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Les sérothérapies

Appelé, en iHpS, par la Faculté de médecine de Paris, à la chaire de Thérapeutique et Matière médicale, je l’occupais à l’heure où la Thérapeutique, éclairée par la Doctrine pastorienne, par les découvertes de R. Koch, de Brieger, de A. Gautier, suggestionnée par les recherches de Ch. Bouchard et de ses élèves, par les expériences de Ch. Richet et Héricourt, par les travaux de Metchnikoff et par ceux de Roux et Yersin ; à l’heure où la Matière médicale, enrichie par les découvertes de Behring et par celles de Brown-Séquard, allait scientifiquement s’engager dans des sentiers nouveaux.

J’étais appelé à professer à une heure où la Thérapeutique subissait une orientation nouvelle, où la Matière médicale avait à connaître d’inventions et de moyens à peine soupçonnés de nos pères. La Thérapeutique, de symptomatique qu’elle était, devenait pathogénique ; la Thérapeutique ne se faisait plus seulement palliative et défensive, elle se proposait d’être préventive, immunisatrice, vraiment curative; nous en étions aux premiers essais de sérothérapie, de microbithérapie, de toxinothérapie, aux premières applications d’opothérapie.

Ce sont ces actualités de la Thérapeutique, ce sont ces nouveautés de la Matière médicale, c’est l’emploi des sérums, c’est l’emploi des humeurs animales, qui allaient pour la première fois, à la Faculté, être enseignés aux étudiants et aux praticiens, soucieux de savoir ce que doctrines et applications thérapeutiques devenaient

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au milieu de cette évolution nouvelle de toutes les branches de la Médecine.

Dans la leçon-programme par laquelle j’ouvrais mon cours (1893), j’indiquais la nouveauté et la difficulté de ma tâche h

Je m’efforcais d’y marquer la forme nouvelle que devait prendre l’enseignement de la lliérapeutique, si cet enseignement voulait être moderne, si, sans rien répudier de l’empirisme de bon aloi dont sont faites les meilleures de nos médications, il voulait se vivifier aux doctrines pathogéniques et physiologiques qui, à notre époque, agitent la Médecine et mènent la 3’hérapeutique. Je m’efforcais d’y marquer le rôle du médecin-thérapeute, du médecin-guérisseur qui, poussé par l’orientation nouvelle de toutes choses, est contraint de mettre un esjirit encyclopédique au service de la lliérapeutique, qui n’est nullement, comme on le croit trop facilement, la science des médicaments, mais bien la science et l’art des médications.

Aujourd’hui moins que jamais la Thérapeutique ne saurait, sous peine d’impuissance, se cantonner dans les limites artificielles qui forment les frontières des diverses branches de la Médecine. Car, en somme, dans la pratique, c’est alors seulement que nous avons fait œuvre d’anatomistes, de physiologistes, de nosographes, alors seulement que nous sommes fixés sur la pathogénie de la maladie^ sur son diagnostic, sur son pronostic, alors enfin que nous avons établi le bilan du malade^ que, nous autres médecins-traitants , nous sommes à même de saisir les indications thérapeutiques, de discerner parmi les nombreuses médications celle qui s’impose, et d’aller demander à la Matière médicale des armes pour combattre.

Ce sont pareilles considérations que je développais lorsque je disais que c’est par la Thérapeutique que la Médecine se fait science appliquée, bien ou mal faisante ; que c’est comme thérapeute que le médecin s’affirme vraiment artiste, ainsi que le proclamait l’un de mes illustres prédécesseurs. Trousseau, passé maître inimitable en art médical.

La d’hérapeutique étant, à la fois, science et art de soigner les

I. L. Landouzy. — Coui’s de Thérapeutique et Matière médicale. Leçon d’ouverture. La Presse médicale, 1803, Décembre, n“ 2. p. 9.

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malades, il ne saurait, parmi toutes les branches de la Médecine, y en avoir une seule qui soit plus immédiatement pratique.

