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LES LOCALISATIONS CÉRÉBRALES

Au milieu du xviii" siècle, ud professeur de Fribourg-en-Brisgau, nommé Joseph Baader, publiait, sous le titre de Ohservationes medicx', incisioizibus cadavcrum analomicis illiislratœ, un recueil d'observations faites à Vienne entre 1746 et 1750'. A la suite de son observation XXU, il écrivait les lignes suivantes qui contiennent en germe toute la doctrine officielle moderne relative aux localisations cérébrales.

« Si maintenant nous comparons avec soin aux lésions trouvées sur le cadavre les symptômes notés sur le vivant, nous pouvons en déduire trois conséquences utiles à la pratique médicale. D'abord que les éléments et l'action du cerveau subissent la décussation, en sorte que la sensibilité et la motilité d'un côté du corps sont sous la dépendance de l'hémisphère cérébral opposé. Toujours, en effet, notre malade souffrit du côté droit de la tête, et de ce côté fut trouvé l'abcès, tandis que l'hyperesthésie et les convulsions ont toujours occupé le bras gauche... En troisième lieu, il devient évident pour nous que, par de nombreuses observations recueillies avec soin et comparées attentivement entre elles, nous pourrions savoir et prévoir, pour le i^rand bénéfice des praticiens, quelle partie du cerveau donne à tel ou tel membre la sensibilité ou le tnouvement ; en sorte que, connaissant le membre souffrant, on pourra déterminer quel point du cerveau est malade, et inversement, étant do7inée une lésion déterminée du cerveau, prévoir quel membre doit être affecté. Ainsi, chez notre malade, la douleur et l'abcès siégeaient sous le pariétal droit, et les convulsions occupaient le bras gauche. Or nous verrons plus loin un jeune homme paralysé et contracture à droite, dans le cerveau duquel

' Ce uaitc, imprimé pour la première fois en 1762, a été réimprimé dans le tome III du Thésaurus iisseriationum de Sandifort (Lugd. Batav.., 177^)-

NVirl APPENDICE.

nous trouvâmes, sous le pariétal, deux tubercules de la dure-mére, et dans l'hémisphère gauche, au niveau des lobes moyen et antérieur, des hydatides, ou mieux des (( phlegmasies h, si je puis m'exprimer ainsi. Peul-êire. après comparaison semblable de plusieurs observalioiis, pourrons-nous enjin conclure avec certitude que la région du cerveau qui siège sous le pariétal commande à la motilité et à la sensibilité du membre supérieur du côté opposé. )) (Traduit du Thés, dissert., tome III, p. 29.)

Quelques années plus tard, un jeune homme d'un esprit réfléchi et observateur, Joseph Gall', remarquait que plusieurs de ses compagnons d'étude, sur lesquels il l'emportait dans les compositions écrites mais qui le dépassaient dans les examens où la mémoire jouait le premier rôle, possédaient un point commun de ressemblance : leurs yeux étaient gros et saillants.

Il pensa que cette particularité ne pouvait être attribuée au hasard et il en conclut que, si la mémoire se manifestait par des signes extérieurs, il devait en être de même des autres facultés. De recherches en recherches, il finit par constituer tout un système qu'il a exposé dans les volumes publiés successivement, de 1810 à 1820, sous le titre : Anatomie et physiologie du .système nerveux en général et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité de reconnaître les dispositions intellectuelles et morales par la configuration de la tète. Ses idées, qu'il a reprises en 1826 dans un ouvrage en six volumes intitulé Fonctions du cerveau, furent commentées et légère • ment modifiées successivement par Spurzheim-, Combe-'' et Fossati ^.

En 1841, le magnétiseur Lafontaine alla donner en Angleterre un certain nombre de séances expérimentales, au cours desquelles il montra les effets qu'on pouvait déterminer en agissant magnétiquement sur le cerveau des sujets.

« En magnétisant, dit-il •'•, d'une certaine façon, telle ou telle

' Ne en 175N, dans le grand-duché de Bade, mort en 1828 à Paris. - Observations sur 1.7 Plirénoloç:ie, 1818, 1 vol. in-i8.

3 Traité complet de Phrénolo^ie. traduit de l'anglais par le D' Lebeau. i^-i^. 2 vol. in-S".

** Manuel pratique de Phrènolo^ie, 18^5, i vol. in-i8. •^' L'art de via'^néîiser. Paris, 1852, p. 243.

NOTE B. \IX

partie du cerveau d'un somnambule, j'ai souvent obtenu le développement de tel ou tel sentiment: ainsi, en magnétisant la partie du cerveau où la phrénologie nous indique la vénération, j'ai toujours vu le sujet tomber à genoux et joindre les mains en les élevant vers le ciel, et en ouvrant les yeux avec un sentiment de prière.

