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LES DAMES URSULINES DE QUEBEC

Cette fondation est due à Mme. Madeleine de Chauvigny, veuve de M. de Grivel, Sieur de la Peltrie, de la maison de Touvoys ; elle date du 28 Mars, 1639.

Mme. de la Peltrie consacra ses biens et sa personne à la bonne œuvre que le ciel lui avait inspirée pour l’éducation des jeunes filles du Canada. D’Alençon, où elle

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demeurait, elle se transporta à Paris pour y régler les affaires de sa fondation ; puis à Tours pour y chercher des Religieuses Ursulines. Elle en tira l’illustre Marie Guyard dite de l’Incarnation, que l’on a appelée la Thérèse de la France, et la Sœur Marie de St. Joseph. De là elle se rendit à Dieppe, où elle avait donné l’ordre qu’on lui frétât un navire ; elle y acquit une troisième Ursuline, et Je 4 Mai 1639, elle s’y embarqua en compagnie des Religieuses Hospitalières, comme nous l’avons dit plus haut. A leur arrivée à Québec u elles furent menées, dit u la Sœur Juchereau, dans une petite maison sur le bord u de l’eau, où elles étaient très-étroitement.”

En 1641, elles purent habiter leur premier monastère, élevé sur le terrain même que la communauté occupe aujourd’hui. Dans la forêt voisine du couvent, la Mère Marie de l’Incarnation instruisait les Sauvages ; et on voyait encore debout en 1850, dans l’enclos des Ursulines, l’arbre unique qui restât de la forêt de 1639. C’était un frêne vénérable, au pied et à l’ombre duquel la sainte Religieuse avait rassemblé, pendant plus de trente-deux ans, les petites filles sauvages, pour les instruire des vérités de la religion. Il était donc pour les Dames Ursulines une relique précieuse, et elles l’ont vu, avec tristesse, tomber de vieillesse le 19 Juin 1850. (1)

(1) On dit en plaisantant à Québec, que le vieux Frêne des Ursulines est mort catholique, tandis que son contemporain l’Orme des Récollets est décédé protestant. En effet, cette autre relique de la forêt de 1639 s’élevait sur l’ancien terrain des Récollets, où l’on a bâti la Cathédrale Anglicane au eommen-

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Mme. de la Peltrie, qui n’avait jamais désiré être riche, et qui s’était faite pauvre de si bon cœur pour Jésus-Christ, aurait voulu avoir des trésors à sa disposition, pour procurer à toutes les nations du Canada les moyens d’arriver à la connaissance du vrai Dieu. Son zèle la porta même à cultiver la terre de ses propres mains, pour avoir de quoi, soulager ses pauvres néophytes. Elle se dépouilla de toute sa garde-robe pour vêtir les enfans, et le reste de sa vie à Québec fut une suite d’actions de la pins héroïque charité.

Les Ursulines vécurent à Québec en monastère non encore approuvé par l’église, d’abord sans constitution propre, et ensuite sous une règle composée pour elles en 1647 par le P. Jérôme Lalemant, S. J. Cet état de choses dura jusqu’en 1682, époque à laquelle la Communauté s’affilia à la Congrégation des Ursulines de Paris.

On sait que l’ordre des Ursulines fut fondé en 1537 à Brescia par Angèle Merici, née en 1511 à Dezenzano, sur le Lac de Garde, morte en 1540, et canonisée en 1807. Elle mit ses filles spirituelles sous la protection de Ste. Ursule, qui avait jadis (vers l’an 450) gouverné tant de vierges, et les avait conduites au martyre.

La Congrégation de Tours, d’où étaient sorties les premières Ursulines de Québec, appartenait à la famille des Ursulines de Bordeaux, fondée en 1606 par la Mère

cernent de ce siècle. Ce grand et bel arbre, qui plus d’une fois avait abrité Champlain, fut abattu en 1846, après avoir eu sa tète brisée par l’orage plusieurs années auparavant. (Note de S. H. Jacques Yiger.)

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Françoise de Cazères, dite Mère de Ste. Croix, et par le Cardinal de Sourdis, Archevêque de Bordeaux. En 1618 la maison de Bordeaux, et cinq autres maisons qui en étaient sorties, furent érigées en vrais monastères par bulle du Pape Paul Y. La Mère de Ste. Croix fonda la maison de Tours entre 1620 et 1640, et mourut près de Bordeaux en 1649. La Congrégation de Paris, à laquelle les Ursulines de Québec s’affilièrent seulement en 1682, eut. pour fondatrice, en 1607, Mme. de Ste. Beuve. Elle fut autorisée par brevêt du roi en 161 1, et érigée en monastère par bulle de Paul Y. en 1612 : ses Religieuses sont cloîtrées.