Toutes les branches de la médecine, l’anatomie, l’iiistologie, la physiologie, ranatomie pathologique, la microhilogie, la nosographie, la séméiotique, la pathologie générale, peuvent faire, de ceux c[ui les étudient, des savants, des naturalistes comme on disait autrefois, des biologistes comme on dit aujourd’hui ; la culture de toutes ces sciences ne saurait faire un médecin, encore moins un médecin-thérapeute. Se montreront médecins ceux-là seulement qui feront converger synthétiquement toutes leurs études vers la connaissance des médications, afin d’en pénétrer la science et d’en pratiquer l’art. Ceux-là, et ceux-là seulement, seront médecins, c[ui, ayant reconnu la maladie, ayant compris et pénétré le malade, cessant d’être simples spectateurs du drame morbide qui se joue devant eux, et devenant partie prenante, sauront entrer en lice, sauront se mêler à l’action et entreprendre quelque chose ^ avec la volonté expresse de changer le cours des événements, en leur imprimant telle direction qu’ils jugeront salutaire. A la minute seulement où ils agiront, ne serait-ce même que pour faire respecter la marche naturelle et souhaitable de certains troubles fonctionnels (crises urinaires, crises sudorales, diarrhées, crises de larmes, saignées naturelles, tels les épistaxis utérines et les flux hémorrhoïdaires, etc., etc.), à la minute seulement, où, de spectateurs ils deviendront acteurs, ils seront réellement médecins, synthétisant vraiment dans leur entreprise thérapeutique toutes les branches de la Médecine.

C’est que, à bien prendre les choses, la Thérapeutique est la moralité des études médicales, la raison d’être du médecin. Jusqu’à l’heure de nos premiers actes thérapeutiques, nous avons pu faire œuvre de recherches et de découvertes scientifiques, mais nous sommes devenus médecins à l’heure seulement où, visant le but défini de rendre aux malades la santé, nous avons employé pour l’atteindre une arme choisie, de préférence à toute autre, dans la Matière médicale.

C’est que la Matière médicale est cette branche de la Médecine qui connaît seulement des agents employés en Thérapeutique.

INTKODUCTION

Si la Matière médicale étudie les agents mis au service du .thérapeute, la Thérapeutique, elle, étudie les médications autant que les occasions et la manière de se servir de ces agents. Exceller en Thérapeutique, c’est exceller dans l’art de rétablir la santé. On pourrait dire, si l’on voulait emprunter à l’école -de guerre une juste comparaison, que la Matière médicale est notre science balistique, à nous autres médecins, comme la Thérapeutique est notre science tactique.

Il faut bien se garder de certaines illusions qui feraient croire que serait thérapeute celui qui posséderait le mieux sa Matière médicale, qui aurait complète la connaissance des origines, des propriétés physiques, chimiques, organoleptiques, des formes pharmaceutiques, des actions physiologiques, dynamogéniques ou toxiques des agents employés en médecine. Le posologue, le pharmacodynamiste, le possesseur de formules que serait celui auquel je fais allusion, risquerait fort de se montrer un piètre thérapeute, usant très maladroitement de ses armes. C’est que le vrai thérapeute est le tacticien que je visais tout à l’heure; il est l’homme qui saisit le moment précis de faire marcher ses troupes, et ne les engage que lorsqu’elles peuvent donner le maximum de leurs efforts, et produire le meilleur de leurs effets.

