SCENE III. i
DANTON. (Il se promenait dans le fond dn la salle, les bras croisés, el dans rallilude d'un homme qui médite. S'approrhant de Billaud-Vareniies el de: Maillard:)
Il faut que toutes les barrières soient fermées • (juc le tocsin sonne j que l'on entende le canon d'alarme j puis annoncez la prise de Verdun. Au milieu de la stupeur générale , jetez-vous dans les prisons et frappez. Que le premier qui tenterait de les défendre , tombe mort à l'instant. Mais surtout, Maillard, de la rapidité,- entraînez la foule, et qu'elle n'ait pas le temps de se voir.
MAILLARD
Il serait possible que quelques-uns de ces lâches scélérats eussent des armes cachées : si Ton faisait préalablement une visite dans leur prison ?
BILLAUD-VARRENNES.
On leur a enlevé jusqu'à leurs fourchettes. Cependant, mon cher Danton, prenez garde de vous trop exposer dans cette affaire.
DANTON
Ne craignez rien. Du reste, j'ai déjà bien joui de la vie ; si l'on me tue , ma foi je dirai : Bonsoir, allons dormir. Il vaut mieux vivre beaucoup que de vivre long-temps.
MAILLARD, bas à Marat.
C'est un fameux b que M. Danton !
î4 LA MAIRIE.
MARAT
N'est-ce pas? Oh! il y a de l'idée dans cette grosse tête !
DANTON
MM. Panis et Sergent, il faut parcourir les rues en répandant le bruit que les prisonniers sont armés de poignards ; que pendant la nuit ils doivent massacrer leurs gardes, briser leurs fers , et égorger tous les Parisiens. Marat le répétera dans son ^mi,
MARAT
C'est déjà fait. ( a part, à Roberspierre. ) Je n'ai pas envie de me fourrer dans l'échauffourrée : chacun défend sa patrie comme il peut ^ moi , j'excite le peuple, mais je n'irai pas sur les lieux.
ROBERSPIERRE
Ni moi non plus.
BILLAUD-VARENNES
Il faut que j'aille visiter les prisonniers.
MATHIEU
Si vous le permettez, Billaud , je vous accompagnerai : il y a quelques figures que je ne serais pas fâché de voir. Où a-t-on fourré ce scélérat de La Rochefoucauld ?