Les Dames Ursulines de Québec avaient complété leur premier couvent en 1641, mais, le 30 Décembre 1650, elles eurent la douleur de le voir détruire entièrement par un incendie, fléau qui a été si souvent envoyé par Dieu aux Communautés du Canada, pour exercer leur vertu. Quatorze Sœurs échappées au désastre, furent d’abord recueillies à l’Hôtel-Dieu, puis elles allèrent, le 21 Janvier 1651, habiter la maison de Mme. de la Peltrie ; et à cette occasion une convention solennelle fut faite entre les Supérieures des Hospitalières et des Ursulines : u Afin, dit cette convention, de préserver entre les deux “ communautés une union et une affection perpétuelles “ et indissolubles, il y aura toujours entr’elles une entière “ amitié, une participation dans les biens spirituels, et u un mutuel échange de bons offices et de prières.”

La Sœur St. Laurent, douée d’un mérite extraordinaire, contribua puissamment à la reconstruction du couvent, tant

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par son intelligence et son économie que par son travail manuel; mais le 21 Octobre 1G8G, pendant que la communauté célébrait solennellement la fête de S te. Ursule, le feu prit encore au couvent, et le réduisit complètement en cendres. Pour la seconde fois, les Ursulines trouvèrent à lllôtel-Dieu la plus affectueuse hospitalité, et elles y furent reçues au nombre de 25. L’intérêt que la population toute entière prit à leur malheur, procura de promptes ressources pour réparer le désastre, et les Ursulines purent bientôt rouvrir leur pensionnat, dont la perte aurait

Charlevoix rend hommage tà la persévérance et à l’habileté des Ursulines : “ Elles ont essuyé deux incendies, “ écrivait-il en 1720; avec cela elles ont si peu de fonds, “ et les dots qu’on reçoit des filles de ce pays sont si cc modiques que, dès la première fois que leur maison fut “ brûlée, on pensa à les renvoyer en France. Elles sont a néanmoins venues à bout de se rétablir toutes les deux “ fois, et l’on achève actuellement leur église. Elles u sont proprement et commodément logées : c’est le fruit u de la bonne odeur qu’elles répandent dans la colonie, “ de leur économie, de leur sobriété et de leur travail : elles u dorent, elles brodent, toutes sont utilement occupées, et “ ce qui sort de leurs mains est ordinairement d’un bon “ goût'(l).” — De son côté, un auteur protestant rend hommage aux Ursulines, lorsqu’après avoir exalté le caractère

(l ) Journal historique, etc., ou tome ITT. p. *75, édition in 4to.

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héroïque de Mme. de la Peltrie, il ajoute : u Les fruits “ de sa précieuse fondation se continuent de nos jours, u par l'excellente éducation qui est donnée aux jeunes

personnes dans le pensionnat des Ursulines (1).”

Les Ursulines de Québec ont l’honneur de posséder dans la chapelle de leur couvent le tombeau du brave Marquis de Montcalm, mort des suites de blessures reçues le 13 Septembre 1753. Les dépouilles mortelles du héros ne peuvent être mieux placées que sous la garde de la piété.

Ces dames, dont le pensionnat jouit si justement d’une haute réputation en Canada, étaient au 31 Décembre 1353, au nombre de 55 professes et 4 novices. Elles instruisaient alors 87 pensionnaires et 81 demi-pensionnaires, et elles avaient de plus un externat gratuit pour 139 élèves.

La Communauté des Ursulines de la Nouvelle-Orléans était en décadence en 1823, parce que dix-huit de ses Religieuses s’étaient retirées à la Havane, à la cession de la Louisiane aux Etats-Unis. Il n’en resta que six; et pour y ranimer l’esprit de Ste. Angèle, les Sœurs Félicité Borne* — de Saint Charles, Marie- Angélique Bougie — de St. Louis de Gonzague et Marie-Pélagie Morin — de St. Etienne partirent de Québec pour la Nouvelle-Orléans le 13 Mai 1823. Mgr. Dubourg, Evêque de la Nouvelle- Orléans, en avait fait la demande à Mgr. J. O. Plessis.

(1) Ilaiokim ’ JPioture of Québec— Québec 1834, page 200.