Le plus instruit de nos officiers sur la résistance générale des armées, sur la valeur comparée de l’infanterie et des autres corps, sur les armements modernes, sur la trajectoire et la force de pénétration des projectiles, pourra ne jamais faire qu’un piètre tacticien ; de même, le plus fort des biologistes sur les principes de la pharmacodynamie, sur les apports de la thérapeutique expérimentale, pourra n’être qu’un mauvais médecin-thérapeute. Ce qui fait le tacticien, ce qui fait le soldat victorieux, comme le thérapeute et le médecin-guérisseur, ce n’est point la science de la technique militaire ou la connaissance approfondie de la Matière médicale, c’est la conception que le tacticien aussi bien que le thérapeute savent jirendre, à l’heure décisive, de l’ensemble de leurs moyens d’action et de la masse des résistances à vaincre. En d’autres termes, ce qui fait le tacticien comme le thérapeute, c’est la complète connaissance des armées, c’est la science des médications, c’est l’art de sai-

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sir les indications, c’est l’art de les remplir. La victoire comme la guérison sont œuvres de stratégie, et voilà pourquoi, si nous ne manquons pas d’excellents traités de Balistique et de Matière médicale, nous avons si peu de très bons traités de Tactique et de Thérapeutique.

Si la Thérapeutique et la Matière médicale n’étaient pas deux choses essentiellement distinctes — • que cependant tant de médecins confondent — il n’y aurait pas de bons et de médiocres thérapeutes : les armes fournies par la Matière médicale étant les mêmes, les résultats heureux ou néfastes sont imputables à la valeur différente des hommes qui les emploient. Et cependant, les élèves en médecine, aussi bien que nombre de praticiens, sont loin de se faire des choses l’idée que j’essaye d’en donner ; il s’en faut, qu’on mette dans les mots thérapeutique, matière médicale, pharmacologie, thérapeutique expérimentale, la netteté d’acception et de définition qu’il y a dans les faits ; or, ne s’entendant pas bien sur la valeur des termes, on risque fort de ne pas se comprendre sur la valeur et l’importance des idées comme des choses.

Dussé-je scandaliser mes lecteurs, il faut que je dise que nombre de médecins — toute la faute n’en est pas à leurs Maîtres, mais à une certaine paresse intellectuelle bien douce à chacun de nous — se préparent assez maladroitement au traitement de leurs malades : quémandant à leurs livres de Thérapeutique des formules toutes faites ; exigeant de la Matière médicale des armes toutes chargées ; faisant ainsi œuvre passive, œuvre radicale^ là où précisément se suppose une œuvre éminemment active, intelligente, et opportuniste ; faisant acte de mémoire et non de réflexion, sans s’apercevoir que, procédant ainsi, ils s’exposent à être pris au dépourvu, si par malheur leurs souvenirs viennent à manquer, si l’arme que le pharmacien leur livre n’est pas conforme au modèle qu’ils se sont accoutumés à voir manier par leurs Maîtres. Dans de telles conditions, semblables médecins deviennent redoutables, car ils ont l’audace que prêtent la sûreté et la précision des moyens d’action. L’étude et la parfaite connaissance des indications, la discussion des médications et le choix des moyens, l’hésitation dans l’entreprise, la temporisation, l’ex-

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pectation, ne sont pas leur affaire. Pour un peu, ils diraient que tout cela est l’œuvre des ignorants, des impuissants, des sceptiques ; ils ont la foi des néophytes, si enviable, si féconde, et en inêine temps si dangereuse ! Pour un peu, pareils médecins se croiraient obligés d’avoir toujours prêt le même traitement pour chaque maladie, que celle-ci s’attaque à un bébé, à un enfant, à un adulte, à une jeune femme, ou à un vieillard!

C’est ainsi que, sans prendre la peine de se demander s’il faut faire quelque chose et quel sera le meilleur de ce quelque chose^ ils n’approchent pas un malade sans se croire obligés d’intervenir, au risque de troquer une expectation sage et bienfaisante contre une intervention puérile ou nocive. C’est qu’un commerce ininterrompu avec la Pathologie générale et les fréquentations cliniques quotidiennes ne les ont pas conquis à cette vérité, qui est le commencement de la sagesse en thérapeutique , que nous n avons pas à

traiter des maladies^ mais des malades.

