INTRODUCTION
Une observation clinique fournit à ce travail son point de départ.
La voici dans ses grandes lignes, telle qu’elle fut recueillie dans le service de notre maître le Professeur LEMIERRE, dont nous avions l’honneur d’être l’interne.
Un homme de 40 ans, en bonne santé, est mordu par un rat à l’index droit. Trois jours après cette morsure, il présente brusquement des frissons, une élévation de température à 40”, des vomissements, de la céphalée. Les jours suivants les symptômes généraux persistent : la température affecte un type rémittent quotidien, basse le matin elle s’élève autour de 40° le soir. Des manifestations pharyngées douloureuses, des symptômes articulaires généralisés complètent le tableau clinique.
Le malade est hospitalisé le vingtième jour de sa maladie. Pendant son séjour à l’hôpital Claude-Bernard, l'allure clinique de la maladie ne se modifie pas : la fièvre continue à présenter un maximum vespéral, les manifestations articulaires tout en demeurant généralisées prédominent au niveau des genoux, les douleurs pharyngo-laryngées persistent très pénibles.
Tous ces symptômes s’atténuent au bout de six semaines à la suite d’une injection intraveineuse d’argent colloïdal. La convalescence est progressive et la guérison obtenue sans séquelles.
Le diagnostic de Sodoku, d’abord envisagé chez ce malade en raison de l’antécédent d’une morsure de rat, dut être abandonné rapidement. L’incubation était trop courte : trois jours. On ne constatait pas au siège de la morsure l'existence
HOPIN
d’un chancre d’inoculation s’accompagnant de lymphangite et d’adénopathie régionales. La courbe fébrile ne présentait pas le type récurrent habituel de la fièvre par morsure de rat, constitué de poussées fébriles de un à quatre jours séparées par des périodes de rémission. Des inoculations du sang du malade à des souris blanches et à des cobayes demeuraient sans résultat. Enfin le traitement d’épreuve par le Novarsénobenzol ne modifiait pas l’allure de la maladie.
Si les investigations pour mettre en évidence Spirochoeta morsus muris demeuraient négatives, une hémoculture pratiquée le vingt-neuvième jour de la maladie se révélait positive quatre jours plus tard. Le germe identifié était une bactérie : le streptobacillus moniliformis de LEvaApiTI, NicOLAU et POINCLOUX. ‘
Nous fondant sur cette observation personnelle et sur quelques faits semblables publiés à l’étranger, nous avons alors, avec nos maîtres MM. LEMIERRE, J. REILLY et A. LAPORTE (1), attiré l’attention sur l’existence d’une nouvelle maladie par morsure du rat, tout à fait distincte du Sodoku. Reprenant les expériences réalisées en Angleterre par Miss STRANGEWAYS, nous avons apporté la démonstration que le streptobacillus moniliformis faisait partie de la flore bactérienne buccopharyngée du rat normal, ce qui expliquait qu’il puisse être facilement inoculé à l’homme par la morsure de ce rongeur.