ans. D'autre part on a observé des femmes de soixante-sept et soixante-douze ans chez lesquelles le besoin sexuel était encore excessivement violent.

Le besoin sexuel peut arriver à un degré d'intensi té incroyable et conduire à tous les excès, excès sur lesquels il est inutile d'insister. Quand il n'est pas satisfait, il peut même en résulter des troubles sérieux, nervosisme, hystérie, érotomanie, nymphomanie, etc. D'autres fois et il y a là un chapitre curieux de l' aliénation mentale, c'est une véritable perversion du besoin sexuel que l'on rencontre. C'est ainsi que, chez tel individu, le besoin sexuel se rattachera à une idée, à un souvenir (tablier blanc, tête de vieille femme coiffée d'un bonnet blanc, etc.) ; une femme n'éprouvait ce besoin qu'en présence de ses jeunes neveux et pas en présence des autres petits garçons; des aberrations plus infâmes et plus horribles encore ont été observées, ainsi quand le besoin sexuel ne peut s'assouvir que sur des cadavres ou sur des victimes expirantes, comme on en a de temps en temps des exemples. Enfin je ne ferai que mentionner les cas d'inversion sexuelle, une des formes les plus fréquentes de ces perversions de l'instinct génital et dont je ne décrirai pas ici les résultats elles pratiques. Ces faits sont du ressort de la pathologie mentale et de la médecine légale.

Chez les animaux comme chez l'homme, le besoin sexuel

n'apparaît qu'à une certaine période de l'existence correspondant au développement des organes de la génération. Mais chez la plupart d'entre eux, h l'in verse de ce qui existe dans l'espèce humaine, ce besoin ne se montre qu'à des époques déterminées de l'année et constitue ce qu'on appelle le rut oupériode des amours.

Chez l'homme, et il en est de môme chez les singes de l'ancien continent, le besoin sexuel persiste depuis la puberté jusqu'à la vieillesse ou jusqu'à l'âge de retour sans qu'il y ait chez eux de rut proprement dit. A aucun moment la femelle ne refuse les approches du mâle, môme quanti elle a été fécondée. Cbez les animaux il n'en est plus de môme, à l'exception des singes supérieurs: la femelle une fois fécondée, refuse obstinément les approches du mâle ; aussi arrive-t-il fréquemment que le mâle, poussé par l'instinct sexuel, cherche à détruire les produits de la conception pour que la femelle l'accepte de nouveau. Chez les espèces domestiques dans lesquelles les deux sexes se trouvent toujours en contact, le rut est plus fréquent et il y a là, surtout chez certains mâles, une sorte de tendance vers l'état de permanence du besoin sexuel tel qu'il existe chez l'homme et les singes supérieurs. Du reste, chez l'homme lui-môme et spécialement dans le sexe féminin, on trouve, en observant attentivement les faits, des traces de périodicité dans les manifestations du besoin sexuel.

Chez les animaux comme chez l'homme, le besoin sexuel correspond à un certain nombre de caractères organiques, physiologiques et psychiques. Des organes nouveaux se développent en môme temps que les organes reproducteurs; il se produit en somme toute une série de modifications organiques qui apparaissent les unes à l'établissement de la puberté, et qui, devenant permanentes, caractérisent le sexe de l'animal, les autres, purement transitoires, à chaque période du rut, pour disparaître quand le rut est terminé. En môme temps, la couleur, l'odeur des sécrétions, la voix changent; l'animal devient méchant, agressif, souvent dangereux; mais les manifestations les plus intéressantes de ce besoin sexuel consistent d'abord dans les combats que les mâles se livrent entre eux pour la conquête des femelles et ensuite clans la cour que les mâles l'ont aux femelles, car on ne saurait trouver d'autre mot pour caractériser les phénomènes curieux qu'on observe au moment du rut. Dans la recherche de la femelle parle mâle, ce dernier est plus actif, plus ardent, la femelle au contraire est plutôt passive, et résiste

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même au premier abord. C'est qu'en effet, ordinairement les deux sexes n'entrent pas en rut en môme temps; le rut du mâle précède celui de la femelle et celle-ci ne cède à ses poursuites qu'au bout d'un certain temps. De là probablement la nécessité de certains actes exécutés par le mâle, de cette cour qui augmente l'excita tion sexuelle de la femelle et la maturation de l'ovule. Ce sont des étalages de couleurs brillantes, des chants, des sons particuliers, des attitudes singulières, toute une pantomime expressive, des parades, des danses dont on trouve un si curieux exemple chez le coq de bruyère, des constructions ornementées comme les berceaux des oiseaux d'Australie, des caresses et des attouchements, bref tout un ensemble d'actes qui révèlent des sensations très vives et un état émotif arrivé à son plus haut degré. Tous ces actes sont-ils uniquement destinés à augmenter l'excitation sexuelle de la femelle ou bien, comme le suppose Darwin, ont-ils pour but de permettre à la femelle de faire un choix ? On ne saurait le décider d'une façon certaine. Cependant je pencherais plutôt pour la première opinion, car une partie de ce manège amoureux peut se produire encore quand le mâle est seul en présence de la femelle et en l'absence de tout rival. Toujours est-il que les sensations dont ces actes accusent l'existence chez l'animal sont d'un ordre relativement élevé et beaucoup au-dessus des sensations déterminées parles autres besoins comme celui de la faim par exemple. Certaines de ces manifestations indiquent, autant qu'on peut en juger, une sorte de sens esthétique rudimen taire et de notion confuse du beau.