Que le lecteur fasse un retour sur lui-même, et je suis certain qu’il ne me contredira pas. A l’hôpitai ou en ville, abordant un de ses clients, tant qu’il s’agit d’établir un diagnostic, de formuler un pronostic, de déduire une pathogénie, d’établir une étiologie, d’augurer de la marche et de la terminaison de l’affection, le praticien n’aura d’yeux que pour son malade, et non pour cet être de raison, pour cette entité schématique, cataloguée par les nosographes sous le titre de maladie : il voit, il pense, à juste raison, en clinicien

et non en nosographe. Et puis, par une aberration d’esprit des

plus bizarres, brusquement, quand il s’agit de passer au traitement de ce client, quand il s’agit de faire œuvre de thérapeute, les abstractions réapparaissent, et, à propos de son malade, le praticien sort de sa mémoire le traitement de la maladie. Alors qu’il devrait penser et agir thérapeutiquement, il tombe si bel et si bien en suggestion nosograjihique, que la maladie revient lui masquer le malade. De corps et de fait, il assiste le malade; mais, en pensées et en actes, il traite la maladie. Et le pli en est si bien pris, le praticien est tellement asservi par ses souvenirs nosographiques, que, petit à petit, sans s’en apercevoir, il est dupe de sa mémoire qui

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prend la place de son jugement. Il oublie tellement la personnalité de son malade, que, de clinicien redevenant nosographe, il le traite impersonnellement, lui appliquant, pour ainsi dire à la volée, tout un traitement fait d’abstractions : c’est la théorie du bloc, transportée de la Pathologie descriptive à la Clinique !

C’est ainsi que, par une pente douce, mais fatale, on aboutit à une déplorable manière défaire c[ue souvent, à l’hôpital, j’appelle, en un langage dont la liberté n’exclut pas l’exactitude, la thérapeutique réflexe : réflexe, parce que, sans choix, sans recherches, sans hésitations, elle laisse jaillir de la mémoire, percutée par le seul diagnostic, une médication, tout comme le marteau patellaire détermine le mouvement involontaire de la jambe. Cette thérapeutique n’est jamais excusable, en dépit de certaines apparences, même pour les médications dites spécifiques, car il est tel cas de syphilis ou de paludisme, par exemple, où l’on risquerait fort de compromettre la guérison en s’adressant, soit exclusivement, soit trop longtemps, au mercure, à l’iodure de potassium ou à la cjuinine.

C’est cette fâcheuse manière de faire que souvent encore je qualifie familièrement de thérapeutique cV équations ^ parce que l’esprit de celui qui la pratique semble avoir accepté un rapport mathématique et nécessaire entre telle maladie et tel agent de la Matière médicale.

Eh bien ! cette thérapeutique, logique et sûre d’apparence, elle fait facilement de jeunes médecins, timides en leurs jugements, des audacieux en leurs actes ; cette thérapeutique d’équations, cette thérapeutique réflexe, mise par le « Mémorial thérapeutique » à la portée des esprits paresseux ou irréfléchis, apprise aux laïques par la presse extra-médicale', a conduit à ce résultat au moins curieux, qu’à l’heure qu’il est, tout le monde fait de la thérapeutique, tout le monde donne des consultations, même les médecins.

Ne va-t-on pas voir, avant qu’il soit longtemps, .et pour peu que les choses aillent jusqu’à l’absurde, la Thérapeutique desservie par de véritables distributeurs automatiques, dont les boutons, pressés en ordre alphabétique, donneraient aux mots : cœur, des granules de

VI ir

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digitale ; névralgie, des pilules d’aconitine ; phtisie, de la créosote ; au mot pneumonie, du kermès assorti à l’inévitable vésicatoire. Ce qui nous ramènerait à iSooansen arrière, aux temps hippocratiques, à l’époque où, la Thérapeutique étant toute symptomatique, les malades venaient sur les murs des temples d’Esculape et d’Hygie lire, à côté de la description des maladies, l’indication des remèdes et des secours employés. Agissant ainsi, les malades et les médecins de la Grèce faisaient pour le mieux, ne pouvant agir autrement ; en face des malades, les Asclépiades pensaient, jugeaient symptomatiquement et thèrapeutiquaient de même.

