‹ Les septembriseursChapitre 78 sur 300 · UN DES JUGES · texte numérisé non relu

UN DES JUGES

Mais enfin il n'y a pas de feu sans fumée , il faut dire pourquoi on vous accuse de cela.

JOURNIAC

C'est ce que j'allais faire. Vous savez, messieurs, que cejournal était une espèce de tronc dans lequel on déposait les calembours, quolibets, épigrammes, plaisanteries, bonnes ou mauvaises, qui se faisaient à Paris et dans les quatre-vingt-trois départements. Je pourrais dire que je n'en ai jamais fait pour ce journal, puisqu'il n'existe aucun manuscrit de ma main j mais ma franchise, qui m'a toujours bien servi, me servira encore aujourd'hui, et j'avouerai que la gaieté de mon caractère m'inspirait souvent des idées plaisantes que j'envoyais au sieur Gautier, véritable rédacteur de la Cour et de la paille; d'ailleurs, je vous donne ma parole d'honneur...

UN JUGE

Eh! monsieur, il n'est plus question de parole d'honneur.

JOURNIAC

Tant pis, monsieur^ car la mienne est bonne.

LE PRÉSIDENT

Quels propos aristocrates avez-vous tenus au Palais-Royal chez des libraires?

JOURNIAC

J'ai dit que presque tous les nobles de l'Assem-

SCÈIVE XVIII. io3

blée constituante qui s'étaient montrés si patriotes , avaient beaucoup plus travaillé pour satisfaire leurs intérêts et leur ambition que pour la patrie. Il y a long^-temps que je prévoyais une grande catastrophe , résultat nécessaire d'une constitution ravie par des égoïstes qui ne travaillent que pour eux, et surtout du caractère des intrigants qui la défendaient. Dissimulation, cupidité et poltronnerie étaient les attributs de ces charlatans^ fanatisme , intrépidité et franchise, formaient le caractère de leurs ennemis j il ne fallait pas de lunettes bien longues pour voir qui devait remporter.

BERTRAND , entrant d'un air effaré.

Au secours ! à la garde ! Monsieur le président voilà Maussabré, Tun des prisonniers, qui se sauve par la cheminée.

LE PRÉSIDENT

Faites tirer dessus des coups de pistolet j du reste, s'il échappe , vous m'en répondez sur votre tête.

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