‹ Les servantes de Dieu en Canada [microforme]Chapitre 3 sur 66 · LES · texte numérisé non relu

LES

Aux mois d’Août et de Septembre, 1853, Mgr. Benne, Archevêque de Thèbes, Nonce Apostolique, visitait le Canada. Il venait d'échapper à un complot tramé contre sa vie par certains réfugiés Italiens de New-York, et il se reposait, dans les douceurs de hospitalité Canadienne, des inquiétudes et des dangers qu’il avait courus aux Etats-Unis. L’honorable représentant du Saint Siége avait

été reçu dans notre ancienne colonie avec des honneurs dignes de son rang éminent ; on y était heureux et fier de posséder pour la première fois un envoyé du Souverain Pontife ; et l’épiscopat, le clergé et les fidèles rivalisaient à qui témoignerait le plus, par des démonstrations publiques et des fêtes religieuses, de l’attachement filial du Canada au successeur de St. Pierre.

Le voyage de Son Excellence à Québec et à Bytown, à Montréal et à St. Hyacinthe, à St. Vincent de Paul et au Sault St. Louis, fut donc une série de glorieuses ovations, qui donnèrent à Mgr. Bedini l'impression la plus favorable de la foi des populations, ainsi que du zèle de leurs pasteurs. Mais ce qui charma le Nonce pardessus tout, ce fut la variété, le nombre et le dévouement des communautés de femmes qui se sont acclimatées ou qui ont germé d’elles-mêèmes sur le sol fécond du Canada. Le Prélat voyait dans cette floraison d’Instituts Religieux la preuve de l'admirable fertilité de l’Église dans la Province ecclésiastique de Québec. Il était étonné de rencontrer, à côté d'ordres bien connus en Europe, des communautés indigènes dont il ne soupçonnait pas même l’existence ; aussi dans l’une des soirées intimes qu’il passait chez Mgr. Prince, Evêque de St. Hyacinthe, Mgr. Bedini fit-it entendre ces paroles qui ont été conservées dans la mémoire des assistants, et propagées par eux dans le pays: ‘ Je désirerais bien emporter avec moi un souvenir ma- ‘ tériel du Canada, car pour un souvenir du cœur, vous “ comprenez...” Le Prélat n’acheva pas sa phrase, son émotion était trop grande ; il reprit peu après : ‘ Je dési- “ rerais donc posséder un souvenir matériel, et rien ne

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“ me ferait plus de plaisir que de pouvoir placer dansmon ‘ album une collection des costumes des pieuses, édifiantes... oui, des saintes communautés de femmes du ‘“ catholique Canada.”

Ces paroles étaient dites à Son Honneur Jacques Viger, premier Maire de Montréal, la chronique vivante de la colonie, et l’un des érudits qui en connaissent le micux le présent, et surtout le passé. On peut croire que le pieux savant s’empressa de promettre à Mgr. le Nonce de satisfaire à son désir. Il entreprit donc de composer un recueil de belles aquarelles, dont chacune représente une Sœur au milieu de son œuvre, ou même entourée de ses œuvres ; mais encore il compléta ce travail en écrivant une notice historique sur les quatorze communautés de femmes que le représentant du Saint Siége avait honorées de sa visite. M. Jacques Viger voulut de plus donner à son recueil un caractère spécial d'authenticité, en le soumettant à l’examen des Evèques de la Province, réunis en Concile à Québec ; et ceux-ci témoignèrent de la véracité de l’écrivain, en adoptant son travail, et en y apposant lattestation suivante :

‘ ARCIEVÊCHÉ DE QUÉBEC, 4 Juin, 1854,

Jour de la clôture du 2me Concile Provincial.”

Nous soussignés, réunis à Québec pour le second “ Concile Provincial, sommes heureux de pouvoir offrir à “ Monseigneur Cajetan Bedini, ex-nonce au Brésil, un ‘ témoignage de notre profonde vénération, en apposant

“ nos noms au bas d’un Précis historique qui doit accom- “ pagner un Tableau des Costumes de nos Communauiés, ‘ que Son Excellence a daigné visiter et bénir, lorsqu’Elle ‘ nous a fait l’insigne honneur de passer quelque temps “ dans notre pays.

‘ Nous croyons devoir attester à Son Excellence que “ ce travail, dont le mérite est dû à Son Honneur Jacques ‘ Viger, premier Maire de Montréal, et à lexcellent ‘ artiste qu’il a employé, (1) a été fait avec une scrupu- “ Jeuse attention et avec un succès remarquable.