Mais, ce qui était naturel, excusable pour les Primitifs, devient insuffisant et condamnable pour ceux qui, au travers des âges et des labeurs c{u’a vécus la Médecine, ont appris à penser pathogéniquernent, c’est-à-dire ont appris, en face . d’un malade, à saisir la série des actes morbides par lesquels passe toute son économie, depuis le moment où elle est assaillie par l’agent pathogène, jusqu’à la minute où, mobilisant ses forces de réaction et de résistance, elle devient le théâtre où se déroulera -ce drame, en plus ou moins d’actes et de talileaux, qui est la maladie. Et c’est précisément parce qu’une maladie est quelque chose qui marclie, qui évolue, c’est parce que le malade qui en est atteint est en constant devenir, que la Thérapeutique symptomatique, pour logique qu’elle paraisse, est d’ordinaire insuffisante.

Aussi le médecin qui veut agir, qui veut intervenir, doit-il d’abord pénétrer l’enchaînement des phénomènes morbides (l’action, comme on dit au théâtre), pour se déterminer, pour savoir par où, quand, comment il pourra jeter à la traverse de ces phénomènes (l action engagée) tels éléments nouveaux, autres ou contraires, qui modifieront la jiièce, la feront dévier, en changeront et en brusqueront le dénouement.

Pour intervenir utilement en pareilles aventures, il faut au médecin saisir d’abord les indications, c’est-à-dire avoir dégagé les raisons d’agir. Ces indications se déduisent de toutes les particularités présentées par le malade ; ces indications se déduisent non pas du fait, du symptôme, mais de l’enchaînement des troubles

IMTRODUCTION

fonctionnels ou organiques, de leur filiation, de leur subordination, de leur pourquoi et de leur comment.

A-t-on, par exemple, à secourir un vieillard en proie à une épistaxis, un catarrheux pulmonaire, un enfant fébricitant et toussant depuis peu, un hépatalgique, un malade qui se plaint d’essoufflement et d’insomnie rebelles : si l’on ne cherche pas, avant tout, le comment et le pourquoi de l’affection constatée chez chacun de ces malades, si l’on ne pénètre pas le procédé instrumental qui a congestionné la pituitaire, qui fait le flux bronchique, qui allume la fièvre, qui irrite le foie et qui trouble la circulation cérébrale, on en est réduit à faire le tamponnement des fosses nasales, à donner des béchiques, à prescrire la quinine, à pratiquer la révulsion sur l’hypochondre droit, à ordonner l’opium. Eh bien ! dans chacun de ces cas, on échouera piteusement, parce qu’on aura fait exclusivement de la thérapeutique symptomatique.

Bien au contraire, réussira celui qui sera thérapeute-pathogéniste. Il réussira, parce qu’il a su reconnaître que l’hémorragique est un artério-scléreux en hypertension, et qu’il a, chez lui, su provoquer une déplétion vasculaire par une évacuation intestinale; que le catarrheux pulmonaire est un emphysémateux avec dilatation du cœur droit, sur laquelle peut faire merveille la digitale; que le fébricitant est un typho-bacillaire au début, influençable, momentanément au moins, par l’antipyrine donnée à doses successives ; que l’hépatalgique est en accès de congestion paludéenne, de sorte qu’avec la quinine, congestion et douleur ont disparu comme par enchantement ; qu’enfîn, le sujet en état de dyspnée et d’insomnie est un cardiopathe suhasystolique , si bien que la thérapeutique a su, dans l’espèce, trouver au café des vertus respiratoires et dormitives.