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Cetfe communauté contribua aussi à la fondation des Lrsulines de Galveston (Texas.) Mgr. Odin, dans un voyage à Québec en 1849, obtint deux Sœurs, Victoire Wliite de Ste. Jeanne de Chantal et Catherine Barbe de St. Thomas, qui se joignirent à cinq de leurs Sœurs du couvent de la Nouvelle-Orléans, établies à Galveston en 1846.

Par l’établissement des deux Communautés de 1639, nous voyons comment nos pères comprenaient la colonisation de pays sauvages, et les exemples ne nous manqueront pas dans la suite de ce récit. A cette époque, la religion était Pâme de toutes les entreprises, et l’on comprenait qu’elle seule peut servir de base à un édifice social, et lui préparer un heureux avenir. Comme l’a si heureusement dit le R. P. Félix Martin, dont les paroles auront un autre poids que les nôtres : “ Grâce à cet esprit, u la colonie du Canada, et Montréal aussi bien que Québec, “ offrit à son origine quelque chose de particulier, et préa senta un spectacle dont le monde avait été rarement le “ témoin. On vit là s’associer à tous les travaux de la u civilisation et de l’apostolat, le cœur sensible et généreux “ de la femme. A cette époque, un écrivain moderne (1) u remarque que la femme était appelée dans tout le “ monde chrétien à un grand apostolat de charité. Elle “ s’y révélait la fortune du pauvre, la consolation de u l’affligé, et, avec un cœur de vierge, elle avait un cœur de u mère pour les orphelins. Elle adoptait toutes les douleurs u comme des sœurs que le ciel réservait à sa tendresse.

(1) Crétineau-Joly.

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u Elle disait adieu aux jouissances et au bonheur de Pexu istence, pour consacrer à tout ce cjui souffre sur la terre “ sa jeunesse et sa beauté. Elle vint sanctifier ces mis- “ sions lointaines, inspirer aux jeunes Canadiennes et aux “ enfans sauvages la pudeur et la piété, et prodiguer aux “ malades les soins de la bienfaisance chrétienne.” (1)

Nous avons montré les sœurs hospitalières et Mme. de la Peltrie commençant l’œuvre à Québec ; nous allons bientôt voir Melle. Mance et la Sœur Bourgeoys la continuer à Montréal “ Le Canada reçut ainsi des mains “ de la Religion les Servantes des malades et les Insti- “ tutrices de l’enfance.” (2)

(1) Manuel du Pèlerin de N. D. de Bonsecours à Montréal, p. 8.

(2) Ibid, p. 9.

Les premières religieuses Ursulines qui accompagnèrent Mme. de la Peltrie en Canada furent :

La Révde. Mère Marie Guyarx> — de l’Incarnation.

La Sœur Marie de Savonnière — de St. Joseph.

La Sœur Cécile Riche — de Ste. Croix.

Les deux premières venaient du couvent de Tours, et la troisième d‘un couvent de Dieppe affilié aux Ursulines de Paris.

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État et recensement de la Communauté au 31 Décembre 1853.

Un Chapelain, 55 Professes, 4 Novices, 87 élèves pensionnaires, 81 élèves demi-pensionnaires, 5 domestiques. Total, 233 bouches.

Œuvre de l’année 1853.

Elèves pensionnaires, comme ci-dessus . 87

“ demi-pensionnaires, “ . 81

“ externes, (école gratuite) . 139

Total . 307 Elèves.

(Précis historique <fcc., cité page 22.)

Il est impossible de constater exactement le nombre des élèves qui ont reçu l’éducation dans l’établissement des Ursulines depuis sa fondation, vu que les registres furent détruits dans le premier incendie de 1650.

On ne trouve en conséquence sur la liste des pensionnaires que les noms de 250 petites filles sauvages, la plupart Huronues, les autres

Algonquines, Iroquoises et Abénaquises . 250

On a les noms de 5761 Françaises et Canadiennes . 5761

Elèves pensionnaires . 6011

Demi- Pensionnaires. — Avant 1800, il n’y avait pas assez de demi-pensionnaires pour faire une classe spéciale. Depuis cette époque on en compte . 1256

Externat. — Il fut ouvert en 1658 dans la maison de Mme. de la Peltrie. Depuis lors on trouve les noms de 8364 enfans, tant Sauvages

que Françaises, Canadiennes et Irlandaises . 8364

Total des élèves jusqu’à ce jour . 15,631

(Lettre de M. G. L. Lemoine, Ptre. et chapelain, du 17 Décembre 1854.)

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