‹ Les servantes de Dieu en CanadaChapitre 3 sur 59 · HÔTEL-DIEU DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

HÔTEL-DIEU DE QUÉBEC

L’humble bourgade de Québec avait été prise par les Anglais en 1629, au moment même où se signait la paix entre la France et la Grande Bretagne. Cette co-incidence et une obscurité de rédaction dans le traité rendirent incertain si l’on rendrait le Canada à ses premiers maîtres. Le peu de succès des tentatives de colonisation

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entreprises jusque-là ôtait le désir de revendiquer ces pays* Mais Champlain “qui avait beaucoup de piété,” dit Charlevcix, “et qui était bon Français,” fit valoir des raisons prises du côté de l’honneur et de la religion, afin de ne pas abandonner une contrée dont les Sauvages habitants s’étaient montrés si disposés à embrasser le Christianisme. Louis XÏII et Richelieu, animés du désir d’étendre le royaume de Jésus-Christ, négocièrent pour retirer Québec des mains des Anglais : le traite en fut signé à St. Germain en Laye en 1632, et la même année les Jésuites s’y rendirent pour reprendre possession de leurs anciennes missions. En 1635 ils y étaient au nom» bre de quinze Pères, et les nouvelles des Chrétientés formées parmi les Hurons excitèrent en France une profonde sympathie. Des communautés entières de Paris et des provinces s’imposèrent des pénitences austères pour fléchir le ciel en faveur des Sauvages du Canada. Le roi et les princesses envoyèrent de riches ornements à leurs chapelles rustiques, et la cour de Rome exprima le bonheur qu’elle éprouvait de ces nombreuses conversions.

Mais, dit Charlevoix, “ deux choses manquaient encore “ à une colonie si bien réglée, à savoir, une école pour “ l’instruction des filles, et un hôpital pour le souîage- “ ment des malades. Le premier de ces deux projets fut “ presque aussitôt approuvé que proposé, et son exécution “ ne souffrit aucun retardement. La Duchesse d’ Aiguillon “ voulut être la fondatrice de l’ Hôtel-Dieu, et pour avoir “ des sujets propres à une telle entreprise, elle s’adressa “ aux Religieuses Hospitalières de Dieppe. Ces saintes “ filles acceptèrent avec joie et avec reconnaissance une

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44 si belle occasion de faire le sacrifice de tout ce qu’elles 44 avaient de plus cher au monde pour le service des “ pauvres malades du Canada. Toutes s’offrirent, toutes u demandèrent avec larmes d’être admises ; mais on n’en “ choisit que trois qui se tinrent prêtes à partir par les u premiers vaisseaux.”*

Les Religieuses Hospitalières de la Miséricorde de Jésus sont cloîtrées, et suivent la règle de St. Augustin. La maison-mère de Dieppe existait en France avant l’année 1250, et elle y était considérée comme formant un ordre régulier lorsqu’elle fut approuvée par une bulle du Pape Alexandre VU, du 19 Juillet 1664. Dans plusieurs villes de France, et entr’autres à Paris et à Dij on, l’ Hôtel-Dieu était desservi par des Hospitalières formant des communautés distinctes, et n’ayant d’autre lien que la similitude de leur règle. C’est celle que St. Augustin rédigea en l’année 423 pour les Religieuses d’Hippone, dont il était le fondateur, et elle est encore suivie aujourd’hui par les diverses congrégations des deux sexes qui se glorifient d’avoir ce saint docteur pour père.

Le but principal de l’institut de Québec est le soin des pauvres malades, auquel les Religieuses ajoutèrent pendant quarante ans le soin des enfans trouvés.

Les premières hospitalières qui se consacrèrent au Canada avaient pour supérieure la Mère Marie Guenet dite de St. Ignace. Elles s’embarquèrent avec le R. P.

* Histoire de la Nouvelle-France, tome I, page 320, édition in-1 2 ; ou tome I, p. 206, édition in-4to.

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Barthélemy Vimont, de la Compagnie de Jésus, et le même vaisseau portait trois Ursulines qui venaient aussi fonder à Québec une maison de leur Ordre. Après une longue et périlleuse navigation, cette pieuse société prit terre à Québec le 1er Août 1639. Le jour de l’arrivée fut pour toute la ville un jour de fête ; les travaux cessèrent, et les boutiques furent fermées. Le Gouverneur, M. de Montmagny, Chevalier de Malte, reçut ces héroïnes sur le rivage, à la tête de ses troupes et au bruit du canon ; après les premiers compliments, il les mena à l’église au milieu des acclamations du peuple ; et le Te Deum fut chanté, en actions de grâce du double bienfait que Dieu faisait au Canada. Ces saintes filles de leur côté voulurent d’abord baiser avec transport cette terre sauvage qui leur promettait des épreuves, des fatigues et un tombeau. Puis, Hospitalières et Ursulines s’embrassèrent tendrement, et se séparèrent pour aller se cloîtrer dans les modestes demeures qu’on leur avait préparées.