Si c’est par la science des indications que le médecin a pu, dans chacun de ces cas, devenir un thérapeute heureux, c’est qu’il a su en acquérir la connaissance par la fréquentation incessante des malades ; on ne saurait trop le dire et le répéter aux étudiants : l’hôpital est la grande école du thérapeute. C’est à l’hôpital, et à l’hôpital seulement, que l’on devient vraiment thérapeute ; c’est

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là que, mettant en œuvre le meilleur des diverses médications, on apprend à faire une tliérapeuticjue éclectique, une thérapeutique qui mériterait qu’on l’appelât opportuniste ^ si ce mot, détourné de son vrai sens, ne menaçait pas d’être pris en mauvaise part.

Telle est la façon dont j’envisage la Thérapeutique, que je me plais à résumer en cette formule :

« La Thérapeuticpie doit toujours être clinique, pathogénique, physiologique, opportuniste : clinique, en ses informations ; pathogénique, en ses indications ; physiologicjue, en ses moyens ; opportuniste, en ses décisions ».

C’est cette conception de la Thérapeutique qui oriente mon enseignement. Sans rien laisser dans l’ombre des questions doctrinales et scientifiques, je me suis toujours efforcé d’être également démonstratif et pratic{ue. Traitant d’une médication, j’en ai étudié la nature, j’en ai discuté et posé les indications, en m’appuyant sur une série de malades empruntés à mon expérience clinique, comme à autant d’exemples de grammaire, desquels doivent découler les préceptes et les règles thérapeutic|ues.

Après l’étude des grandes médications, des indications d’urgence, j’ai abordé l’étude des questions d’actualité, mon devoir étant de répondre à la curiosité naturelle de tous ceux qui veulent éclairer leur religion sur les méthodes thérapeutiques et les médications nouvelles ; mon devoir étant aussi de ne pas laisser croire que tout médicament nouveau est une conquête pour la Thérapeutique.

Pour me conformer à ce programme général, mon premier cours, 1893-1894, fut consacré à l’étude des indications thérapeutiques tirées de l’hyperthermie, à l’étude des agents chimiques et physiques antithermiques. C’est à propos de ces derniers que je donnais un exposé complet de la méthode de Brand, dont j’analysais longuement le mécanisme antithermique. Je montrais que le bain frais n’est antithermique que médiatement, l’antithermie étant fonction du rôle tonique, dépurateur, antitoxique et diurétique, exercé par le froid sur les systèmes nerveux et vasculaire, sur les activités

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phagocytaires, sur les états dyscrasiques comme sur les appareils et les fonctions de dépuration.

Mon cours de 1894-1890 fut consacré, d’une part, à l’étude doctrinale et pratique de la sérothérapie antidiphtéritique et de la méthode de Brown-Séquard ; d’autre part et surtout, cà l’étude des indications thérapeutiques à saisir dans les affections de l’appareil vasculaire : affections du cœur, de l’aorte et des vaisseaux, angiosclérose, etc., etc.

Mon troisième cours, 1890-1896, fut consacré, pour le plus grand nombre des leçons, à l’étude des diverses Sérothérapies, de l’Opothérapie, de la Tuberculine et de la Malléine, ces dernières envisagées exclusivement comme agents diagnostiques de Matière médicale microbienne ; puis à l’étude des indications à remplir au cours des affections de l’appareil rénal et à l’étude du traitement des urémiques.

En principe, ces leçons de 1890-1896, pas plus que leurs devancières, ne devaient être publiées ; j’estimais que chacune des questions exposées était trop neuve, nécessitait encore trop d’études complémentaires, devait, au point de vue des applications, trop recevoir la longue épreuve du temps, pour qu’il fût opportun de les présenter sous la forme d’un livre, cette forme laissant toujours supposer au lecteur qu’il y trouvera un enseignement complet et didactique.