Le besoin sexuel est lié à la présence des éléments séminaux, mâle et femelle, spermatozoïde et ovule. Aussi toutes les causes qui d'une façon ou d'une autre suppriment la production de ces deux éléments (castration, âge, maladies, etc.), abolissent le besoin sexuel et en empêchent l'apparition. On cite bien quelques exceptions, mais les faits n'ont pas toujours été observés avec une rigueur suffisante etil ne faut pas oublierl'élément psychique qui intervient si puissamment dans l'espèce humaine, élément psychique qui peut persister encore, quoiqu'cxceptionnellement, après la castration.

Avant d'étudier l'évolution du besoin sexuel dans la série animale, je dirai quelques mots des conditions physiologiques auxquelles il est soumis chez les vertébrés. Les expériences sur ce sujet ont porté surtout sur la grenouille. Goltz, par une série d'expériences méthodiquement instituées et en enlevant successi- Beaunis. .

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vcment les divers organes de la femelle, s'est assuré que toutes les parties du corps de la femelle exercent une attraction sur le mâle. Mais il n'a pu déterminer par quelle voie sensilive cette attraction s'exerçait sur le mâle; il a constaté en effet que tous les organes des sens pouvaient être enlevés, séparément, chez différents mâles, sans que chacun de ces mâles cessât de s'accoupler avec la femelle et arrive à cette conclusion que le mâle est attiré vers la femelle non par un organe sensitifen particulier mais par l' ensemble de tous ses appareils sensitifs. Ce fait trouve sa confirmation dans ce qu'on observe chez les animaux supérieurs ; si, comme on le sait, l'odorat est le plus utile au mâle pour la recherche de la femelle, tous les autres sens n'en sont pas moins mis à contribution dans ce but, quoiqu'en proportions différentes.

Tarchanoff, qui a repris les expériences de Goltz, a vu que chez le mâle de la grenouille, le besoin sexuel était lié à la réplétion des vésicules séminales par le liquide fécondant. On peut, comme l'avait déjà vu Spallanzani, mutiler de toutes façons un mâle au moment de l'accouplement sans que l'accouplement cesse. Tarchanoff a extirpé le cœur, les poumons, le testicule même, avec le môme résultat négatif, tandis que l'extirpation ou la simple section des vésicules séminales qui les vidait de leur contenu faisaient immédiatement cesser l'accouplement ou l'empêchaient de se produire quand il n'avait pas été commencé. La simple dilatation des vésicules séminales par un liquide inerte, du lait par exemple, suffisait au contraire pour produire un besoin sexuel artificiel. En résumé, chez la grenouille, l'excitation sensitive qui éveille le besoin sexuel partirait des vésicules séminales et se transmettrait par les nerfs de ces vésicules jusqu'aux centres nerveux. Il se produit ainsi une excitabilité spéciale de cescentres, correspondant à l'instinct sexuel et grâce à laquelle la moindre excitation provenant de la femelle en rut détermine chez le mâle les mouvements appropriés â la recherche de la femelle et à l'accouplement.

Quels sont maintenant les centres de ce besoin sexuel? On connaît l'hypothèse de Gall qui faisait du cervelet l'organe de l'instinct génésique ou du sens génital, hypothèse .reprise depuis par Lussana qui y place à la fois le seus musculaire et le sens êtotique. Mais malgré quelques faits do physiologie et d'analomie comparée qui semblent l'appuyer, celle hypothèse ne peut être adoptée. Il est bien prouvé aujourd'hui que le besoin sexuel peut persister malgré l'absence ou l'extirpation du cervelet.

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D'après les expériences de Gollz, cet instinct sexuel mil contraire serait aboli après L'extirpation des hémisphères cérébraux chez le chien. Chez la grenouille il n'en serait pas de môme et il persiste encore après l'ablation des hémisphères.

Certaines expériences sembleraient indiquer l'existence dans le cerveau de centres d'arrêt qui suspendent ou abolissent le besoin sexuel. Tarchanoll a vu chez la grenouille l'excitation des tubercules bijumeaux arrêter immédiatement l'accouplement. La couche optique, d'après les recherches d'Albertoni, aurait la même fonction chez la tortue ; le plus léger contact de la couche optique au moment de l'accouplement suffit pour que le mâle se détache immédiatement de la femelle.