« De même, lorsque j'ai magnétisé telle autre partie du cerveau, comme celle où on nous indique la peur, la colère, la gaieté, la mélodie, j'ai toujours obtenu un succès complet dans l'expression de ces sentiments.

« J'entends déjà les magnétiseurs me dire : « Mais ce sont des transmissions de pensée. » Je répondrai : Oui, ce sont, en effet, des transmissions de pensée, quand j'agis par exemple sur des sujets qui sont un peu clairvoyants, mais lorsque j'agis sur des individus qui ne m'ont jamais donné l'ombre de la moindre lucidité et que j'obtiens les mêmes résultats, je suis obligé de chercher. Et de plus, quand prenant deux sujets qui n'ont jamais rien vu et qui peuvent à peine répondre, quand, dis-je, j'agis simultanément sur les deux et sans penser à rien, en attaquant une partie du cerveau chez l'un et une autre partie chez l'autre, et que j'obtiens alors soit la gaieté sur l'un, soit la peur sur l'autre, je suis bien forcé de reconnaître qu'il y a l;i aussi comme un effet physique. «

A la suite de ces séances, de nombreuses expériences de même nature furent réalisées en Angleterre, notamment par Spencer Hall, magnétiseur anglais célèbre à cette époque : en opérant sur des sujets magnétisés, il déterminait, par la pression de son doigt sur les parties du cerveau indiquées par Gall comme le siège de certains sentiments, la manifestation de ces sentiments.

Braid, le chirurgien de .Manchester que les écoles officielles d'hypnotisme ont adopté comme leur père, décrit ainsi, dans sa Ncitrhypnologie les essais qu'il fit en 1842 :

Il -Mettez le patient dans l'état d'hypnotisme de la façon habituelle, étendez ses bras pendant une minute ou deux, puis replacez-les doucement sur les genoux et laissez-le dans le repos absolu pendant quelques minutes. Placez alors la pointe d'un ou deux doigts sur le centre de l'un des organes les plus développés et appuyez doucement; s'il ne se produit pas de changement dans la physionomie ou

APPENDICE

de mouvement du corps, frictionnez légèrement; puis demandez au su)et, d'une voix douce, à quoi il pense, ce qu'il aimerait, ce qu'il voudrait faire ou ce qu'il voit, selon la fonction de l'organe que vous mettez à l'épreuve ; réitérez les questions, la pression, le contact ou la friction de l'organe, jusqu'à ce que vous obteniez une réponse. Si le sujet est très apathique, une légère pression sur les globes oculaires peut être nécessaire pour le faire parler. Si la peau est trop sensible, il peut s'éveiller ; dans ce cas il faut essayer de nouveau, attendant un peu plus longtemps. S'il est trop apathique, essayez encore, en commençant les manipulations plus tôt.

« Il faut recommencer les opérations à de nombreuses reprises avec le même sujet en variant le moment du début des manipulations, car ii est impossible de connaître a priori le moment précis où il faudrait commencer; un grand nombre de cas les plus probants n'ont réussi qu'en partie ou ont échoué complètement à la première ou à la seconde épreuve. Quand l'instant est déterminé, il est plus facile de provoquer de nouvelles manipulations et les faits deviennent de plus en plus probants au fur et à mesure des épreuves. » (Pp. 129- 130 de la traduction du D' Simon.)

Voici quelques-uns des résultats qu'il a obtenus :

Une légère pression sur les os du nez fut immédiatement suivie d'éclats de rire immodérés qui cessèrent en même temps que le contact; on obtenait des effets très curieux en faisant chanter au patient un air grave et solennel qui se transformait en éclats de rire dès qu'on le touchait de la manière indiquée, pour reprendre ensuite.

Si la pression était appliquée au menton, il y avait arrêt immédiat de la respiration avec soupirs et sanglots qui ne duraient que pendant le contact.

En touchant à la fois le nez et le menton, on avait un assemblage bizarre de rires et de pleurs.

La pression ou la friction de la circonférence des orbites produisait des spectres d'aspect brillant ou gai quand on opérait sur le bord supérieur, et d'aspect terrifiant quand on opérait sur le bord inférieur.

La pression sur l'organe du son produisait le désir de chanter. En pressant celui de la combativité on provoquait la colère ; en pressant

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