Dans l’état d’enfantement où je trouvais les Sérothérapies et l’Opothérapie, ma tâche consistait à exposer tout un programme ouvert par la Thérapeutique et la Matière médicale, plutôt qu’à enseigner les applications formelles qu’en pourraient faire d’ores et déjà les médecins. Si mon devoir strict m’obligeait de donner à mes auditeurs l’exposé des questions thérapeutiques les plus actuelles et les plus pratiques — les sérothérapies antitétanique, antidiphtéritique, antivenimeuse, antipesteuse, antistreptococcique, — j’estimais que le moment était prématuré pour faire même un essai de code thérapeutique en la matière. Je pensais ainsi parce que, les sujets qui faisaient l’objet de mon cours étant, la plupart au moins, enseignés pour la première fois, j’avais à exposer des essais, des promesses et

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des espérances, autant cpie des conquêtes et des réalités thérapeutiques.

C’étaient les méthodes nouvelles que j’avais à faire connaître dans leurs principes et clans leurs tendances, comme dans leurs résultats pratic[ues ; c’était la pliilosojihie de la Thérapeuticpie et de la Matière médicale nouvelles cpie j’avais à enseigner, aussi bien c[uc leurs inventions et leurs ajiplications.

Et c’est précisément parce cpie telles étaient les visées de mon enseignement, rendu épineux par la nouveauté même des doctrines et des choses, cpie je me suis laissé dire cju’il y avait intérêt à publier les réflexions et les commentaires par lesc|uels je m’efforcais d’apprendre aux jeunes médecins à réfléchir en thérapeutic[ue, plutôt c{ue de leur enseigner les remèdes, comme le font communément les livres de Thérapeuticpie et de Matière médicale cju’ils ont entre les mains. C’est que j’ai d’autres manières de comprendre et la Thérapeuticpie et son enseignement. J’ai soutenu et développé une manière de voir — c[ue naturellement j’estime la meilleure — cjui n’est pas tout cà fait celle de mes devanciers, puisque je professe qu’étudier la Thérapeuticpie c’est, avant tout, analyser la nature des médications, pour les bien connaître et rationnellement les applicjuer.

Le mouvement cjui, en i8q5 et 1896, emportait la Thérapeuticpie nouvelle — comme toutes les autres branches de la Médecine — était d’ailleurs trop rapide, pour cpie bien des choses c[ue j’avais enseignées alors, ne fussent déjà quelc[ue peu vieillies, ou tout au moins modifiées, avant qu’un livre eût pu voir le jour.

Si donc j’ai laissé publier mes leçons de 1890-1896, c’est c{ue des auditeurs, à coup sûr bienveillants, ont exprimé le désir de voir réunies des matières sur lesquelles aucun cours n’avait encore été fait; c’est que mes auditeurs ont prétendu cjue ces leçons, en plus de leur intérêt d’actualité, valaient par la somme des documents rassemblés et des expériences relatées , par la qualité des travaux cités, par l’analyse critique que j’en faisais, par le nombre d’observations empruntées aux clinicpies humaine et vétérinaire, par l’orientation surtout que je montrais à la Thérapeuticjue nouvelle.

J’aurais eu mauvaise grâce à ne pas reconnaître cjue la matière de

INTUODUCTIOA

mes leçons formait un dossier dans lequel la thérapeutique clinique aurait à puiser, pour instruire le procès des méthodes nouvelles et porter un jugement sur l’emploi des Sérothérapies immunisatrice et artificielle, comme de l’Opothérapie.

C’est qu’en effet, il s’est publié spécialement sur ces deux méthodes un nombre considérable d’observations et d’expériences.

Pour arriver à un fidèle exposé de ce qu’on a vu, cherché, expérimenté, dit et écrit, rien que sur la Sérothérapie — qui s’est attaquée à toutes les maladies et à bon nombre d’affections — et sur l’Opothérapie, dont la sphère d’action nous apparaît si grande, il m’a fallu singulièrement me documenter et dépouiller quantité de travaux (ayant d’ailleurs valeur et portée bien inégales), parus en tous pays.

C’est cette documentation que mes leçons auront le mérite de mettre à la portée de tous, épargnant à chacun un labeur analytique et critique devant lequel je n’avais pas le droit de reculer.

