‹ Les septembriseursChapitre 222 sur 300 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

CHARLOTTE CORDAY

Peut-on abuser ainsi des mots les plus sacrés ! Demander du sang au nom de l'humanité !

M. DUPERRET

Voilà les hommes qui dominent aujourd'hui la Convention.

CHARLOTTE CORDAY

Je n'ai pas vu Marat.

M. DUPERRET

Il garde l'appartement depuis quelque temps ; j'ignore si c'est grimace ou maladie réelle.

CHARLOTTE CORDAY

Il ne sort pas de chez lui ?

M. DUPERRET

Non • mais il nous régale chaque jour d'une épître de sa belle main blanche.

CHARLOTTE CORDAY

J'aurais bien voulu le voir.

M. DUPERRET

Oh ! mademoiselle y il vous eût fait peur.

CHARLOTTE CORDAY

Bah ! monsieur Duperret , vous ne me connaissez pas.

Je ne suis point aussi petite-maîtresse que vous

vous l'imaginez.

M. DUPERRET

Eh bien , moi ^ mademoiselle , je vous avouerai franchement qu'il m'effraie. Figurez-vous une bouche de crocodile recouverte d'un énorme bec de hibou • un œil en haut^ un œil en bas; une peau verdâtre et plissée : le tout sur un corps de crapaud contrefait.

CHARLOTTE CORDAY

Je ne quittera» point Paris sans l'avoir vu.

M. DUPERRET, riant.

Allez lui demander la permission de lui souhaiter le bonjour. Oh ! il aime les jolies demoiselles, le monsieur. Il vous recevra bien.

CHARLOTTE CORDAY , après un moment de silence.

Monsieur Duperret , croyez-moi, quittez Paris ; votre présence est aussi inutile à la Convention qu'elle pourrait être utile ailleurs. Allez rejoindre vos amis qui sont à Caen , et qui s^apprêtent à venir délivrer la France ; allez vous réunir à eux ; car, je ne dois pas vous le dissimuler, ils ne sont point assez fortspar eux-mêmes. Ils succomberont si l'on ne vient à leur secours , si on ne les aide à détruire les tyrans. Je vous le répète , monsieur ,

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