Jusqu’à sa mort, arrivée en 1675, la pieuse Duchesse d’ Aiguillon, nièce du Cardinal de Richelieu, montra sa généreuse sollicitude pour l’Hôtel-Dieu de Québec, dont elle avait été la fondatrice. Par contrat du 16 Août 1637, elle avait donné dans ce but une rente annuelle de 1500 livres à “ prendre sur les coches et carosses de Soissons, à “ la condition que l’hôpital serait dédié à la mort et au “ précieux sang du Fils de Dieu répandu pour le salut du u genre humain.” Le montant de cette dotation fut doublé par la Duchesse en 1640, et elle fit encore de fréquentes offrandes à l’établissement auquel elle prenait un vif intérêt ; mais les commencements de l’Hôtel-Dieu n’en furent

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pas moins très-difficiles, et le grand nombre de malades qui réclamaient leurs secours réduisirent les Hospitalières au plus grand dénuement.

La Mère Jeanne Françoise Juchereau, admise à l’Hoîel-Dieu en 1662, à Page de douze ans, a écrit l’histoire édifiante de cette sainte maison, dont elle fut pendant longtemps la supérieure. Son livre embrasse la période de 1639 à 1721 ; et c’est là qu’il faut aller chercher des détails émouvants sur toutes les épreuves dont Dieu favorisa ses servantes, pour leur prouver ses prédilections, et sur la vie exemplaire d’un grand nombre de religieuses. La plus remarquable est celle de la Mère Catherine de St. Augustin, fille de Jacques Simon de Longpré, née dans le diocèse de Coutance, embarquée pour le Canada en 1649 à l’âge de dix-sept ans, et morte à Québec en odeur de sainteté, en 1668, après avoir été redevable à sa haute vertu de grâces spéciales et de mystérieuses révélations.

En 1640, les Religieuses de l’Hôtel-Dieu avaient été assez heureuses pour offrir l’hospitalité aux Jésuites, dont la maison était devenue la proie des flammes. Plus de

cent ans après, la Compagnie de Jésus s’acquittait de

sa dette de gratitude, en offrant avec empressement sa maison aux Dames Hospitalières, privées de tout asile. Le 7 Juin 1755, un incendie affreux dévora l’Hôte 1-Dieu de Québec, et la Mère Marie Anne de la Joue fut brûlée dans cette conflagration, pendant que la Mère Geneviève Duplessis ne fut sauvée par une fenêtre qu’en courant de grands dangers. Les Ursulines, l’IIôpital-Général, l’Evêque de Pontbriand et les Jésuites s’empressèrent à

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i’envi d’offrir un refuge aux pauvres Religieuses. Elles passèrent d’abord trois semaines chez les Ursulines, au nombre de 47 professes et de 2 novices; puis elles allèrent habiter chez les Jésuites jusqu’au 1er Août 1757, où elles purent retourner dans leur maison ré-édifiée.

Deux ans après, les Hospitalières étaient encore chassées de leur sainte demeure par les dangers dont les menaçait le siège de Québec. Cette fois, elles se retirèrent à l’Hôpital-Général, au nombre de 33 Religieuses* au mois de Juillet 1759 ; mais un manuscrit du temps dit que, pour garder l’Hôtel-Dieu, u cinq Sœurs converses u restèrent, qui furent assez courageuses pour soutenir u tout l’effort de l’artillerie, et qui se familiarisèrent u tellement à ce bruit, qu’elles regardaient tomber les u bombes et entendaient siffler les boulets, avec une u espèce d’intrépidité.” (1)

La capitulation ayant été signée le 18 Septembre, après 69 jours de siège, les Religieuses se hâtèrent de revenir à leur communauté pour y trouver la ruine et la misère. Quinze bombes étaient tombées sur les bâtiments de l’Hôtel-Dieu, et tant de boulets avaient ravagé leur terrain qu’on en fit des monceaux. Leurs moissons détruites, leurs arbres brisés, leurs soixante-et-dix bêtes à cornes enlevées, mirent les Hospitalières dans la détresse, et elles durent être nourries par la générosité du Général Murray. Cependant, dès le 22 Septem-

(1) Précis de l’incendie de l’Hôtel-Dieu de Québec en 1755 : manuscrit «ütre les mains de Mr. Lemieux, prêtre, chapelain de l’Hôtel-Dieu.

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bre 1759, elles recevaient des malades, “mais en u petit nombre, Messieurs les Anglais leur ayant “ défendu d’en recevoir, ayant retenu les salles pour “ leurs troupes. Ils payèrent le loyer des appartements u jusqu’en 1784, que les salles furent remises pour le u besoin du publie.”

A une époque antérieure, les Hospitalières furent soumises à une épreuve autrement douloureuse que celle d’être exposées aux dangers de la guerre, ou aux rigueurs de la pauvreté : c’est lorsqu’en 1694 le Comte de Frontenac, par une scandaleuse bizarrerie, imagina de faire représenter la comédie du Tartufe “ à l’hôpital, dans la “ salle des pauvres, où les religieuses eurent ordre de se “ rendre.” (1).

Le Gouverneur fit la même sanglante insulte aux Ursulines, et il donna de force ce spectacle en leur présence ; cherchant ainsi, en offusquant la vertu de saintes Religieuses, à satisfaire ses rancunes contre Mgr. de Laval et contre les Jésuites. Un pareil fait ternit singulièrement le caractère du Comte de Frontenac, et il ne permet pas d’ajouter beaucoup de foi aux éloges outrés que donnent de sa piété les Récollets Hennepin et Le Clercq.

Aujourd’hui l’Hôtel-Dieu compte 43 Religieuses professes et 2 novices. Il a en général 50 lits occupés

(1) Mémoires sur la Vie de M. de Laval, par l’Abbé de la Tour. Cologne, 1761, page 213.

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