Cette documentation, déjà considérable pour 1 893-1 896, s’est singulièrement accrue : biologistes, physiologistes, expérimentateurs, médecins, ont fourni tant et de si importantes contributions doctrinales et appliquées à l’histoire de la Sérothérapie et de l’Opothérapie, qu’on pourrait aujourd’hui faire un volume rien qu’avec les indications bibliographiques ressortissant aux deux plus récentes de nos méthodes thérapeutiques. Ai-je besoin, à ce propos, de dire le train dont marche, depuis un an, la question de la sérothérapie artificielle, et de rappeler les applications heureuses qu’on en fait de tous côtés, dans les cas d’empoisonnements et d’infections médico-chirurgicales, par exemple, comme en témoignent les travaux récents de Lejars, Barré, Bosc et Vedel, etc., etc. Ai-je besoin encore de rappeler l’heureux emploi que le docteur O. Sirot vient de faire de la sérothérapie artificielle au diagnostic précoce de la Tuberculose?

Ceci, entre parenthèses, prouve que je n’exagérais rien quand, dans mes leçons-programmes, faisant, en 1893-1894 et 1894-1895, connaître aux médecins les premiers succès sérothérapiques de Kitasato et de Behring, ainsi que les résultats des premières injections de sucs organiques, je disais qu’une ère nouvelle s’ouvrait

IXTHODUCTIOX

pour la Thérapeutique ; que les Sérothérapies et l’Opothérapie allaient révolutionner la pratique médicale; que, grâce à la médecine pathogénique et à la médecine expérimentale, nous allions, comme thérapeutes, faire peut-être en quelques années autant de progrès qu’en avaient fait, pendant de longs siècles, la thérapeutique galénique et la tliérapeutique chimique.

Si j’ai été empêché de publier ces leçons aussitôt que je l’aurais voulu, c’est que, depuis lors, mon cours de 189G-1897, consacré à la Thérapeutique de la Tuberculose b m’a tout entier absorbé.

Que si le lecteur s’aperçoit que plusieurs questions traitées dans le présent volume, comme la sérothérapie antityphoïde, la vaccination anticholérique, la sérothérapie anticoquelucheuse, etc., etc., ne sont pas complètement mises au pointv, il devra se souvenir que mon cours est publié tel qu’il a été fait pendant le semestre 189a- 189G, époque à laquelle chacune de ces questions commençait seulement à être étudiée.

En ce qui concerne l’Opothérapie, on a produit tant de travaux et fait tant de recherches, que j’ai voulu compléter l’enseignement analytique et critique que je donnais en 1 893-1 89G. J’ai tenu à jour chacune des opothérapies, dans celles de mes leçons qui font l’objet du second volume actuellement sous presse, dans lequel j’aurai au moins le mérite d’exposer, aussi complètement que possible, l’état de la question, en permettant ainsi aux praticiens d’apprendre de quels secours peut être pour leurs malades l’emploi des sucs organiques.

Pour que ces leçons pussent paraître, il a fallu d’ailleurs l’insistance et la collaboration de quelques-uns de mes élèves et amis, que je tiens aujourd’hui à vivement remercier de ne pas avoir reculé devant la tâche ingrate de m’aider dans cette publication.

M. le docteur Marmorek m’a fourni, pour documenter et illustrer

I . L. Landouzy. — Loçon-prograinme du cours de Thérapeutique. La Presse médicale, 1897, 19 Novembre, n“ 9.').

INTRODUCTION

mes leçons sur le sérum antistreptococcique, les observations et les tracés qui viennent à l’appui de ses travaux; M. Bayeux a bien voulu me donner les dessins nécessaires à la démonstration de son procédé de détubage dans le croup : je les remercie l’un et l’autre.

Mes remerciements sont dus également à MM. Georges Carré et C. Naud, qui, en éditant ces leçons avec luxe, ont montré le soin et le goût dont ils sont coutumiers quand il s’agit de servir l’enseignement de la Médecine.

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