XXXI\ APPENDICE
Ce que la pressio}i fait, la friction le défait : l'une arrête la circulation, l'autre la rétablit. Ainsi, mettant le sujet en état de catalepsie totale par l'imposition de la main droite, je réveille, comme l'ont indiqué M-M. Binet et Féré, séparément chacun des sens dont l'exercice est suspendu, par la friction du point du crâne correspondant.
Il y a une loi plus générale à laquelle se rattache cette observation. Quand le sujet est très sensible, il suffit d'augmenter progressivement la pression pour produire successivement la catalepsie, le somnambulisme et la léthargie de l'organe sur lequel on agit; à l'aide des frictions on fait repasser l'organe par les mêmes phases pour le ramener à l'état normal. Je presse, par exemple, le point 14 ou 15, le membre actionné se soulève d'abord en prenant la raideur cataleptique; si la pression continue, le membre retombe, il éprouve des fourmillements, et on peut alors lui donner la suggestion d'exécuter un mouvement déterminé à une époque déterminée; le mouvement s'exécutera, comme il a été dit, sans que le sujet en ait conscience. La pression continuant encore, le sujet cesse d'avoir la sensation de son membre qui est complètement inerte et insensible. On obtiendra des phénomènes analogues en pressant de plus en plus le point correspondant à un sens, tel que le n» 9 du coté droit ; l'œil droit commencera par devenir presque insensible à la lumière, puis il deviendra suggestible et enfin le sujet n'aura plus conscience de cet organe.
Une friction sur les points commence par annuler les effets produits par la pression et, si elle se prolonge suffisamment, elle produit les effets inverses. Ainsi une friction sur la partie supérieure du milieu du front (n° 16) finit par évoquer des idées criminelles : sur le n" 2, elle amène la perte de la mémoire en général, tandis que la friction sur le n° 1 rappelle la mémoire spéciale du nom des personnes, mémoire qui avait été supprimée par une pression sur ce point.
Cette propriété permet de faire, pour ainsi dire, la preuve p.ir suggestion des localisations cérébrales. Par exemple, je dis au sujet : « Au réveil, vous aurez oublié votre nom. >■ Au réveil, il l'a oublié et je ramène la mémoire du nom par une friction sur la racine du
NOTE B
I,i)':ai.isations ciiniijinALES.
Les looalisalions spéciales de la mémoire sont désignées pai- des cliilîics [ou des groupes de trois lettres italiques.
nez. Ou bien : « Au réveil, vous ne pourrc/; plus icmuci la jambe droite )> ; l'effet se produit et il disparaît par une friction sur le point 15.
La friction doit, pour être efficace, s'exercer sur le point précis ; cependant il arrive que certaines suggestions, notamment celles qui ont trait aux mouvements, disparaissent aussi par une friction sur le sommet de la tête; on remarquera, en effet, que la pression sur le vertex (n" 13) commande aux mouvements de tout le corps. 11 y a là des phénomènes complexes qui n'ont point encore été suffisamment analysés.
XXXVI APPtN'DlCE.
Chez certains sujets d'une sensibilité exceptionnelle, comme Lina, on arrive à déterminer tous les effets produits ordinairement par la pression ou la friction, simplement à l'aide du rayonnement des doigts ou même du regard, la fixation prolongée agissant comme la pression, et les passes rapides à distance comme la friction.
En 1887, pendantque je m'occupais de ces recherches, .M. -Mathias Duval résumait dans une conférence claire et précise, faite à la Société d'anthropologie, les résultats qu'on pouvait considérer comme certains, relativement aux cenlres de la mémoire.
La lésion delà première temporale gauche, disait-il, produit, chez un individu droitier, la perte de la mémoire des sons verbaux, c'està-dire que l'individu entend, raisonne, mais a oublié le sens conventionnel attaché aux mots dont on se sert pour lui parler dans les langues qui lui sont familières. La première temporale gauche peut donc être considérée comme le siège de la mémoire auditive verbale [m a v) (Fig. p. xxxv) '.
La seconde pariétale gauche correspond à la mémoire visuelle verbale ("î I' ri; c'est dans cette partie du cerveau que s'emmagasinent les souvenirs à l'aide desquels les signes des lettres évoquent des idées conventionnelles. La personne chez qui cette partie n'a plus la vitalité normale ne sait plus lire, mais elle peut encore écrire-.
Le souvenir des mouvements qu'il faut faire pour tracer les diverses lettres de l'écriture, la mémoire motrice graphique [m m g)
' Un des malades observés s'est peu à peu rétabli d'une attaque d'apople.xie. mais il semble eue resté sourd et idiot, car il répond de travers au-\ questions qu'on lui pose et il ne comprend pas la conversation. Cependant, lorsqu'il parle spontanément ou qu'il répond à sa propre pensée, il s'e.\prime fort correctement : de même il répond d'une façon normale aux questions posées par écrit. Ce n'est donc pas l'intelligence qu'il a perdue: il lui manque de comprendre le langage parlé. Quand il entend parler sa langue maternelle, c'est comme s'il entendait une langue complètement inconnue de lui ; il ne comprend plus les mots entendus: il est frappé de surdité verbale.
- Cette maladie fut observée pour la première fois chez un commerçant. «Il veut envoyer un ordre par écrit relatifà ses affaires; il écrit lisiblement ; croyant avoir oublié quelque chose dans sa lettre, il la reprend et alors se révèle, dan.s son origine fantastique, le phénomène que nous allons étudier. Il avait pu écrire, mais il lui était impossible de relire son écriture. Il ne peut lire, il ne peut comprendre ce qu'il écrit. Il est atteint de cécité verbale.