‘ Nous prenons la liberté d’offrir à Son Excellence, au ‘ nom des catholiques de notre province ecclésiastique, ce ‘ Précis historique, et ce Tableau des Costumes religieux, ‘ comme un mémorial de la reconnaissance publique que “ lui doit le Canada entier, pour les bénédictions abon- “ dantes qu’Elle a bien voulu y répandre au nom de Sa

‘ Sainteté.

+ P.-F,, Archev. de Québec,

‘+ 1G., Ev. de Montréal,

+ PATRICE, Ev. de Carrhae, Adm.

Apost. de Kingston,

€ + JOS.-EUGÈNE, Ev. de Bytown,

+ J.-C., Ev. de St. Hyacinthe,

+ ARMAND-FR.-MA. Ev. de Toronto,

+ THOMAS, Ev.des Trois-Rivières,

‘+ C.-F., Ev. de Tloa, Coad)j. de l’Archev. de Québec,

‘+ JOS., Ev. de Cydonia, Coadj. de PEv. de Montréal.”

(1) M. James Dunean, de Montréal,

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Mgr. Ignace Bourget, Evêque de Montréal, qui s’est rendu à Rome pour les augustes solennités de l’'Immaculée Conception, a remis à Mgr. Bedini les deux riches Albums contenant l’histoire illustrée des Communautés de femmes du Bas-Canada.

La France catholique connait depuis longtemps l’'Evéque de Montréal par les récits que nous avons donnés de ses travaux; mais tout récemment elle a eu des preuves de sa miséricordieuse charité en voyant Mgr. Bourget assister à Rome dans sa dernière maladie, et au lit de mort, le Saint Evèque du Mans. (1) En dehors de tout cérémonial, et par pur sentiment de piété, Mgr. Bourget, seul Evêque, a voulu suivre à pied la dépouille mortelle du prélat décédé, dans le transport du Quirinal à l’église du Couvent des Saints Apôtres, et il s’est ainsi acquis de nouveaux titres à la vénération des Fidèles.

L’Evêque de Montréal, en rendant compte au Souverain Pontife de l’état de son diocèse, a soumis également à Pie IX les Tableaux des pieuses Communautés du Canada, et il nous est rapporté que ces élégantes et édifiantes images, et surtout les statistiques des œuvres de charité de ces Couvents, ont ému le St. Père, en lui inspirant un vif intérêt.

Nous devons à l’amitié de M. Jacques Viger une copie de son curieux Précis historique, et nous avons pensé que ce qui avait édifié à Rome en si haut lieu, méritait d’être présenté aux lecteurs de l'Univers. (2) Nous avons donc

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(1) Mgr. J.-Bte. Bouvier. Mort à Rome le 29 Décembre, 1864.

(2) Ce travail a d'abord été fait pour le journal de Paris, l Univers, où il

puisé tous les chiffres, les dates et les données officielles de ces articles dans les tableaux statistiques du savant Canadien ; mais avec le secours de ses notes, nous avons cru devoir généraliser et étendre son travail. M. Viger, en véritable Canadien-Français, n’avait décrit que Îles communautés du Bas-Canada. C’est la partie de la colonie où la langue et les mœurs de la France se sont conservées, et elle forme aujourd’hui les diocèses de Québec, de Montréal, de Trois-Rivières et de St. Hyacinthe. Le Haut-Canada, où l'élément britannique prédomine, est presque un pays étranger pour les descendants de nos colons Normands et Bretons. Le protestantisme y a lascendant, et les œuvres de charité y sont rares dans les H diocèses pauvre de Toronto, de Kingston et de Bytown,

comme dans celui de St. Boniface, territoire de la Baie d'Hudson. Cependant nous n’avons pas voululesnégliger,

afin de présenter un ensemble complet des Servantes de

Dieu en Canada. On y verra ce dont la charité catholique

est capable dans un pays lointain et peu connu, dont nos

écrivains philosophiques ne s’occupent que pour l’offrir

comme contraste à leur admiration exagérée pour les

Etats-Unis. Le Canada leur sert d'ombre au tableau ;

mais quand à nous c’est le bien pratiqué dans l’ombre q

que nous recherchons et que nous signalons, car il fera

jouir ses auteurs de la lumière éternelle. L’ Angl entre

a paru dans le courant du mois de Mars. Les désirs d'un vénérable ami de Montréal, désirs qui sout pour nous des ordres, nous ont engagé à développer notre écrit et à en donner une édition pour le Canada. rent

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