SCÈNE VI
grossir son armée de plus de quarante ou cinquante mille émigrés.
DANTON
Vous connaissez, Manuel, l'influence des prêtres sur le peuple. Tous ces curés renfermés aux Carmes et à l'Abbaye, une fois répandus dans les campagnes, vont soulever les paysans. Il y a encore plus de fanatisme religieux qu'on ne le pense : les classes éclairées sont philosophes, mais le peuple est toujours prêtre ►
MANUEL
Je leur ai promis la liberté,- ils espèrent être libres demain. Voulez-vous que je manque à la parole sur laquelle ils ont compté ?
ROBERSPIERRE
Cette objection, toute peu fondée qu'elle soit, mon cher Manuel, fait honneur à votre caractère. Oui, les promesses sont sacrées , et la parole d'un honnête homme est inviolable. Cependant il faut distinguer. Qa'avez-vous promis? Vous avez promis de faire exécuter la loi j vous n'avez pu promettre autre chose. Or, qu'est-ce que la loi? La loi, c'est la volonté du peuple rendue sensible par la parole ou par l'écriture; or, le peuple ne veut pas que l'on augmente lenombre deses ennemis, n'estilpas vrai? il veut, ou du moins il doit vouloir qu'où
les détruise : ansi donc ^ dans ce moment^ la loi n'est autre chose que la destruction des ennemis de la patrie, et toutes les promesses que vous avez pu faire sont nécessairement dans la dépendance de cette volonté générale et sacrée.
MANUEL
Mais, Roberspierre , je leur avais promis sur l'honneur.