Pour étudier l'évolution de l'instinct sexuel, et pour en saisir les premières traces , il faut remonter jusqu'aux organismes inférieurs. Le besoin sexuel a dû se montrer dans la série animale dès que la séparation des sexes sur des individus différents a nécessité le transport de l'élément mâle ou de l'individu mâle vers l'élément femelle ou l'individu femelle. Les recherches de Balbiani ont démontré en effet l'existence d'un accouplement véritable chez un grand nombre d'infusoires ; or cet accouplement ne peut guère se comprendre sans un besoin correspondant qui pousse le petit être à rechercher la rencontre d'un autre organisme, de môme que le besoin de la faim se révèle chez ces animaux par la poursuite d'une proie. On retrouve môme dans les phénomènes qui précèdent la copulation quelque chose qu'on pourrait comparer au rut des animaux supérieurs. Ainsi chez le tetramitus mstratus, observé par Dallinger etDrysdale, la moitié postérieure du corps prend un autre aspect, les noyaux grossissent, les pulsations des vacuoles contractiles sont beaucoup plus énergiques et la voracilédu petit être augmente. « Aux approches de l'époque de la propagation, dit Balbiani (cité par Binet, la Vie psychique des micro-organismes), les paramécies viennent de tous les points du liquide se rassembler en groupes plus ou moins nombreux. Une agitation extraordinaire, et que le soin de l'alimentation ne suffit plus à expliquer, règne dans chacun de ces groupes ; un instinct supérieur semble dominer tous ces petits êtres ; ils se recherchent, se poursuivent, vont de l'un à l'autre en se palpant à l'aide de leurs cils, s'agglutinent pendant quelques instants dans l'attitude du rapprochement sexuel, puis se quittent pour se reprendre bientôt de nouveau... Ces jeux singuliers, par lesquels ces animalcules semblent se provoquer mu-

tuellement à l'accouplement, durent souvent plusieurs jours avant que celui-ci devienne définitif. » Des phénomènes du môme ordre ont été observés par Engelmann chez les voiHicelles. Chez ces infusoires c'est du noyau que semble dériver le besoin sexuel. En effet, d'après une observation de Balbiani sur le paramœcium aurelia, quand la substance du noyau est détruite par l'envahissement des bactéries parasitaires, le besoin sexuel disparaît et l'animal ne s'accouple plus. Il y a là l'équivalent de la castration des animaux supérieurs.

A mesure qu'on s'élève clans la série et que les sensations se perfectionnent et se multiplient, les manifestations du besoin sexuel augmentent de variété et d'intensité. Il ne faut môme pas remonter bien haut pour trouver des signes de sensibilité sexuelle exquise ; il n'y a, pour s'en assurer, qu'à lire les pages ingénues consacrées par Swammerdam aux amours des limaçons. Chez les limaçons comme chez les autres espèces hermaphrodites à fécondation séparée, le besoin sexuel est double ou plutôt il doit être un composé résultant du mélange des deux genres de sensations sexuelles.

Le besoin sexuel n'a pas seulement pour but la recherche de la femelle. Chez les espèces à sexes séparés qui ne s'accouplent pas, comme les poissons, les manifestations de ce besoin, tout en n'ayant pour but que la possession des œufs à féconder, ne sont pas moins intenses et n'ont pas moins de violence que dans les autres espèces. On retrouve chez les premières comme chez les secondes les mêmes impulsions, les mômes poursuites ardentes, les mômes combats acharnés.

Est-il possible d'aller plus loin dans l'interprétation du besoin sexuel ? Sans entrer dans les détails du mécanisme de la fécondation, pour lesquels je renvoie aux ouvrages spéciaux, je rappellerai qu'au moment où le spermatozoïde arrive dans la couche muqueuse qui entoure l'ovule et avant môme qu'aucun contact ait eu lieu entre le spermatozoïde et le protoplasma de l'ovule, ce protoplasma s'amasse du côté qui fait face au spermatozoïde et forme une saillie hyaline à la surface de l'ovule. Bien tôt un mince filet de protoplasma fait communiquer le sommet de cette saillie et la tête du spermatozoïde qui pénètre peu à peu clans l'ovule par un procédé comparable à l'écoulement d'un liquide visqueux. Il se passe là un phénomène comparable à l'attraction de deux corps ayant une certaine affinité chimique. Les recherches récentes de Pfeffer sur les spermatozoïdes des cryptogames tendraient en effet à faire considérer la pénétration du

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spermatozoïde dans l'œuf comme un phénomène chimique, hypothèse déjà émise par Strassburger. Pfeffer s'est assuré que les sperinalozoïdes sont attirés par une substance sécrétée par l'organe femelle, substance qui varie suivant la nature de la plante, tandis que toutes les autres substances restent sans effet; ainsi pour certaines fougères, c'est l'acide malique, pour certaines mousses, le sucre de canne et la substance n'agit que lorsqu'elle se trouve à un certain degré de dilution.

On serait donc tenté de rattacher l'excitation sexuelle qui pousse le mâle à rechercher la femelle à une action chimique qui s'exercerait soit directement sur le protoplasma de l'organisme comme chez les êtres inférieurs, soit indirectement par l'intermédiaire du système nerveux et en particulier par l'odorat chez les animaux plus élevés clans la série.

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