SCÈNE VIL
MARAT
Que dites-vous donc là, mon cher ami, est-ce que vous prenez la mouche ^ ces procureurs ont Famé si sensible. Ah ! corbleu , si vous aviez entendu le calotin , qu'auriez- vous donc fait? quel fat que cet évêque !
MANUEL
Que disait cet homme?
MARAT
Ce qu'il disait î le voici : « Ma mort est résolue ; Manuel m'avait promis protection et sécurité , je devais m'attendre à quelque pié^^e. Toi , Marat , son digne acolyte... »
MANUEL , à part.
Moi!
MARAT
« Va lui dire qu'il réunit la lâcheté du tigre à sa férocité. Nous savions bien qu'il voulait notre mort • et , quand il nous promettait la liberté , personne de nous n'était dupe de ses fourberies cruelles. Il a fait une liste de tous ceux qui demandaient à quitter la France, afin, disait-il, de leur délivrer des passe-ports. C'est une liste de mort qu'il dressait en ce moment. Bourreaux, vous voulez nos têtes : frappez , le bras de Dieu frap-
pera à son tour î » Là-dessus , un gendarme lui a appliqué un soufflet qui lui a coupé le sifflet , et qui m'a fait partir d'un éclat de rire.
DANTON
Vous le voyez, Manuel, voilà comment ils comptent sur votre parole ; plus justes envers eux-mêmes que vous ne l'étiez , ils savent trop qu'ils ont mérité la mort.
ROBERSPIERRE
Il y a contrat synallagmatique entre celui qui promet et celui qui reçoit la promesse ; quand ce dernier n'accepte pas , l'autre n'est pas tenu.
MANUEL
Les égorger!
ROBERSPIERRE
Dans les temps de révolution, les meurtres sont bien souvent justifiés par la politique. Cependant, je l'avoue , j'aurais préféré un tribunal composé d'hommes choisis.
MARAT, s'approchant de la fenêtre et riant aux éclats.
Ah î ah î ah ! allez donc; comme il les mène, ce gaillard de Mercier : voilà vingt ou trente diseurs de messes qu'il a rassemblés sur la place : il paraît que la chasse a réussi. Allons , cela promet. En passant dans la rue Sainte-Marguerite , j'ai ren-