PERIODE D'INCUBATION
La durée d’incubation de la maladie est courte, en moyenne de un à cinq jours.
À Haverhill, PLACE et SUTTON ont pu préciser dans trois cas le délai qui s’est écoulé entre l’absorption du lait présumé contaminé et les premiers symptômes de la maladie, et déterminer ainsi la durée d’incubation de la Fièvre d'Haverhill. Chez une femme de vingt-huit ans qui absorbe le lait contaminé le 21 et le 22 janvier, les premiers symptômes apparaissent dans la nuit du 22. Dans le deuxième cas, il s’agit d’un enfant de huit mois, qui est alimenté avec le lait suspect le 21 et le 22 janvier. Il tombe malade le 23. Enfin l’incubation est de 3 jours chez un homme de vingt-deux ans, venu de Boston pour soigner son père.
A Chester, ARMSTRONG en se basant également sur la date d'absorption du lait avait pu conclure, d’après un petit nombre d’observations, que la durée d’incubation de la maladie épidémique était de deux à quatre jours.
Les observations sporadiques, consécutives à une morsure de rat, confirment cette courte incubation. Elle est de vingtquatre heures dans l’observation de Dopp, de cinq jours dans le cas rapporté par SCHARLES et SEASTONE, de trois jours chez notre malade.
La connaissance de cette courte incubation est d’un intérêt considérable. La septicémie a streptobacillus moniliformis consécutive à une morsure de rat peut être confondue avec le Sodoku. L’incubation du Sodoku est beaucoup plus longue, en moyenne de quinze jours. La précision de la durée d’incubation apparaît ainsi un des éléments du diagnostic différentiel des deux maladies.
L'incubation est en règle silencieuse. Néanmoins quelques symptômes généraux sont parfois relatés. PLACE et SUTTON, chez un petit nombre de malades de l’épidémie d’Haverhill, ont pu relever une histoire mal définie de malaise, de douleurs dans les extrémités, et de céphalée. Ces symptômes, d'apparition progressive, précédaient de peu le début explosif de la maladie. Quant à la plaie observée, lorsque la septicémie est consécutive à une morsure de rat, elle se cicatrise rapidement en quelques jours sans suppuration. Elle peut cependant être le siège de petits symptômes inflammatoires. Dopp relate un aspect tendu et luisant de la phalange autour de la morsure. SCHARLES et SEASTONE notent trois jours après la morsure une sensibilité anormale au niveau de la plaie, et des traînées de lymphangite sur l’avant-bras. Ces symp-
tômes rétrocèdent d’ailleurs en quarante-huit heures sous l'influence d’un traitement local.
Ces symptômes locaux, dont la constatation est banale après une inoculation septique, sont précoces et transitoires et ne peuvent pas être confondus avec le chancre d’inoculation du Sodoku. Ils sont d’ailleurs inconstants puisque chez notre malade, la cicatrisation est apparue en cinq à six jours sans que le malade n’ait jamais ressenti quelque douleur, ou constaté la moindre tuméfaction ou rougeur anormale au niveau de la plaie qui avait servi de porte d’entrée au germe.